Jérémie Azou, champion ordinaire : Jeux Olympiques, retraite, aviron français (2/2)


Jeune retraité mais avant tout sportif français avec un palmarès immense, Jérémie Azou a marqué l’histoire de son sport. Gros plan sur la carrière hors norme d’un rameur qui ne laisse pas indifférent que ce soit par son talent, sa disponibilité ou sa gentillesse. Dans la deuxième partie, nous reviendrons sur son titre olympique, sa retraite, tout en évoquant la vision qu’il a de son sport en France. 

Jérémie Azou, l’avant Rio et le titre olympique

Alors qu’il ramait avec Stany Delayre depuis plusieurs années, un petit nouveau vient bouleverser la hiérarchie juste avant Rio.

Pierre s’est donné les moyens d’atteindre ses objectifs, donc comment lui en vouloir ? Ce qui est sûr, c’est que je ne souhaite à personne d’être dans la situation où j’ai été. Car compte tenu de l’enjeu et du potentiel du bateau, la Fédération Française d’Aviron a, selon moi, manqué de transparence à bien des égards. Humainement, ça a été très dur comme période. On oublie souvent qu’on reste des humains.

Avec Pierre Houin, il deviendra champion olympique.

Les Jeux Olympiques, c’est le graal pour un rameur, ce serait mentir de dire le contraire. Les gagner avec Stany, au vue des péripéties que nous avions vécues ensemble et de notre amitié, c’est sûr que l’histoire aurait été belle.

Jérémie Azou et Pierre Houin champions olympiques à Rio

Jérémie Azou, l’invaincu

Jusqu’à sa retraite, il est resté invaincu pendant plus de 50 courses avec Stany d’abord, puis avec Pierre ensuite.

Ce sont de bons souvenirs et de la fierté aussi. Chaque victoire a son histoire. C’est d’ailleurs le plus paradoxal : on ne se rappelle pas du nombre mais bien de chacune d’elles. Comme si le chiffre avait peu d’importance finalement. Pour autant, nous n’avons jamais eu le sentiment d’être invincibles. A chaque course les compteurs étaient remis à zéro. Nous n’avons jamais sous-estimé nos adversaires. C’est ce qui nous a permis de rester aussi longtemps invaincus.

Jérémie Azou, plus grand rameur français ?

Si son palmarès parle de lui-même et en fait l’un des plus grands rameurs français de l’histoire, il évoque la question avec beaucoup d’humilité.

Il faut avoir beaucoup d’humilité avec ce genre de déclaration. La trajectoire et la carrière d’un sportif inclut d’innombrables paramètres. J’ai rencontré les bonnes personnes au bon moment. Elles m’ont permis d’exploiter 100% de mon potentiel. Je suis fier d’avoir marqué une génération, c’est sûr, mais je crois surtout qu’il existe des champions pour chaque génération, indépendamment du résultat sportif. Donc j’espère que beaucoup m’auront oublié dans quelques années, cela voudra dire que l’aviron français aura brillé de nombreuses fois depuis la fin de ma carrière.

Jérémie Azou et Pierre Houin vainqueurs de la Coupe du monde de Lucerne en 2017 © Daniel Blin

Jérémie Azou, la retraite

A la surprise générale, après son deuxième titre de champion du monde en 2017, il annonce sa retraite sportive, l’envie lui manquant.

L’usure psychologique et physique. Sportivement, je n’avais plus envie. Je savais que le groupe était assez solide pour fonctionner sans moi. J’avais aussi envie de passer à autre chose, de profiter de ma famille et de mes proches. Il n’y a pas un jour où je regrette, ça peut paraitre bizarre, mais c’est vrai. Aucun come-back n’est donc prévu.

Jérémie Azou, l’aviron en France

Même s’il ne rame plus, il garde un œil avisé sur l’évolution et la place de son sport en France. Mais aussi sur les performances des bateaux français lors des dernières compétitions internationales.

Selon le tableau des médailles, le bilan est plutôt bon, mais il faut faire très attention à son interprétation. S’il s’agissait d’une année pré-olympique, seuls 4 rameurs auraient été qualifiés aux JO (Onfroy-Onfroy en 2- TC et Androdias-Boucheron en 2x TC). Donc beaucoup de chemin reste encore à parcourir sur les deux années à venir. L’objectif final, c’est Tokyo, donc pas d’inquiétude particulière. Il faudra néanmoins être fort cette saison pour qualifier un maximum d’embarcations.

Concernant le groupe paralympique, le bilan est vraiment prometteur. Je suis particulièrement content pour le 4+LTA. Ils arrivent enfin à concrétiser. Il leur aura fallu beaucoup d’abnégation, de patience et de travail pour y arriver. Leur histoire est chouette !

Sur le plan national, l’aviron se porte bien je trouve. Beaucoup de programmes aviron-santé voient le jour. Je trouve ça super. Difficile sinon de recruter des jeunes dans les clubs cette année avec la victoire de l’équipe de France de foot à la Coupe du monde. C’est dommage, car l’exposition médiatique était bonne cette année avec la rediffusion des championnats d’Europe (France Télévisions) et des championnats du monde (La Chaîne l’Equipe).

Certaines choses changent, d’autres non malheureusement. Le sport est de moins en moins financé, difficile donc de mener des projets à terme quand l’argent manque. En dix ans de carrière, j’ai vu de bonnes améliorations, mais j’ai aussi assisté à quelques grosses erreurs qui ont coûté chères, humainement et financièrement.

Jérémie Azou parrain du 8 des jeunes rameurs français

Jérémie Azou et Paris 2024

Impliqué par le passé pour le plus grand événement sportif à venir en France, il ne le sera plus.

Un bel évènement à venir car le projet est super. J’espère qu’il sera fidèle aux promesses faites par le comité d’organisation. J’ai déjà été impliqué mais je ne souhaite plus l’être directement. Je ne suis plus en phase avec certaines choses. Du coup, j’essaie de m’investir autrement, en essayant de donner un peu de mon temps aux gens.

Jérémie Azou, il n’y a pas que l’aviron dans la vie

Il n’y a pas que l’aviron dans sa vie, il y a aussi un métier qu’il aime et des passions. L’ancien rameur français parle de ses autres facettes.

Kiné, c’est un métier que j’ai voulu faire depuis le collège. C’est un super métier. J’aime le côté manuel, l’aspect relationnel, l’indépendance. Bref, c’est un métier qui regroupe beaucoup d’avantages je trouve.

Un rôle de conférencier dans lequel il prend du plaisir…

Donner des conférences, c’est un exercice que j’affectionne même si je ne me verrais pas faire ça à temps plein. J’aime le questionnement qu’elles amènent, qu’elles soulèvent. C’est un moyen de faire l’inventaire sur soi. Une forme d’introspection personnelle pour ensuite arriver à l’exprimer et le partager aux autres.

Mais aussi des passions et un projet pour les jeunes rameurs français.

J’aime passer du temps avec mes proches ou jouer de l’instrument. Les occupations ne manquent pas. Les journées sont courtes généralement.

J’aimerais aussi créer un site et un réseau pour aider les étudiants rameurs à trouver des stages de fin d’études. Si certains ont des compétences en informatique et un peu de temps libre, je suis preneur.

Nicolas Jacquemard

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