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Football : supporters et criminels ?

Nelson

Publié le

Les instances du football français semblent avoir malheureusement oublié que les supporters sont des acteurs importants pour le foot français. Désormais, en France, pays des droits de l’Homme, être fan actif d’un club de foot équivaut à être un criminel. Décryptage.

Plus que jamais, la situation des supporters est chaotique. Plusieurs faits ces dernières semaines témoignent de cette situation qui paraît incroyable. Les supporters sont considérés tout bonnement comme des criminels. On leur interdit des déplacements ou l’on ferme des tribunes la veille des matchs. La question de la politique de répression quant à l’utilisation des fumigènes par les différents groupes de supporters se posent également. Enfin, on peut espérer une petite amélioration quand on voit que les tribunes debout vont peut être avoir leur place dans les stades des clubs français de Ligue 1 et Ligue 2.

Les déplacements des supporters lors des rencontres à l’extérieur

Quand ils ont l’autorisation de se déplacer, ils sont sous la grande surveillance des forces de l’ordre. Le danger à chaque déplacement est considéré comme élevé. Dans de nombreux cas, les préfectures abusent de leurs pouvoirs et décident de mettre d’énormes contraintes quand elles acceptent le déplacement des supporters visiteurs lors d’une rencontre (ce qui est rare). Les supporters visiteurs sont obligés de se munir de contremarques, venir en car et non pas en voitures individuelles. À leur arrivée, ils ont le droit à un joli comité d’accueil composé d’une dizaine de fourgons de CRS alors que bien souvent le nombre de supporters visiteurs n’excède pas le millier. Ensuite ils sont fouillés de la tête au pied jusqu’aux parties génitales pour pouvoir accéder à la tribune qui leur est réservée. Tout cela est filmé et photographié. Très souvent des chiens renifleurs sont présents pour donner de l’aide aux nombreuses forces de l’ordre déjà présente.

Mais bien souvent, pour se faciliter le travail, la ligue refusent l’ouverture du parcage visiteur. Les préfets sont alors obligés d’interdire à des supporters d’accompagner leur équipe à travers l’Hexagone. Les personnes qui ont la mauvaise idée de braver cette interdiction, sont interceptées, interpellées sur la route ou au sein du stade où se déroule la rencontre et envoyées en garde à vue comme ce fut le cas pour les Bordelais le week-end dernier à Strasbourg. Toutes les forces de l’ordre strasbourgeoises ont alors été mobilisées. Leur interdiction de déplacement a été décidée après que les fans bordelais aient brûlé une banderole à Troyes après la trêve hivernale dans le parcage visiteur qui n’a pas fait de blessés pour protester contre les mauvais résultats de l’équipe.

Costil a défendu ses supporters – Anthony Dibon / Icon Sport

Benoit Costil a défendu les supporters qui se sont déplacés à Strasbourg lors d’une interview. Il a d’abord rappelé que les joueurs « préfèrent jouer dans des stades où il y a de la vie, où il y a des tifos, qu’il y ait de l’ambiance, que ça chante. C’est pour ça qu’on aime le foot, c’est pour ça qu’on a voulu devenir pro, ça nous a fait rêver jeune ». En effet, on peut donner raison à l’ancien Rennais quand on observe que les stades de Ligue 1 sonnent déjà bien creux. On peut craindre avec l’absence des personnes responsables de l’ambiance et qui chantent, un silence de cathédrale dans les stades d’un championnat de France qui perdra assurément en attractivité.

Il a ensuite trouvé dommage qu’on empêche qu’il y ait de la vie dans un stade. Et sévère les sanctions infligées aux supporters : « Je crois que les supporters de Bordeaux à Strasbourg, ils ne faisaient rien de mal. Moi j’ai vu derrière le but, ils ne tapaient personne. Il n’y avait rien de mal, ils sont venus pour encourager leur équipe. » La sanction dont le portier des girondins parle c’est 18 heures de gardes à vue, des peines d’emprisonnement et des interdictions d’aller au stade pour des personnes. À noter que les ultras bordelais ont décidé de ne plus respecter les interdictions de stade ou de déplacement pour protester.





