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L’imposture de la reprise de l’OM par Jack Kachkar

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Claude Paris / AP - SIPA

Le projet de Mourad Boudjellal et Mohamed Ayachi Ajroudi de racheter l’Olympique de Marseille à Frank McCourt semble avoir du plomb dans l’aile. L’occasion de rappeler que l’OM a fait l’objet de nombreuses offres de rachat dans le passé. Par exemple, celle extravagante de Jack Kachkar en 2007.

L’artiste, le policier et la légende

Le 31 janvier 2007, en huitième de finale de Coupe de France, l’Olympique de Marseille dispose du champion de France l’Olympique Lyonnais. Les choses avaient pourtant bien commencé pour les joueurs de Jean-Michel Aulas puisqu’à la 18e minute, un coup de bot de Juninho – l’artiste, atterrissait sur le crâne glabre du Policier, Cris. Ficelle. 1-0. Et alors que Djibril Cissé et Toifilou Maoulida s’échinaient de concert à rater tout et le reste, et surtout l’immanquable, le magicien Mickaël Pagis décide de s’en mêler. Il claque tout en décontraction une reprise de volée à l’entrée de la surface. 1-1. C’est dans le temps additionnel que Mamadou Niang – la légende, vient régler l’affaire d’un coup de tête qui trompe défense et gardien. 2-1. Marseille est en quart de finale de Coupe de France 2007.

Dans les tribunes, sur le banc de touche, sur le terrain, le peuple marseillais exulte. Battre l’archi-champion lyonnais, en ce temps-là, c’était quelque chose. Dans les vestiaires, joueurs et staff montent et tapent sur les tables. Au milieu du cercle que la troupe forme, un homme d’une quarantaine d’années en costume-cravate et poches sous les yeux. Il a l’air aussi content que les autres, peut-être plus. Entre Habib Beye et Franck Ribéry, Jack Kachkar se croit-il déjà Président de l’OM ? Les autres voient-ils en lui l’homme providentiel qui va sortir tout le monde de la mouscaille ?

On soigne bien les chevaux

Les saisons de galère, les montagnes russes et l’ascenseur émotionnel, les Marseillais savent ce que c’est. Entre 1996, date de retour dans l’élite et 2007, Marseille a connu deux finales européennes, le podium en L1 et des sauvetages in extremis pour rester dans l’élite. Robert Louis-Dreyfus ne sait plus à qui se fier au sein d’un club malade de sa mauvaise gestion. Malade, le Suisse l’est aussi. Vendre l’OM serait pour lui un soulagement, pour toute sa famille aussi. Qu’un richissime homme d’affaires canadien, magnat de l’industrie pharmaceutique outre-Atlantique, puisse s’intéresser à son club, c’était pour tout dire assez inespéré pour RLD.

Qu’importe qu’il n’ait jamais entendu parler de ce Jack Kachkar ou que son Miza Inc. lui ait valu une restriction judiciaire de la Cour suprême d’Irlande. Foin des fâcheux qui s’étonnent que la même Miza Inc. en faillite vende ses contrats et ses actifs à Inyx Pharmaceutical, propriété de Doblique Inc. elle-même propriété de Madame Kachkar et spécialisée dans les chevaux de course. Après tout, on soigne bien les chevaux.

L’homme du pont

En janvier 2007, officiellement, Inyx Inc. fonctionne du feu de Dieu. La boîte est cotée au Nasdaq et la fortune de Jack Kachkar est estimée à plusieurs millions de dollars. Le 16, il a apporté les garanties bancaires que Robert Louis-Dreyfus et le club demandaient. Le 26 février, les deux parties doivent signer. Premier accroc, Jack Kachkar demande un délai supplémentaire à Louis-Dreyfus. Trois fois rien, l’histoire de quelques jours et de déjouer quelques tracasseries de trésorerie, rien de grave. Les banques, on sait ce que c’est. On accorde au Canadien un bon mois supplémentaire, le temps de se refaire la cerise. Il faut dire qu’on ne peut pas lui refuser grand chose.

L’homme dispose de soutiens puissants. Le Président de l’OM Association d’abord, Jean-Pierre Foucault himself et sa force de frappe médiatique. Côté gros sous, le millionnaire des pilules dispose de l’entregent de Francis Bridgeman, avocat de la City. L’homme du pont est lui-même appuyé par l’un des plus gros cabinets du monde, Allen & Ovory. Il est sympathique, son contact chaleureux rassure et son parcours force l’admiration. Né à Damas, sa famille déménage rapidement pour le Liban puis le Canada. D’une famille modeste, il s’extrait d’un quotidien gris en réussissant sa médecine à Budapest. En flairant les bons coups industriels et miniers, dit-on, il fait fortune tant et si bien qu’il propose désormais 115 millions de dollars pour racheter l’Olympique de Marseille.

Jack Kachkar contre cash rare

Le 1er mars, coup de théâtre. Jack Kachkar annonce qu’il a officiellement racheté l’Olympique de Marseille. Stupeur dans le camp RLD qui, même s’il cherche bien, compte et recompte, ne trouve aucune trace d’un versement des dizaines de millions d’euros d’acompte convenus. Le ton se durcit entre les deux camps. Le Suisse donne au Canadien jusqu’au 16 mars pour honorer son engagement sans quoi, il ira se faire de la poutine chez les Amazones. Dans le camp des dirigeants marseillais, le doute a été semé par un article du Figaro qui annonce qu’une enquête est lancée pour déterminer l’origine des fonds levés par Jack Kachkar.

Finalement, les négociations n’auront pas fait une saison et le 23 mars, on annonce qu’elles prennent fin. Et de manière d’autant plus définitive que le 9 mai, Robert Louis-Dreyfus dépose plainte pour « faux, usage de faux et escroquerie ».  Quatre ans plus tard, c’est à Margarita Louis-Dreyfus que Jack Kachkar est condamné à verser 500 000€ de dommages et intérêts. Son mari, Robert, est mort deux ans auparavant de la résurgence du virus JC.

Jusqu’en 2019, Jack Kachkar se faisait discret sur la scène médiatique française. Il a fallu qu’une dépêche le rappelle aux souvenirs des suiveurs du football et de fans marseillais qui enfouissaient, le plus profondément possible, son nom dans les tréfonds de leur mémoire. Condamné pour avoir détourné 100 millions de dollars et provoqué la faillite d’une banque de Porto Rico, Jack Kachkar a été condamné par un tribunal de Floride à 30 ans de prison et une amende de 103 490 005 de dollars.

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