France-Angleterre : les duels à suivre
TOURNOI DES 6 NATIONS – Samedi soir, le XV de France reçoit le XV de la Rose pour la conquête du Grand Chelem et le gain du tournoi, ce qui n’est plus arrivé depuis 2010. Dans un Stade de France plein à craquer, le Crunch devrait nous offrir de jolis duels entre certains des meilleurs joueurs du monde. Voici les cinq duels à scruter avec attention pour ce choc.
Uini Atonio – Ellis Genge
Si ce Crunch avait eu lieu en début de tournoi, ce duel ne nous serait peut-être pas venu à l’esprit. En effet, les deux piliers ont impressionné lors de cette compétition, particulièrement au cours de la quatrième journée, sur un secteur clé de notre sport : la mêlée. Tout d’abord, malgré une seule mi-temps passée sur le pré, le droitier Uini Atonio (31 ans, 43 sél.) a donné du fil à retordre à la mêlée galloise, pliant tour à tour Gareth Thomas puis son remplaçant Wyn Jones. De son côté, le gaucher Ellis Genge (27 ans, 35 sél.) a fait subir un véritable calvaire à Tadhg Furlong, considéré comme le meilleur pilier droit au monde. Le XV de la Rose a, heureusement, pu compter sur sa mêlée, menée par le joueur des Tigers de Leicester, pour rester dans le match après une entame catastrophique.
Hors mêlée, les deux hommes ont des styles qui n’ont rien à voir. Avec plus de 145 kg affichés sur la balance, le poids et la puissance du Rochelais sont un atout pour créer des points de fixation dans les défenses. Plus mobile, l’Anglais court davantage et utilise son explosivité pour faire mal aux défenseurs. Il correspond ainsi davantage au cliché du pilier moderne, et il est également capable de multiplier les efforts aussi bien en attaque qu’en défense. Quoiqu’il arrive, leur duel en mêlée fermée aura un impact réel sur la rencontre.
Cameron Woki – Maro Itoje
Entre ces deux hommes, le parallèle est criant, puisqu’ils partagent de gros points communs. Déjà, il faut insister sur leur polyvalence. Lors de ses premières sélections en équipe d’Angleterre, Maro Itoje (27 ans, 59 sél.) était utilisé pour jouer troisième-ligne aile. De fil en aiguille, Eddie Jones a choisi de le positionner en seconde ligne et d’en faire l’une des références mondiales à ce poste. Aujourd’hui, la star du pack anglais ne quitte quasiment plus la cage. Le staff de XV de France a répété la même opération avec Cameron Woki (23 ans, 15 sél.). Utilisé comme un troisième-ligne chez les U20 ou dans son club de l’UBB, le XV de France n’a su lui trouver une place au sein de sa troisième ligne. Le staff a donc décidé de le faire jouer au côté de Paul Willemse et ce choix s’est avéré payant jusqu’à présent.
Si Fabien Galthié veut à tout prix voir Woki parmi les titulaires, c’est certainement pour son apport indispensable dans un secteur essentiel : la touche. En effet, le Bordelais est la tête pensante de l’alignement et le troisième preneur de ballons dans le tournoi (20 touches gagnées). Là aussi, il partage ce point commun avec Maro Itoje, qui rayonne très souvent dans ce domaine et se trouve en deuxième position des meilleurs preneurs de balles (21 touches gagnées). Aussi, nos deux avants peuvent être catalogués comme des joueurs « pénibles », qui tentent souvent de contrarier les rucks adverses et les sorties de balles. Entre eux, la différence se situe essentiellement autour de l’expérience et du palmarès, qui tournent à l’avantage de l’Anglais.
Grégory Alldritt – Sam Simmonds
On parle clairement de deux des meilleurs joueurs du monde à ce poste de numéro huit. Sam Simmonds (27 ans, 13 sél.) et Grégory Alldritt (24 ans, 30 sél.) ont souvent le privilège d’être mis en avant lors des distributions de récompenses honorifiques telles que le trophée du « meilleur joueur du match », surtout dans leurs clubs respectifs. Néanmoins, pour l’instant, l’impact du Français sur sa sélection est hautement plus important que celle de l’Anglais, longtemps boudé pour Eddie Jones pour on ne sait quelle raison. Chez le Gersois, les statistiques sont particulièrement édifiantes sur les quatre premières journées du tournoi 2022. D’une part, c’est le joueur qui a joué le plus de ballon à la main (52 ballons portés et joués). D’autre part, c’est l’avant qui avance le plus ballon en main (271 mètres parcourus).
