Julie Bego (Cofidis Women) : « Objectif Liège et Tour de France en 2025 »
CYCLISME – Entretien avec la coureuse Julie Bego (Cofidis), la championne du monde juniors 2023 sur route. Passée professionnelle en 2024, elle revient sur cette première année en Élite. Entre apprentissage et quelques très beaux résultats. Elle parle également de ses objectifs pour la saison 2025, avec l’envie de briller sur Liège-Bastogne-Liège et le Tour de France. Julie Bego évoque également la jeune génération française et la concurrence et ses débuts en cyclisme.
Julie Bego : « J’ai beaucoup aimé Liège-Bastogne-Liège »
2024 était votre première année complète chez les professionnelles. Quel bilan tirez-vous de cette première saison ?
Julie Bego : Je dirai que cela s’est plutôt bien passé, même s’il y a eu quelques déceptions. Je commence bien sûr la Vuelta CV et même si je chute dans le final, j’ai montré que j’étais là, dans l’échappée qui va au bout, avec Cédrine Kerbaol. Les courses auxquelles j’ai participées, se sont plutôt bien passées. Les Ardennaises m’ont beaucoup plu, surtout Liège-Bastogne-Liège. Même si je pars à contretemps dans la course et que je me retrouve toute seule en chasse-patate, pendant un long moment. Ce n’était pas une situation idéale, mais physiquement, j’étais là et j’avais les jambes. C’est une course que j’ai particulièrement appréciée dans son parcours.
Je fais également un podium sur les Alpes Gresivaudan Classic. Même si je voulais gagner, car c’était chez moi et que j’avais des ambitions. Ce jour-là, je n’ai pas pu gagner, mais la troisième place reste quand même une bonne place. Au niveau des déceptions, je peux citer le Giro, qui était mon premier Grand Tour. Je voulais vraiment bien faire et je tombe malade. J’avais de la fièvre, cela ne s’arrangeait pas et je suis contrainte d’abandonner. Il se trouve que j’ai mis beaucoup de temps à récupérer.
J’arrive sur le Tour de l’Avenir sans faire de compétition, en ayant coupé près de dix jours après le Giro. J’ai manqué de rythme. Le Tour de l’Avenir reste une course très importante, surtout quand on est Espoir 1 comme moi. On a tendance à comparer cela au Tour de France des jeunes. C’était un objectif et je n’étais pas trop bien là-bas.
Mais je fais une très belle fin d’année, notamment au Trois Vallées Varésines. J’ai pu prendre la 5e place, qui est une très bonne place. Je pense aussi à la Navarra, où c’est Hannah (Ludwig) qui gagne et je finis 5e. C’était une très belle course d’équipe et j’ai vu que j’étais capable de suivre les meilleures. Je retiens de cette première année que, sur les courses 1.1 ou 1.2, je suis dans le coup. Et sur les WorldTour, il m’en manque encore un peu. Je suis en second rideau. Il me manque encore des éléments techniques, comme le placement, qui est plus important que sur les 1.1 et 1.2.
Julie Bego : « Je fais 5ème au Trois Vallées Varésines en attaquant »
Sur Liège, comme sur le Giro, vous avez affronté les meilleures mondiales. Cela permet d’apprendre plus que sur d’autres courses ?
En course, c’est vraiment différent. Est-ce qu’on apprend plus ? Je ne sais pas. Sur les plus petites courses, je trouve qu’on apprend plus tactiquement. Sur les grandes courses, c’est beaucoup plus physique et c’est là que se fait la différence. Mais aussi techniquement et sur le placement, avec de plus gros pelotons. C’est là qu’on apprend le plus. Ce sont réellement des courses différentes, qui ne se courent pas pareil. Dans les 1.1, le niveau global est moins élevé et c’est beaucoup plus tactique. Il n’y a pas de grosses équipes qui vont contrôler. Par contre, c’est toujours motivant de courir contre des filles qui sont de très haut niveau en World Tour. Des filles que je voyais à la télé quand j’étais ado. Et maintenant, je cours contre elles. C’est toujours plus motivant.
On revient sur cette 3e place au Trois Vallées Varésines, vous battez de très bonnes coureuses ce jour-là. Cela peut constituer un déclic ?
