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Athlétisme

Jade Maraval (javelot) : « Les 60 mètres sont dans le viseur »

Etienne Goursaud

Publié le

Jade Maraval (javelot) : "Les 60 mètres sont dans le viseur"
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ATHLÉTISME – Entretien avec la récente championne de France Élite du javelot, Jade Maraval, qui a franchi un gros cap cet hiver. Avec un record personnel pulvérisé et porté à 58.97 mètres. Ce qui lui a ouvert les portes de l’équipe de France A, lors de la Coupe d’Europe des lancers. Elle revient sur ses progrès hivernaux, au cœur d’une saison qui n’a pas toujours été simple. Mais aussi son envie de continuer de progresser, avec les Jeux de Los Angeles 2028 dans un coin de sa tête. Jade Maraval revient aussi sur sa discipline, assez spécifique, où chaque erreur est fatale sur le jet.

Jade Maraval : « Beaucoup d’excitation et d’envie de lancer aux France »

Tu as connu un hiver de rêve, avec un titre de championne de France Élite et un record personnel. De quoi es-tu la plus fière ?

Franchement, c’est davantage le record et le fait que, malgré un début de concours compliqué, j’ai réussi à ne pas me laisser avoir par la pression qui s’est installée. Je n’arrivais pas à bien lancer dès le début. Mentalement, j’ai gardé le cap et je n’ai rien lâché. Je suis contente sur cet aspect-là, car je sais que, mentalement, j’arrive à tenir jusqu’au bout et que, tant que le concours n’est pas fini, il faut y croire, pour réussir. Après, c’est sûr que la performance est incroyable. Mais cela faisait un moment que tout le monde me disait que j’en étais capable. Enfin, après tout le travail fait, ce record est là.

Un concours difficile au début et bien repris après, c’est ce que tu as également vécu à Nicosie en bleu…

Franchement, ce sont deux concours bien différents. Les France, il y avait beaucoup d’excitation et d’envie de lancer, car je sentais que j’étais vraiment en forme. Le premier jet est très bon, il me semble qu’il est vers 57 mètres. Mais on me dit qu’il est hors secteur. Il touche la ligne, mais on ne me le compte pas. Certains m’ont dit que le jet était bon. On va dire que j’étais bien dans mon concours, mais il y avait un peu de vent. Et comme je lance un peu à droite, cela m’a impacté. Sur mon deuxième jet, je tombe et je mords la ligne.

Alors qu’à la Coupe d’Europe des lancers, j’étais un peu fatiguée, il n’y avait pas trop d’ambiance et il faisait très chaud. C’était le jus qui manquait. Je n’arrivais pas à avoir le bon tempo et j’étais à contretemps. Oui, j’ai réussi à passer un cap, car je me suis vraiment mis en feu toute seule, pour essayer de sortir un jet et sortir du concours en étant contente. Mais c’était différent des France, où j’avais tellement d’énergie. C’était l’opposé (rires). J’ai préféré le concours des France, car je me sentais très forte en énergie. C’était plus facile de lancer qu’à la Coupe d’Europe, où j’étais vraiment fatiguée, et j’ai dû me bouger pour faire quelque chose. Vu l’état dans lequel j’étais, c’était plutôt prometteur.

Jade Maraval : « Je n’ai pas eu une compétition dans laquelle, c’était simple »

Cela conclut une saison bien partie, avec une rentrée record en Allemagne. Un concours qui doit déjà te donner de la confiance ?

Oui. On voyait qu’à l’entraînement et en physique, j’étais plutôt bien. Il me tardait de montrer ce que je valais. C’est une compétition qui me faisait bien peur, parce que cela faisait longtemps que je n’avais pas lancé. Ma dernière compétition date d’août 2024. Au niveau des repères, c’était un peu compliqué, j’étais un peu perdue. Je m’en sors sur le dernier jet, mais c’était vraiment une compétition avec plein de réglages. À l’image de cet hiver. Je n’ai pas eu une compétition dans laquelle, c’était simple. Allez, si, à Montbéliard. Je fais un concours plutôt bon. Je lançais à la maison, et à l’entraînement, j’ai l’habitude de beaucoup mordre et de me laisser aller. Du coup, j’avais de mauvaises lignes en référence, pour lancer. Et je me retrouvais un peu près et je lançais moins bien. Mais c’était le concours le plus simple à gérer de la saison.