Côté style, comme on l’attend de la part de bons numéro huit, les deux joueurs sont de gros porteurs de ballon. Quand l’équipe cherche à créer de l’avancée, ces deux hommes sont très souvent sollicités. Rapides, puissants et plutôt habiles, ce sont des troisième-ligne centre complets que redoutent toutes les défenses. Aussi, en termes d’essais marqués, notamment en club, leurs statistiques doivent être jalousées par plus d’un ailier ! Par exemple, le Français a déjà inscrit près de 28 essais en 74 matchs sous les couleurs du Stade Rochelais. Côté Exeter, le sérial marqueur se nomme Sam Simmonds et celui-ci a déjà inscrit 75 essais en 103 rencontres !
Romain Ntamack – Marcus Smith
Comme pour les huit, le duel des dix fait saliver car il confronte deux joueurs amenés à devenir des références à leur poste. Romain Ntamack (22 ans, 27 sél.) et Marcus Smith (23 ans, 9 sél.) sont de la même génération. Tous deux nés en 1999, ils seront forcément les grandes figures de la prochaine décennie sur la planète ovale. Côté club, nos deux hommes ont déjà pas mal gagné. Bien évidemment, avec le Stade Toulousain, Ntamack est déjà champion d’Europe et double champion de France. Avec les Harlequins, Smith s’est offert le titre de champion d’Angleterre, la saison passée. Mais en sélection, leur palmares reste à construire.
D’un côté, le Français est l’un des moteurs de la reconstruction du XV de France qui s’opère depuis plusieurs années. Déjà présent sous Jacques Brunel, Fabien Galthié n’a pas hésité à lui faire confiance pour mener l’attaque des Bleus. En face, le jeune ouvreur anglais est récemment entré dans les plans d’Eddie Jones. Favorisé par le forfait d’Owen Farrell pour ce tournoi, il est surtout le joueur qui amène de la fraicheur dans une équipe anglaise qui se cherche depuis deux ans.
Leur style tranche cependant. Un peu plus effacé, Romain Ntamack est un excellent gestionnaire et se met souvent en lumière lorsque les meilleurs coups sont à tenter. Davantage servi, Marcus Smith est un « excellent attaquant », qui amène « de la vitesse et de l’incertitude », pour reprendre les mots de l’ouvreur toulousain dans le Midi Olympique. Aussi, l’Anglais est le buteur numéro un du XV de la Rose quand le Français laisse le soin de buter à son arrière Melvyn Jaminet. Le duel entre les deux pépites est très attendu ce samedi, à Saint-Denis !
Gaël Fickou – Henry Slade
Pour le staff bleu comme pour le staff anglais, deux hommes semblent indéboulonnables dans leurs lignes de trois-quarts respectives. D’un côté, Gaël Fickou (27 ans, 70 sél.) est le « papa » de la ligne arrière des Bleus, en plus d’être le joueur le plus capé du groupe, à seulement 27 ans ! De l’autre, Henry Slade (28 ans, 47 sél.) est aussi l’un des éléments de base dans une ligne de trois-quarts anglaise plutôt jeune et inexpérimentée. Cela va bientôt faire six ans que le centre d’Exeter joue pour la sélection menée par Eddie Jones.
Ce sont deux hommes de confiance et les staffs ne s’y trompent guère dans la mesure où les deux centres ont joué tous les matchs, du début jusqu’à la fin, de cette édition 2022 des 6 Nations. Pour le Racingman, son expérience et ses qualités défensives sont souvent mises en avant. Du côté de l’Anglais, on retiendra son apport dans le jeu courant. Capable de jouer au centre comme à l’ouverture, il possède un gros bagage technique et son jeu au pied de gaucher, long et précis, est souvent sollicité. Ce samedi, les deux joueurs ne porteront pas le même numéro. Qu’importe car ce duel se mesurera surtout à travers l’influence exercée sur leur lignes de trois-quarts respectives.