Quand le supporter respecte l’interdiction de stade, il doit se rendre à la gendarmerie la plus proche de son domicile pour pointer avant chaque match de son équipe. En cas de manquement, il doit payer une amende de 400€. Bien souvent, ces passionnés condamnés se sentent comme des criminels par le traitement qu’on leur applique. L’association Nationale des Supporters a rappelé cette semaine sur son compte Twitter que « la police et la justice perdent temps, énergie et moyen à enquêter sur des innocents ».

Les remarques de l’Association Nationale des Supporters – Twitter ANS

Les supporters font bloc et posent la question sur l’utilisation des fumigènes

Les supporters strasbourgeois ont protesté du traitement de leurs homologues bordelais. Durant les 5 premières minutes, ils ont réalisé une grève des encouragements. Il faut noter que les Alsaciens ont collaboré avec les Girondins pour qu’ils puissent posséder des places pour la rencontre. La politique d’une forte répression est difficilement compréhensible à la vue de cette collaboration entre des groupes de supporters de clubs différents. De la même manière, cette semaine et ce week-end, on a pu observer des banderoles dans les tribunes des stades de Ligue 1 et même de Ligue 2 à travers la France qui ont et vont montrer leur solidarité envers les bordelais. On voit donc encore qu’au delà de la rivalité entre les différents clubs, les tribunes sont solidaires et font bloc.

De plus, la question des fumigènes pose également problème. Dernièrement, le président de l’Olympique Lyonnais, Jean-Michel Aulas a brandi un fumigène sur la pelouse du Groupama Stadium pour célébrer le trentième anniversaire des Bad Gones. Il avait accepté l’utilisation des fumigènes en prélude du match. Immédiatement la ligue a sanctionné le club du Rhône. Les sanctions, les supporters marseillais en ont également connues lors du match OM-Metz. En effet, la ligue la veille du match a décidé qu’une partie du virage nord et sud soient fermées. En cause, l’utilisation d’engins pyrotechniques par différents groupes d’ultras phocéens lors de matchs précédents qui se sont déroulés au Vélodrome.

Protestation des supporters marseillais – Lucho Gonzalez Football

Les fumigènes quand ils sont bien utilisés par des bonnes personnes ne sont pas dangereux. Dans beaucoup de championnats, ils sont autorisés. Et même dans d’autres sports, en effet, les engins pyrotechniques peuvent être utilisés par des personnes désignées à l’avance dans des zones strictes dans les tribunes des stades du championnat de football américain aux Etats-Unis.

Malheureusement, la ligue campe sur ses positions. La raison : le choix d’une politique de répression de l’utilisation des fumigènes qui semble particulièrement inefficace qu’a adopté les instances dirigeantes du football français. De plus, le dialogue est tendu entre les supporters et la Ligue de Football Professionnel. On peut alors se poser plusieurs questions : Pourquoi la Ligue de Football Professionnel qui envie les ambiances du championnat anglais et allemand s’use à tout faire pour que les personnes assistant à un match de football ne soient plus des supporters mais uniquement des spectateurs ? Que les matchs se jouent dans des ambiances aseptisées ? Pourquoi alors que l’alerte attentat est au niveau maximal les supporters sont traités comme des criminels, filmés, photographiés et dans le pire des cas menottés et mis en garde à vue parce qu’ils ont simplement voulu soutenir leurs clubs malgré l’interdiction de se déplacer ? Le danger vient-il réellement des membres de groupes ultras ?

Un espoir pour les tribunes debout dans les stades

Les tribunes debouts sont déjà présentes en Allemagne et au Signal Iduna Park – Pixathlon / SIPA

Grâce au président du RC Lens Gervais Martel, une proposition va être étudiée dans l’Hémicycle de l’Assemblée Nationale pour l’autorisation de tribunes debout qu’on retrouve déjà en Allemagne. La réintroduction des tribunes debout était au centre des débats ce jeudi lors des Assises nationales du supportérisme, qui réunissaient des représentants de plusieurs groupes de supporters, de la Ligue de Football Professionnel, de la Direction nationale de lutte contre le hooliganisme et du ministère des Sports et de l’Intérieur. L’espoir reste permis dans ce dossier épineux quand on sait que les tribunes debout ont été supprimées depuis le drame de Furiani.

Nelson Emane

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