On a pas mal évoqué Nicosie, c’était ta première sélection en A. Comment l’as-tu abordée ?

J’avoue avoir pas mal comparé avec ma première sélection chez les jeunes. Une compétition que j’avais un peu loupée. J’étais tellement excitée par cette première sélection que j’attendais depuis longtemps, que tout le monde avait peur que j’ai trop d’énergie. Mon trait de caractère, c’est d’avoir beaucoup d’énergie. Quand j’étais plus jeune, en compétition, c’était compliqué de savoir canaliser cette énergie. Souvent, cela partait un peu dans tous les sens. En Finlande, tout le monde avait un peu peur que j’explose. Tout le monde me canalisait. Ce qui s’est passé, c’est que j’étais trop calme et je n’arrivais pas à lancer.

Du coup, à Nicosie, je me suis dit : « Jade, fais-toi confiance, tu mets du rythme, car tu ne sais pas lancer sans rythme« . J’ai essayé de ne pas me mettre de pression, tout en voulant montrer que j’avais franchi un cap aux France et être la meilleure possible. J’avais envie, mais physiquement, j’étais cuite par rapport aux autres compétitions. Le voyage a dû jouer. En physique, j’étais moins bien, mais j’ai réussi à sortir une belle performance. Je suis très satisfaite de cette première sélection en A.





Jade Maraval : « L’objectif, c’est quand on fait un jet, de rester à ce niveau de régularité »

Cette première était importante en vue d’éventuelles échéances futures en Bleu ?

C’est bien, car cela met en condition. Je sais que j’ai fait cette première sélection en A, qu’il n’y aura moins de pression. Même s’il y en a toujours à chaque compétition. Parce que je marche comme cela. C’est bien d’engranger toute l’expérience possible. Il faut le dire, la Coupe d’Europe est vraiment une compétition dans laquelle on est avec tous les lanceurs français. Il y a une ambiance, une cohésion. Cela fait du bien. On est réellement une équipe et on se sent encore plus soutenu. Comme première sélection, c’était vraiment bien et je suis contente d’avoir pu la faire.

On a évoqué tes difficultés en début de concours. Néanmoins, ce n’est pas la première fois où tu es forte dans une grosse compétition. Comment fais-tu pour quasiment toujours être présente et faire le bon jet ?

Je ne peux pas dire que ce n’était que des bons jets. On part du principe, qu’avec mon coach, je dois être régulière. En principe, dans mes concours, on me dit qu’il ne faut pas avoir trois ou quatre mètres de différence entre mes jets. Chose que je n’ai vraiment pas fait cet hiver (rires). Si je suis régulière, c’est plus facile de sortir une performance de pointe. Rajouter des choses techniques. Et la grosse performance peut sortir à tout moment, car il s’agit d’un jet.

L’objectif, également, c’est qu’une fois un jet fait, il faut rester à ce niveau de régularité. Y aller petites étapes par petites étapes. Quand c’est acquis, c’est acquis et on ne doit pas reculer de dix marches après. Je pense que, l’année dernière, je valais plus que 56 mètres, mais je n’arrivais pas forcément à sortir cette grosse performance. Elle sort cet hiver, mais c’est plutôt l’impatience de l’an dernier qui ressort

Jade Maraval : « Los Angeles comme objectif »

Tu évoquais le jet de pointe. T’es-tu fixé un objectif pour la saison estivale ? On pense forcément au 60 mètres.