Un déclic, je ne sais pas, c’est sans doute un peu tôt pour le dire. Mais j’étais contente de terminer à cette cinquième place. Comme je disais, après le Giro, cela avait été compliqué. J’avais vraiment envie de performer sur cette fin de saison. Au Tour d’Émilie, je termine à la 20e place, mais j’avais envie de mieux sur cette course. Et les Trois Vallées Varésines sont ma dernière course de la saison. Et je voulais vraiment bien faire. On a couru dans des conditions très difficiles et j’adore la pluie. Je termine devant de grandes coureuses.
Surtout, ce que j’ai beaucoup aimé, c’est que, au-delà de la cinquième place, je fais la course. Je me retrouve toute seule en échappée, j’attaque devant. Juliette Labous et Liane Lippert reviennent sur moi. Même s’il y a regroupement derrière, c’est bien. Je n’ai pas fini 5e en subissant et en ne faisant rien de la course. J’ai pu animer la course et attaquer. C’est très positif une course comme cela.
Julie Bego : « Le Tour de France et Liège-Bastogne-Liège comme objectif en 2025 »
Cela fait toujours plaisir de savoir qu’on est devant et qu’on fait « mal » à ses adversaires.
C’est sûr, c’est toujours plus plaisant. C’est plus facile psychologiquement, d’attaquer, même si tu as ton adversaire dans la roue, même si j’ai très mal. Car je me dis que c’est moi qui fais mal aux autres. Alors que tu peux mettre la même intensité, si c’est une autre fille qui attaque, psychologiquement, ce n’est pas pareil. Car c’est elle qui vous fait mal. Mais je sais aussi que sur certaines courses, notamment en début de saison, j’ai trop attaqué. Il faut attaquer au bon moment dans la course. Chose que j’ai réussi à faire aux Trois Vallées Varésines, dans le final. Même si cela ne l’a pas fait, pour moi, c’était à ce moment-là qu’il fallait attaquer. C’était stratégiquement bien fait, contrairement à d’autres fois. Je sortais de la catégorie juniors où, quand j’attaquais, cela partait. Chez les Élites, cela ne se passe pas comme ça (rires).
On se projette en 2025, Cofidis possède un effectif intéressant, mais vous aurez vos libertés. Vous vous êtes définies des objectifs pour cette saison ?
Je pense forcément à Liège-Bastogne-Liège, qui est une course qui me convient très bien au niveau des efforts. Ce sont des efforts entre sept et huit minutes à répéter plusieurs fois. C’est vraiment le type d’effort que je préfère. J’ai coché cette course et j’ai mis en place des choses et j’ai vraiment envie d’y performer. Forcément, il y a le Tour de France. Avec cette arrivée et ce départ à Chambéry, chez moi. J’ai envie de bien faire sur cette course-là. Cofidis a pour ambition de passer WorldTour et il faut être capable de performer toute la saison. Mais quand on définit des objectifs, il y a forcément des courses qu’on coche plus que d’autres. Et ce sont les deux courses que j’ai cochées et où j’ai vraiment envie de performer.

Julie Bego : « La concurrence aide à être meilleure »
Vous vous définissez plus comme une puncheuse qu’une grimpeuse ?
Je pense que je suis grimpeuse-puncheuse. Cela dépend de quelle définition on prend de puncheur. Il y a des puncheurs qui vont être très bons sur des efforts de trois-quatre minutes. Moi, c’est plus dans un effort de 10 minutes que je me sens bien. Et non dans des efforts plus lactiques.
Il y a une belle génération française qui arrive. C’est une pression ou un plaisir d’évoluer dans cette génération ?
Je dirais que c’est un plaisir. Vous évoquez Célia Géry ou Marion Bunel. Avant que je passe professionnelle, on était toutes dans le groupe amateur. On jouait la gagne en Coupe de France. On se connait depuis longtemps, surtout avec Célia, on se tire la bourre depuis toute jeune. Depuis cadettes. Et si on est arrivées à ce niveau-là, c’est aussi grâce à cette concurrence et cette émulation crée par celle-ci. On a envie de gagner, on a envie d’être meilleure. Je pense que pour devenir forte, on a besoin d’une concurrence comme cela.
Vous êtes devenue, en 2023, championne du monde juniors. La première depuis Pauline Ferrand-Prévot, il y a 13 ans. C’est difficile d’éviter les comparaisons avec votre aînée ?
