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Grégory Basilico, champion du monde de Spartan Race Ultra : « Même en gérant, on finit dans le dur »

Killian Tanguy

Publié le

Grégory Basilico, champion du monde de Spartan Race Ultra « Même en gérant, on finit dans le dur »
Photo via Spartan Race Ultra

COURSE D’OBSTACLES – Sacré champion du monde de Spartan Race sur la distance Ultra à Morzine (Haute-Savoie) début juillet, Grégory Basilico revient sur sa course, son titre mondial et les spécificités d’une discipline en plein essor.

Plus de 56 kilomètres, plus de 70 obstacles et 3 500 mètres de dénivelé positif en 6 heures 32 minutes et 32 secondes : c’est la performance réalisée par Grégory Basilico, vendredi dernier, pour décrocher un nouveau titre de champion du monde de Spartan Race. C’était néanmoins son premier sur la distance Ultra, qu’il découvrait pour l’occasion. Le Français a même eu l’opportunité de partager le podium avec Thibault Jean, deuxième à une dizaine de minutes. Au travail, il a pris un peu de son temps, pendant sa pause déjeuner, pour répondre à nos questions.

Grégory Basilico : « C’est un accomplissement »

Que représente ce titre ?

C’est un accomplissement. Participer à ce championnat était un challenge puisque c’est un format nouveau pour moi. J’avais l’habitude d’être sur des formats plus courts et je n’avais jamais disputé ce format Ultra. Et comme cette année, les championnats du monde avaient lieu en France, je me suis dit que c’était le bon moment pour me tester. Et ça a plutôt bien marché.

50 kilomètres, 60 obstacles et plus de 3 500 mètres de dénivelé positif. Comment gère-t-on cet effort ?

Déjà, il faut rajouter dix kilomètres parce qu’on a fini avec 56 kilomètres. Et on était à plus de 70 obstacles, sans compter ceux qui sont plus naturels, comme les passages aquatiques, qui ne sont pas forcément comptabilisés. Mais c’est vrai que la gestion est toute autre. Il faut savoir tempérer ses ardeurs, ce qui n’est pas évident pour moi, car j’ai un tempérament de fougueux. J’aime attaquer, j’aime que ça aille vite. En plus, là, c’est un format alpin, avec plus de 3 500 mètres de dénivelé positif et négatif. Même en gérant, on finit dans le dur.

Une préparation entre Alsace, montagne et renforcement musculaire

Comment s’entraîne-t-on pour un effort aussi long ?

Ça a été un peu difficile pour moi, car je réside en Alsace, donc je n’ai pas de grosses montagnes chez moi. J’ai fait avec les moyens du bord, avec pas mal de renforcement musculaire, et j’ai réussi à faire, de temps en temps, des week-ends chocs à la montagne. Sinon, ça reste une préparation typique d’une Spartan Race, avec pas mal de course à pied, de vélo et de renforcement musculaire. L’effort ressemble un peu à ce que l’on retrouve en Hyrox, mais en plus, nous, on nous demande d’autres qualités comme l’agilité, car on a des obstacles d’équilibre.

Y a-t-il eu une coopération avec Thibault Jean ?

Il faut savoir qu’avec Thibault Jean, nous sommes avant tout amis. On se challenge depuis plusieurs années, et c’est ça qui fait élever notre niveau. Sur la course, chacun avait un peu sa stratégie, mais on savait que la première boucle était vraiment très difficile et qu’il fallait « courir en dedans », comme on dit. On a donc couru une bonne quinzaine de kilomètres ensemble, où on a discuté pour enlever le stress de la course et s’aider au niveau de l’allure. Si on peut s’aider, on s’aide, mais ça reste une compétition.





La différence se fait-elle plus sur la course ou sur les passages d’obstacles ?

Nous, athlètes élites, avons un peu tous le même niveau sur les obstacles. Pour autant, je ne dirais pas que ça se joue sur la course à pied, mais plutôt sur l’endurance. C’est vraiment cette faculté à pouvoir enchaîner les obstacles, puis repartir courir, porter des choses, courir à nouveau, nager, et ainsi de suite. Et puis, il y a aussi une grosse partie mentale à se dire : « Je repars, je remets du rythme ».

Un champion du monde encore loin du statut professionnel

Vous êtes actuellement au travail, ce qui signifie que vous n’êtes pas professionnel.

Pour gagner de l’argent, il faut remporter des courses. La seule rémunération possible, c’est via le prize money. Mais en vivre, c’est impossible. Même en remportant toutes les courses, ce serait limite, et en plus, il faut penser à la retraite et aux cotisations. À l’heure actuelle, il n’y a pas de statut professionnel.

Comment arrivez-vous à combiner les deux ?

Je m’entraîne après mes heures de bureau et pendant le week-end. Beaucoup, voire quasiment la totalité de mes vacances, sont prises pour faire des stages ou des compétitions. Il m’arrive même de prendre des congés sans solde pour les faire.

La course d’obstacles vers un avenir olympique ?

Le pentathlon moderne a intégré la course d’obstacles parmi ses cinq disciplines. Voyez-vous un avenir olympique à la course d’obstacles, mais en tant qu’épreuve individuelle ?

Oui, il va y avoir une montée en puissance. Le 100 mètres, c’est une petite représentation, mais ce n’est pas le même sport. C’est quelque chose de très typique, un peu comme à Ninja Warrior, où ça va très vite. Une fois qu’on aura découvert ce format, il y a de fortes chances qu’il y ait un 400 mètres obstacles et aussi un 3 kilomètres obstacles. Là, c’est plus représentatif de la course d’obstacles qu’on peut retrouver en Spartan Race. La fédération internationale de pentathlon moderne, qui est désormais en charge de la course d’obstacles, travaille beaucoup sur cet aspect-là et fait très bien les choses. En tout cas, on sent vraiment un engouement autour de la discipline. Ça se voit sur les événements, où ils font quasiment le plein à chaque fois. Ce week-end, il y avait plus de 10 000 participants sur les différents formats, il me semble. 11 000 plus précisément.

Est-ce que ce sont des formats qui pourraient vous plaire, ou êtes-vous désormais sur des efforts plus longs uniquement ?

J’essaie d’être un coureur polyvalent. En début de saison, j’ai préparé un 10 kilomètres sur route, où je suis passé sous les 30 minutes. Mais j’ai davantage l’ADN Spartan, où on court dans la nature et où il faut plus faire appel à cette faculté d’endurance.

Il y aura les championnats d’Europe à Saint-Raphaël (Var), en octobre prochain. Est-ce votre prochain gros objectif ?

Exactement. Je suis actuellement en phase de récupération, mais je vais me préparer pour ces championnats d’Europe. L’automne sera d’ailleurs plutôt chargé, car je vais aussi participer à deux autres championnats du monde, à Sparte (Grèce) et à Abu Dhabi (Émirats arabes unis), sur des distances différentes de celle de Morzine.

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