C’est sûr que la barre des 60 mètres est dans le viseur. C’est une barre qui compte au niveau international. Qui commence vraiment à parler, sans forcément faire peur aux concurrentes, on se dit qu’elle est là. Elle me fait rêver, j’ai envie de la franchir et que cela devienne une performance normale pour moi. Je vise encore plus loin, mais je sais que cela prend du temps. Je ne mets pas de pression. Si ce n’est pas cette année, ce ne sera pas l’année prochaine ou d’après. Je suis persévérante et si je fais bien le travail, je ne vois pas pourquoi cela ne marcherait pas. Il y a du potentiel. Je me laisse du temps, mais j’ai de l’ambition. Et la barre des 60 mètres est une des premières étapes.

Tu étais jeune pour Paris 2024. Est-ce que Los Angeles 2028 est déjà dans ta tête ?

Oui, je sais que c’est mon objectif. J’ai vu l’ambiance des Jeux de Paris, et j’aime trop les gros évènements. Cela me fait vibrer et c’est quelque chose qui me plait. Lors de la Coupe d’Europe, il n’y avait pas d’ambiance et tu ne peux pas être transcendé, alors qu’aux Championnats de France, il y avait vraiment de l’ambiance et j’avais vraiment envie. J’ai envie de vivre les JO, ce genre d’évènements. Donc d’atteindre ce niveau. Je veux les faire, mais il va falloir travailler.

Et les Mondiaux de Tokyo 2025 ?

Je les ai en tête, je sais que c’est possible, mais je ne me mets pas la pression de me dire qu’il faut absolument que je le fasse. C’est abordable si je franchis un cap et que j’arrive à être régulière. On verra ma saison, et comment j’aborde les compétitions cet été.

Jade Maraval : « On essaie de travailler sur des intentions techniques »

Le javelot fait partie de ces disciplines dans lesquelles il est difficile d’être régulier, et chaque paramètre peut changer ton jet du tout au tout. Comment, à l’entraînement, travailles-tu ? Qu’est-ce que tu priorises ?

On essaye de travailler des axes techniques où on aimerait que je progresse. Actuellement, on ne travaille pas trop la distance. Même si on a des repères visuels pour voir si je suis en forme ou non. Cela reste un indicateur de mon évolution. Mais on essaie surtout de travailler sur les intentions, être plus longue dans le geste. Je vais avoir des consignes techniques durant une compétition, où un entraînement, et sur plusieurs semaines. On sait que je lance avec beaucoup de rythme. Il faut que je réussisse à garder de la vitesse, notamment dans le dernier « hop ». Essayer d’avancer dedans et être plus longue, car j’ai tendance à être plus courte que certaines lanceuses. Je perds en chemin de lancer et donc des mètres derrière. C’est quasiment la chose la plus importante.

Est-ce que cela peut t’arriver, de progresser en force et que cela t’amène une perte de repères, et provisoirement lancer moins loin ?

(Elle rit) Heureusement qu’on ne me voit pas lancer tout le temps à l’entraînement. Il y a des séances où je ne passe pas la barre des 40 mètres. 35 mètres, c’est déjà incroyable. Je mets beaucoup d’intensité à l’entraînement, notamment en musculation. Je peux être vraiment cramée le lendemain. Et je ne lance pas loin. Dans ces cas-là, on recherche vraiment les intentions et pas la distance. Et heureusement, car psychologiquement, cela ferait mal.

Jade Maraval lors des championnats de France Élite 2024 - Photo Icon Sport

Jade Maraval lors des championnats de France Élite 2024 – Photo Icon Sport

Et sur le moyen terme ?

J’avoue que l’hiver, je ne m’en rends pas trop compte. Je ne lance pas énormément dehors, car je lance beaucoup en salle, dans des filets. Visuellement, c’est totalement différent, on ne voit pas comment atterrit le javelot. Quand je lance dehors en hiver, le froid m’impacte et je lance moins loin. Avant mes premières compétitions, je dois lancer à 40-45 mètres maximum. C’est pour ça qu’on ne regarde pas tant que cela la distance. On sait qu’on en met tellement la semaine, pour que je sois prête le week-end, que cela puise énormément. Et je suis moins performante, car je n’ai pas la puissance pour lancer.

