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Coupe du monde de football

Haïti à la Coupe du monde : une bouffée d’air frais pour un pays meurtri

Victor Clot-Amiot

Publié le

Haïti à la Coupe du monde une bouffée d'air frais pour un pays meurtri
Photo Icon Sport

COUPE DU MONDE DE FOOTBALL 2026 – Pays d’Amérique affichant l’IDH le plus faible, loin derrière le Honduras, Haïti a réalisé l’exploit de se qualifier pour la Coupe du monde de football. Une parenthèse bienvenue dans un pays où les gangs dictent leur loi.

Qualifiés pour la Coupe du monde pour la première fois depuis plus de 50 ans après leur succès contre le Nicaragua en novembre dernier, les Grenadiers tenteront de bien figurer dans un groupe C relevé, composé du Brésil, du Maroc et de l’Écosse. S’ils ne seront bien sûr pas favoris, les joueurs de Sébastien Migné auront à cœur d’offrir à leur peuple des moments de cohésion dans un climat socio-économique particulièrement difficile.

Séisme, assassinat du président, gangs… les racines d’une crise profonde

Pour mieux comprendre la situation d’Haïti, il faut remonter au début des années 2010. Certes, les difficultés sont bien plus anciennes, mais le séisme qui a frappé la partie occidentale de l’île d’Hispaniola en janvier 2010 a rendu critique une situation déjà précaire. Peu préparée à faire face à un tel drame, la population haïtienne a été profondément marquée par cette catastrophe qui avait alors fortement mobilisé la communauté internationale.

À l’époque, de nombreuses campagnes humanitaires avaient vu le jour et plusieurs artistes de renommée mondiale s’étaient mobilisés pour enregistrer la chanson caritative We Are the World 25 for Haiti, reprise du titre emblématique de 1985 afin de récolter des fonds pour les victimes.

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Le séisme a causé la mort de près de 200 000 personnes avant d’être suivi par une grave épidémie de choléra. L’État, déjà fragile auparavant, peine alors à assurer ses fonctions essentielles et à administrer le pays. Cette incapacité nourrit une instabilité politique chronique, qui va encore s’accentuer sous les présidences de Michel Martelly (2011-2016) puis de Jovenel Moïse (2017-2021).

Au paroxysme de cette instabilité, le président Jovenel Moïse est assassiné le 7 juillet 2021 à son domicile, en pleine nuit, par un commando composé notamment de mercenaires colombiens. Dans le même temps, le pays est en proie à la montée en puissance des gangs, notamment au cœur même de la capitale, Port-au-Prince. Profitant du vide politique, ces groupes armés étendent progressivement leur influence jusqu’à contraindre le Premier ministre Ariel Henry à démissionner en 2024.





Un conseil présidentiel de transition est alors chargé de diriger le pays tant bien que mal, avant que le gouvernement du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé n’assure l’intérim de la présidence de la République depuis le début de l’année 2026.

Le miracle des qualifications

Dans ce contexte, les Rouges et Bleus n’ont pas connu une campagne de qualification de tout repos. S’ils ont réalisé un premier exploit en juin dernier en accédant au dernier tour des éliminatoires de la CONCACAF pour la première fois depuis 1982, les Haïtiens devaient encore terminer premiers d’un groupe de quatre particulièrement relevé pour s’assurer une place à la Coupe du monde. Leurs chances semblaient déjà réduites avec la présence du Honduras et du Costa Rica, deux habitués du Mondial, mais elles paraissaient encore plus faibles au regard de l’instabilité qui règne dans le pays.

Depuis son arrivée à la tête de la sélection, Sébastien Migné n’a ainsi jamais été en mesure de poser le pied sur le sol haïtien. Une situation loin d’être idéale, d’autant plus qu’Haïti a dû disputer tous ses matchs à domicile sur terrain neutre, à Curaçao. Le stade Sylvio-Cator de Port-au-Prince se trouve d’ailleurs dans une zone largement contrôlée par les gangs.

À deux doigts d’une éviction après une défaite 3-0 contre le Honduras en octobre, le sélectionneur n’a pourtant pas changé de cap. Finalement, la sélection a terminé sa campagne par deux victoires contre le Costa Rica (1-0) et le Nicaragua (2-0), validant ainsi une deuxième qualification historique après celle de 1974.

Le calme dans les stades, la fête dans le pays

S’ils ont pu compter sur quelques supporters issus principalement de la diaspora caribéenne, les joueurs de la sélection ont dû se contenter d’ambiances que le préparateur physique Alexandre Dellal a qualifiées de « calmes » et comparables à ce « qu’on peut retrouver dans des championnats régionaux », au micro de nos confrères de RMC Sport. Au pays, en revanche, la campagne qualificative a été suivie avec passion.

Dans un pays où l’état d’urgence impose régulièrement des couvre-feux, la qualification a tout de même été célébrée et des scènes de liesse ont été observées dans la capitale comme dans le reste du pays. À Port-au-Prince, ces festivités se sont parfois déroulées dans la pénombre en raison des difficultés structurelles liées à la production et à la distribution d’électricité. Même dans la joie, les manifestations de la précarité restent omniprésentes.

Haïti bénéficiera du soutien… de sa diaspora

Dans quelques jours, Duckens Nazon et ses coéquipiers pourront compter sur un soutien bien plus important. En dépit du prix des billets, jugé excessif par de nombreux observateurs, Haïti devrait bénéficier d’un fort appui grâce à sa diaspora. On dénombre en effet près d’un million d’Haïtiens aux États-Unis, auxquels s’ajoutent environ 200 000 personnes vivant au Canada. Un chiffre considérable rapporté à une population nationale estimée à 11 millions d’habitants.

Sans cette diaspora, les joueurs haïtiens se sentiraient probablement bien seuls. En cause, les restrictions de visas imposées aux Haïtiens souhaitant se rendre sur le sol américain. En d’autres termes, un Haïtien désireux de suivre les matchs des Grenadiers aux États-Unis ne pourra pas forcément effectuer le déplacement.

Paradoxalement, l’administration américaine a récemment levé les restrictions qui pesaient sur les supporters d’une cinquantaine de pays, lesquels devaient auparavant verser une caution comprise entre 5 000 et 15 000 dollars, restituée à leur retour.

#OuvèPeyia

En parallèle, la qualification a également été utilisée comme vecteur de messages politiques. Sur les réseaux sociaux, le hashtag #OuvèPeyia (« ouvrir le pays ») s’est répandu à l’initiative de l’attaquant Duckens Nazon. Un mot d’ordre rapidement repris par la presse et par de nombreux Haïtiens. Le message est simple : le sport, vecteur d’unité, a permis de fédérer la population autour de cette qualification historique, démontrant ainsi la résilience et la force du peuple haïtien.

Cette mobilisation est devenue un argument pour demander à l’État de prendre ses responsabilités : rétablir les axes de communication, permettre aux déplacés de regagner leur domicile, favoriser la libre circulation et, in fine, permettre aux Grenadiers de fouler à nouveau le sol haïtien pour une célébration digne de ce nom. Car aussi improbable que cela puisse paraître, les joueurs haïtiens n’ont toujours pas été en mesure de rentrer dans leur pays depuis leur qualification…

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