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Tennis

Pierre Delage : « Les réseaux sociaux ? Ça peut être une deuxième carrière »

Tom Compayrot

Publié le

Photo Icon Sport

ATP CHALLENGER 2026 – Interview avec Pierre Delage, tennisman français de 25 ans qui fait vivre son quotidien sur ses réseaux sociaux, où il gagne en popularité.

C’est un tennisman de 25 ans et 2,01 m, actuellement classé à la 724e place ATP. À première vue, rien ne démarque Pierre Delage des autres. Sauf que le jeune homme originaire du Bassin d’Arcachon compte 10 fois plus d’abonnés sur ses réseaux sociaux que les autres joueurs à son niveau. La raison ? Il s’est lancé sur les réseaux avec des formats courts, d’abord pour imager sa vie de tennisman avec des images catchy ou des concepts à visée internationale. Puis, des formats plus approfondis face caméra, où il débriefe ses tournois, décrypte ses bilans sportifs et financiers de manière régulière.

En bref, la vie, les galères et les joies d’un tennisman professionnel évoluant sur un circuit tertiaire (ITF) largement méconnu du grand public, ce qui génère à chaque fois beaucoup d’engagement. Il réunit aujourd’hui quasiment 20 000 abonnés sur Instagram, 5 000 sur Facebook et 3 500 sur TikTok. Ce qui peut lui ouvrir des portes à l’avenir, et il compte bien là-dessus. C’est pour parler de cette sorte de double carrière que nous avons interviewé Pierre Delage au Challenger 175 de Bordeaux Primrose. Un tournoi qui se déroule dans le club où il est licencié, et où il s’est illustré en gagnant les deux plus gros matchs de sa carrière, devant un public bordelais acquis à sa cause.

Pierre, quel a été l’élément déclencheur qui t’a fait te lancer sur les réseaux ? C’était quand et pourquoi ?

Ça fait quelques mois quand même. C’est vrai que moi de base je n’étais pas trop sur les réseaux, ce n’est même pas quelque chose que je prends du plaisir à faire. Mais je trouve que c’est important. J’ai une vie qui est quand même particulière, et les gens ne se rendent pas vraiment compte de la réalité de ce qu’on vit au quotidien, de nos dépenses… J’essaie d’être le plus authentique possible, de montrer vraiment ce que je vis. C’est la vie de mon classement (724ᵉ ATP). Il y a eu un petit déclic avec une première vidéo qui a bien marché, donc j’ai continué après.

Qu’est ce qui intéresse le plus les gens selon toi dans ton contenu ?

Ils aiment bien voir ce que je fais au quotidien, et en vrai… l’argent, le côté financier. C’est sur ça qu’ils ne se rendent pas vraiment compte. Par exemple, j’ai fait un tournoi en Grèce, un ITF 15 000 $. J’ai perdu au premier tour et j’ai gagné 60 euros de prize money… Sur la fin de semaine, je suis en déficit de 700 € à cause des dépenses. Et c’est souvent ce qui ressort, les gens sont surpris.

Tu as une communauté tennis, ou tu arrives à intéresser des gens hors tennis ?

C’est une bonne question. Je pense que c’est plutôt tennis, les gens qui s’intéressent vraiment aux circuits secondaires… Ce sont plutôt les puristes, je pense. C’est mon but, je veux vraiment avoir une communauté tennis qui me suive et qui puisse voir tout ça. J’aimerais bien monter au classement pour montrer la différence avec les Challengers, et j’espère les tournois au-dessus. Mais je ne me prends pas trop la tête là-dessus.



Tu espères que cette présence sur les réseaux va t’ouvrir des portes ? Les sponsors sont forcément plus intéressés par un joueur qui a de la visibilité…

Oui, je pense à ça. C’est vrai qu’aujourd’hui, ça passe beaucoup par la visibilité, donc finalement les réseaux sociaux sont hyper importants. Je le fais beaucoup pour ça aussi. Je sais que si je veux investir davantage dans mon tennis, si ça peut me faire un complément à ce que je gagne dans les tournois ou les matchs par équipe, ce serait super. Je pense que ça me donne plus de marge de négociation par rapport aux autres joueurs à mon classement. Là je suis en négociation avec une marque de balles, donc c’est cool, je suis content. Au moins je sais que je ne fais pas ça pour rien, et ça me pousse à continuer et à innover.



 

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Justement, as-tu envie de faire évoluer tes concepts ? Peut-être des vlogs sur Youtube ?

Oui, j’y pense. Mais après c’est un autre métier, quand même. Je n’ai pas envie de me perdre non plus, je reste un joueur de tennis. Montrer ma vie, ça serait super, mais ça prend de l’énergie. Il y a un juste milieu à trouver…

Tu as forcément l’exemple Jules Marie en tête ? Il a été précurseur là-dessus

Oui, forcément. Lui, c’est un cran au-dessus. Ça m’inspire, je trouve que ses vidéos sont super. C’est le n°1 dans le domaine, il a été précurseur. Beaucoup l’ont critiqué, mais je pense qu’à la fin c’est lui qui avait raison. Ses vidéos sont super, je prends beaucoup de plaisir à les regarder. Mais il a un caméraman/monteur qui le suit sur les tournois. Il a délégué cette partie qui, je trouve, est celle qui prend le plus d’énergie.

C’est toi qui fais tous tes montages à l’heure actuelle ?

Oui, c’est moi. Ça prend du temps, et en plus ce n’est pas quelque chose où je suis hyper compétent. J’apprends un peu sur le tas forcément. Maintenant je mets moins de temps à faire mes vidéos, mais mes premières, c’était cata quoi [rires]. Pour un résultat de 20 secondes, tu te dis : « Wow, j’y ai quand même passé beaucoup de temps là. »

Est-ce que partager ce que tu fais à une communauté est aussi une démarche qui te permet de te sentir un peu moins seul ? Il y a une vraie solitude sur le circuit…

Oui, clairement. Ça me permet de penser à autre chose qu’au tennis déjà. Et puis, ça me fait plaisir d’avoir des retours positifs sur ce que je fais. Même si j’ai aussi des retours négatifs… Il y en a beaucoup. Quand je parle d’argent, on me dit « de toute façon tu es nul », « vas trouver un vrai travail »… Un peu moins sur Instagram, mais beaucoup sur TikTok par des jeunes, et sur Facebook par des plus âgés. Mais je regarde un peu moins les commentaires, je n’ai pas envie de me prendre la tête avec ça.

Tu te fixes des objectifs sur les réseaux comme si c’était une seconde carrière ?

C’est vrai que ça peut être une seconde carrière. Je l’ai en tête, mais franchement c’est moins ma priorité. Mon rêve reste le tennis. Je n’ai pas envie que ça soit un frein, parce qu’encore une fois ça prend de l’énergie et du temps. Mon objectif quand je me lève le matin, ça reste de m’améliorer sur mon tennis. Mais évidemment, j’ai quelques objectifs comme avoir plus d’abonnés, plus d’engagement… Je veux fédérer une vraie communauté, j’ai tout ça en tête.

Et éventuellement avoir quelqu’un qui t’aide en te filmant et en montant tes vidéos ?

J’aimerais bien, j’aimerais bien… Mais ça coûte de l’argent. Et aujourd’hui, je préfère investir dans mon tennis, c’est ma priorité. Ce qu’on peut me souhaiter ? Très bien jouer, monter au classement, gagner de l’argent et l’investir dans mon tennis. Et je pense que les réseaux, ça va suivre tout seul. Parce que quand tu joues bien, les gens s’intéressent encore plus à ce que tu fais. Donc voilà, que tout monte.

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