Jade Maraval : « Quand j’étais petite, je ne voulais pas faire uniquement du javelot »

Est-ce qu’on peut envier les disciplines qui peuvent faire des compétitions en salle ? Notamment les lanceurs de poids

En compétition, non, parce que je sais qu’en France, on n’a pas d’endroits pour lancer à l’intérieur, donc je m’y suis un peu faite. Mais c’est plutôt sur les entraînements que là, je vais envier ceux qui ont une salle. J’ai quand même un gymnase deux fois par semaine, quand il fait vraiment froid. Mais il n’y a pas de tartan, je lance en baskets et cela change pas mal de choses. Je n’ai pas forcément les meilleures conditions pour pouvoir faire de la technique.

Tu es passée par les épreuves combinées en étant plus jeune. Qu’est-ce que cela t’a apporté et qu’est-ce qui t’a amené au javelot ?

J’ai commencé l’athlétisme très jeune, en éveil athlétisme. J’ai toujours eu ce coach qui a toujours voulu qu’on fasse toutes les disciplines, quand on était jeune. Il ne voulait pas qu’on choisisse de suite une discipline et faire de tout. Et il sait que, si on fait un peu de tout, on est meilleur sur les bases athlétiques. Il nous a enseigné cela et j’avoue que, quand j’étais petite, j’étais hyperactive. J’aimais varier et j’avais besoin de m’amuser et changer.

J’adorais l’heptathlon et au départ, je ne voulais pas du tout passer uniquement sur le javelot. Car j’avais peur de m’ennuyer. Sur l’heptathlon, sur chaque séance, je change de discipline. J’avais peur de ne faire que du javelot. Mais je participe aux Championnats de France, quand je suis cadette 1, en plein hiver. Je prends la 4e place et cela m’a mis une rage (rires). Et là, je me suis focalisée sur le javelot, pour être meilleure. C’est venu petit à petit. Ceci dit, je fais encore du 100 m, lors des interclubs. Et à l’entraînement, je fais encore beaucoup de bondissements, de sprints. On essaie de varier pour que j’ai une base athlétique cohérente.

Jade Maraval : « Aux interclubs, je mange les filles sur les 50 premiers mètres du 100 m, et je me mange un mur après »

Tu fais combien de séances de course par semaine ?

C’est compliqué. En soi, quand je fais des séances techniques de javelot, je cours quand même. Je cavale quand je lance. Mais il y a une séance par semaine qui est dédiée au sprint pur et dur. Après, cela dépend. On peut faire de la course en lançant, je peux lancer sur 20-30 m, cela fait du sprint court à fond. Je fais aussi des mimes de déplacement au javelot.

La course au javelot reste différente du sprint non ?

Oui c’est vrai. Mais c’est le départ, prendre de l’élan et garder cette intensité. Cela ne me change pas. Mais c’est peut-être le travail en musculation qui me fait ça et cette impression que je cours droit. La puissance fait que j’arrive à garder de la vitesse et à en remettre. Mais en fatigue et en demande d’intensité, c’est la même chose pour moi.

On sait que les lanceurs, sur 20 mètres, sont très explosifs, plus que les sprinters

(Elle rigole) Aux interclubs 2024, c’était trop drôle. Je pense que je les mange toutes sur 50 mètres. Après, elles me doublent toutes. Je sais que sur 60 mètres, je suis vraiment forte, alors que sur 100 m, les 40 derniers mètres sont vraiment durs à tenir, remettre de la vitesse. Je subis la distance (rires). Mais pour le lancer, c’est important d’être explosif et bon sur 30 mètres. C’est ce que je suis. Mais c’est vrai qu’on m’a déjà dit, sur 100 m, que je donnais l’impression que j’allais toutes les manger. Mais non (rires).

Cela t’es-tu déjà arrivé d’y croire ?

Honnêtement, aux interclubs, je me suis sentie monstrueuse au départ. Mais après, c’était comme si je prenais un mur (rires). Mais je ne le travaille pas, ce n’est pas ma spécialité. Ça va, je suis en dessous de 13 secondes (rires).

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