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Basket-ball

Gros conflit en WNBA, lock-out à venir ?

Maxime Cazenave

Publié le

Gros conflit en WNBA, lock-out à venir ?
Photo Icon Sport

WNBA – La renégociation de la convention collective entre la WNBA et les joueuses étant dans une impasse, la prochaine saison pourrait être menacée par un lock-out. Alors qu’il reste moins de trois semaines avant la date butoir, aucune avancée concrète n’a été réalisée.

Depuis plusieurs décennies, le terme lock-out est l’un des pires ennemis des fans de basket. Il désigne en NBA le fait que le syndicat des joueurs et la ligue ne parviennent pas à s’entendre au moment de signer une convention concernant la répartition des revenus. La NBA a déjà été frappée à quatre reprises par ce phénomène. La dernière fois, lors de la saison 2011-2012, la saison régulière avait débuté le 25 décembre, le temps qu’un accord soit trouvé, réduisant ainsi la saison à seulement 66 matchs.

Le produit WNBA en plein essor économique

En WNBA, ce phénomène ne s’est produit qu’une seule fois, lorsque la ligue n’avait pas encore franchi les dix ans d’existence, en 2003. Finalement, un accord avait été trouvé à temps pour éviter une saison tronquée. Mais depuis plusieurs mois, le fameux CBA (Collective Bargaining Agreement) est devenu un véritable sujet de tension, alors que son échéance arrive le 31 octobre. En effet, les joueuses exercent une pression de plus en plus forte sur une ligue qui n’est pas encore prête à satisfaire des attentes légitimes.

Selon l’accord actuellement en vigueur, les joueuses reçoivent entre 20 et 25 % des revenus générés par la WNBA. À titre de comparaison, ce pourcentage s’élève à 50 % en NBA. Un écart abyssal qui pousse les joueuses à faire valoir leurs droits, d’autant plus que ces dernières ont permis à la ligue de connaître une croissance absolument fulgurante. En 2022, l’ensemble des franchises de la ligue était évalué à environ 300 millions de dollars. Trois ans plus tard, en 2025, cette estimation a bondi à 3,4 milliards de dollars, avec la nouvelle franchise des Valkyries en tête du classement (500 millions de dollars). Si l’éclosion de stars, dont le phénomène planétaire Caitlin Clark, a permis d’accélérer le mouvement, la WNBA dans son ensemble est devenue un marché particulièrement porteur.

Les revenus explosent, les joueuses réclament leur dû

Cette situation, la ligue en a pleinement profité lors de la ratification des nouveaux droits TV intervenue en 2024 : 2,2 milliards de dollars étalés sur 11 ans, soit 200 millions par an ! Là où le précédent contrat s’élevait à 50 millions par an. En prime, l’intérêt des grandes villes américaines est devenu de plus en plus prononcé, au point que le ticket d’entrée dans la ligue est désormais fixé à plus de 300 millions de dollars. Sachant que le Portland Fire et les Toronto Tempo feront leur entrée dès l’année prochaine, avant les intégrations prévues de Cleveland (2028), Detroit (2029) et Philadelphie (2030), la ligue est assise sur une véritable mine d’or.

Néanmoins, cette dernière n’est pas décidée à partager le gâteau. Les négociations avec le syndicat des joueuses n’avancent plus depuis plusieurs semaines. Le 20 juillet dernier, les stars de la ligue avaient mis le sujet sur le devant de la scène lors du All-Star Game, en portant un t-shirt « Pay us what you owe us » (« Payez-nous ce que vous nous devez ») lors de l’échauffement. Un signe fort qui n’a pas eu l’effet escompté.





« Les pires dirigeants du monde »

Véritable star de la ligue, Napheesa Collier (Minnesota Lynx) a profité de la conférence de fin de saison, après la demi-finale perdue par son équipe fin septembre, pour mettre en avant la rupture totale avec la patronne de la ligue, Cathy Engelbert :

Nous avons les meilleures joueuses au monde, nous avons les meilleurs fans au monde, mais actuellement, nous avons les pires dirigeants au monde. J’en ai assez. Pendant trop longtemps, j’ai tenté d’avoir ces conversations en privé, mais il est clair qu’il n’y a aucune intention d’accepter même l’idée qu’il y a un problème. La ligue a clairement indiqué qu’il ne s’agissait pas d’innovation, ni de collaboration, mais de contrôle et de pouvoir.

Et si cette prise de parole avait déjà confirmé qu’un accord était loin d’être trouvé, le grand patron de la NBA, Adam Silver, a lui-même évoqué cette crise malvenue en plein milieu des Finales. Par ailleurs, le Sports Business Journal a récemment révélé que Cathy Engelbert pourrait être remerciée à l’issue de la négociation de l’accord, en raison des relations délétères qu’elle entretient avec les joueuses, mais aussi avec certains dirigeants de la ligue. Une rumeur qui ravira sans doute les joueuses, mais qui ne les détournera pas de leur objectif.

La sélection ou la WNBA : un choix complexe pour les internationales

Il faut dire qu’être joueuse WNBA aujourd’hui entraîne des contraintes importantes. Au-delà de la répartition salariale déséquilibrée, la ligue impose des règles strictes qui placent les joueuses dans des situations difficiles. Comme en NBA, lorsqu’une joueuse est draftée, elle signe un contrat rookie de quatre ans. Pour valider une saison, elle ne doit pas s’absenter plus de 21 jours. Une contrainte qui handicape sérieusement les joueuses étrangères, souvent obligées de faire l’impasse sur les compétitions internationales pour espérer tester un jour le marché.

Par exemple, Marine Johannès est en contrat rookie depuis 2019 et pourra enfin négocier un nouveau contrat l’année prochaine. Mais pour cela, elle aura dû faire l’impasse sur plusieurs campagnes avec l’équipe de France. Comme elle le confiait à L’Équipe en juin dernier, « en tant que joueuse étrangère, je dois montrer aujourd’hui que je ne pense qu’à la WNBA. » Un constat symbolique de la pression étouffante exercée par la grande ligue américaine.

À une quinzaine de jours de la date butoir, les négociations sont au point mort, et la menace du lock-out pourrait bien devenir réalité. Ce qui constituerait un vrai point noir au lendemain d’une superbe saison 2025, conclue par le triomphe des Las Vegas Aces vendredi dernier.

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