Sur le coup, forcément, on m’a présentée comme la première championne du monde depuis Pauline Ferrand-Prévot. Mais je ne ressens pas de comparaison avec elle. Je ne me compare pas à elle. Même si elle a tout gagné, chaque coureuse est une personne à part et chacune à son propre parcours. Pauline fait du VTT, alors que je ne fais pas du tout de VTT. C’est vrai que les médias en ont beaucoup parlé.

Photo Mathilde l’Azou
Julie Bego : « J’aime beaucoup Romain Bardet »
Aviez-vous des modèles, quand vous avez commencé le vélo à l’âge de 11 ans ?
Je regardais beaucoup le vélo à la télé. J’aime beaucoup Romain Bardet, je le voyais terminer sur le podium du Tour sur les années où je commence le vélo. Voir des coureurs français performer sur le Tour de France, cela m’a donné envie de faire le Tour de France. J’adorais cette compétition. Mon début en cyclisme ? Je suis venue au vélo, car il y avait une compétition pas loin de chez moi et je me suis dit : « Pourquoi pas la faire ? ».
J’ai pris une licence à la journée, et je suis arrivée avec mon VTT. Et je gagne la course chez les filles et je fais deuxième au scratch. Pourtant, en VTT sur la route, ce n’était pas optimal. J’avais les pédales plates. Ce sport m’a vraiment plu. C’est vrai que j’adore gagner (rires). Mais j’adorais le vélo et cela m’a donné envie de continuer. J’ai continué, fait un cyclo-cross, toujours avec une licence à la journée. C’est là que je rencontre Chambéry. J’ai signé dans ce club et j’y suis toujours maintenant.
Le vélo a toujours été une évidence alors ?
J’ai commencé par l’athlétisme. J’adorais ce sport, mais le problème, c’est que j’adorais la course à pied, mais pas le saut et le lancer. Et chez les jeunes, on devait tout faire. Soit, je refaisais un an d’athlétisme, à faire toutes les disciplines, soit je changeais de sport. Et j’avais envie de faire uniquement de la course à pied. Et avec l’opportunité du vélo, j’ai pu essayer un autre sport. C’est comme cela que ça a commencé.
Julie Bego : « La saison sur route est longue, c’est important d’avoir des périodes de repos »
Le cyclisme féminin est de plus en plus médiatisé. Est-ce que, de votre côté, est-ce que vous avez envie d’être un exemple pour de jeunes coureurs ?
Oui forcément. C’est important pour les jeunes filles, d’avoir des exemples. À mon époque, j’ai été inspirée par Romain Bardet, mais les seules femmes que je connaissais, c’était Marianne Vos et Pauline Ferrand-Prévot. Et même pour ceux qui ne connaissent pas le vélo, quand on parle du Tour de France, tout le monde pensait qu’il y avait déjà un Tour de France femmes, avant son retour. Alors que ce n’était pas le cas. En France, on connaissait Pauline Ferrand-Prévot et Jeannie Longo et c’est tout. Pas les autres cyclistes. C’était important d’avoir ce Tour de France femmes, pour la visibilité et inspirer les petites filles, pour faire du vélo. Avec le Tour de France, les femmes peuvent se projeter et c’est plus facile, quand on voit les femmes faire le Tour. Cela donne forcément plus envie.
Vous sortez d’un gros bloc d’entraînement avant la reprise sur route, avec de longues sorties. À quoi peut-on penser sur ces sorties ? Est-ce que vous aimez rouler seule ?
En général, je préfère rouler seule. Je peux regarder le paysage et rouler à mon rythme. Si je décide d’accélérer un peu, il n’y a rien qui m’en empêche. Au contraire, si je ne suis pas bien et que je veux aller plus doucement, je suis toujours à mon allure. Et c’est plutôt bien. Après, je fais du cyclo-cross l’hiver. Je fais des longues sorties, pour avoir l’endurance. Mais je fais plus de rythme, ce qui est plus motivant. Quand il pleut ou qu’il fait froid, je préfère faire du cyclo-cross et compléter avec du home-trainer. C’est plus motivant que de faire la même chose, mais sans objectif à long terme.
Après la Coupe du monde de Besançon, j’ai coupé pour préparer la route. Je ne suis pas allée jusqu’au championnat de France de cyclo-cross. Cela m’a permis de faire une coupure, avant d’entamer la saison sur route. Pour revenir avec plus de fraîcheur. Il faut faire attention à ne pas arriver trop en forme en début de saison. Car la saison est longue et se termine en octobre. Il faut avoir des périodes de repos et ne pas tout donner d’entrée.



