Nous suivre
Cyclisme sur piste

Julie Michaux : « Le public nous a aidés à aller plus vite »

Sébastien Gente

Publié le

Julie Michaux Le public nous a aidé à aller plus vite
Photo Icon Sport

CYCLISME SUR PISTE – Dans la foulée de ses premiers Championnats du monde séniors, Julie Michaux s’est confiée à Dicodusport sur son ressenti par rapport à cette compétition, sa carrière et ses objectifs futurs, avec de l’ambition et de la lucidité.

Comment ça va ? Tu as pu couper après les Mondiaux ?

Bien, on est en train de se remettre en route là. Je sors d’une semaine de coupure entière, cette semaine on va faire du physique pour se remettre dedans, et la semaine prochaine, on sera en autonomie, avant de reprendre les choses sérieuses.

Quelles sont les échéances à venir ?

J’ai une course en décembre, pas de grande importance, mais on a surtout les Championnats d’Europe élites qui sont en février.

Pourquoi les Championnats d’Europe sont si précoces ? (Les derniers ont eu lieu en août, NDLR)

Je ne sais pas vraiment, les Mondiaux étaient vraiment tard cette saison, je ne sais pas pourquoi ils les mettent aussi tôt l’an prochain.

Tu viens de connaître ta première sélection aux Mondiaux, à domicile en plus. Tu as ressenti de la pression, ou alors cela t’as galvanisé ?

Je n’ai ressenti aucune pression ! Ça m’a aidé, ça m’a porté, émotionnellement c’était juste incroyable. On a tous apprécié, on était bien ensemble, on était en forme, on était portés par l’ambiance, le public nous a aidé à aller plus vite.

Tu es satisfaite de tes performances pendant la compétition ?

Je suis très satisfaite de mon 500 mètres. J’ai tout de même une petite déception sur la vitesse par équipes, parce que si j’avais accroché la roue de Marie-Divine (Kouamé), on aurait peut-être gagné quelques centièmes et obtenu un chrono en 46 secondes. Mais ce qu’on a fait c’est juste incroyable, on ne se rend pas compte. On fait un chrono de 47.1 secondes, il n’y a pas si longtemps que cela, on était en 49 secondes ! On avance ensemble, on est soudées, individuellement, sur la vitesse par équipes, je suis à mon niveau. C’est Marie qui s’est transformée, elle nous a porté, elle a été incroyable.



Surtout que cette équipe n’a été formée qu’en début de saison…

On a commencé à l’épreuve de Coupe du monde de Glasgow (en avril, NDLR), mais on n’était pas sûres de la configuration, on a essayé de mettre Mathilde (Gros) en 2ème position, mais je ne tenais pas en 3ème position. Sachant que moi, j’ai vraiment commencé à progresser lors de l’arrivée de Grégory (Baugé) en janvier. Du coup, on a été à Glasgow et on a pris une grosse claque, ça nous a fait mal. Mais ça a rendu la performance de l’épreuve de Cali (3èmes, NDLR) d’autant plus impressionnante.

C’est Grégory Baugé qui a choisi l’ordre définitif de l’équipe ?

D’un certaine manière oui. Mais c’est surtout quand Mathilde s’est blessée que ça s’est décanté. Marie et moi, on a continué à s’entraîner toutes les deux. Du coup, je me suis placée en deuxième position, et on s’est rendus compte que je parvenais à coller à sa roue. Du coup, on a essayé cette configuration une semaine avant Cali, et ça s’est super bien passé. Et les entraîneurs, en voyant ça, ont compris qu’ils avaient trouvé leur équipe, et on sait qu’on ira jusqu’aux Jeux Olympiques comme ça, et pas pour jouer aux cartes (rires).



Donc la composition de l’équipe ne bougera plus ?

Non, après, j’en ai parlé à un de mes entraîneurs, Alexandre Prudhomme. Lui pense que si je continue de progresser, je pourrai prendre la 3ème position, sur certains tournois quand Mathilde sera un peu moins bien, pourquoi pas me mettre en 3. Mais je pense que jusqu’en 2024, ça ne bougera pas. C’est dans cet ordre qu’on a des résultats. On fait 3èmes à Cali, 4èmes au Championnats d’Europe alors qu’on mérite le bronze, et on n’a fait que quatre compétitions ensemble.

Grégory Baugé vous a-t-il fixé un objectif chronométrique à atteindre ?

Pour les Mondiaux, il voulait qu’on soit en 47 ou en 46.9. Mais malgré tout, il a dit qu’il était très optimiste. Il était très content de notre temps.

Pourquoi tu n’étais pas alignée en vitesse individuelle ?

Il n’y avait que deux quotas, un pour Mathilde, et le second se jouait aux Championnats de France à Hyères entre Marie-Divine et moi. On savait que la meilleure des deux serait retenue, c’était annoncé. J’étais un peu déçue, pendant une journée, mais je me suis dit que participer aux Mondiaux alors que je ne fais du vélo que depuis trois ans, c’est énorme. Et puis si j’avais fait la vitesse individuelle, j’aurais pu aller éventuellement jusqu’en 8èmes de finale, mais pas plus haut.

L’ambiance dans le groupe et les titres des autres, c’était source d’inspiration pour toi ?

Complètement. Quand je vois Marie-Divine, qui a mon âge, et qui est championne du monde, je me dis que tout est possible. Quand je vois Mathilde, qui a le même parcours que moi, qui vient du basket comme moi, je me dis « Julie, t’es entourée de championnes du monde, tu ne peux que progresser ». C’est des exemples.

Y a-t-il eu une vraie émulation après le titre mondial de Mathilde Gros ? Notamment pour Marie-Divine Kouamé ?

Je ne pense pas, je pense qu’elle aurait gagné de toute façon. Marie-Divine est championne du monde juniors et championne d’Europe U23 du 500 mètres, c’est sa discipline. Mais personne ne pensait qu’elle allait être championne du monde, même pas elle.

En parlant des Championnats d’Europe U23, tu y es passée proche du titre en vitesse individuelle (finaliste, NDLR). Tu as tiré des enseignements de ta finale perdue ?

Je savais que cela allait être dur en finale contre Catriona (Pröpster). J’étais très fatiguée, j’avais déjà couru contre elle en Coupe du monde, et j’avais perdu. Je savais comment elle courait, mais c’était la première fois que je faisais une finale, j’étais morte de fatigue. J’espérais quand même gagner, mais passer près comme ça, je me rends pas compte. Quand j’ai regardé ma finale, je me suis dit qu’il restait du travail. J’aurais pu mieux courir, c’est sûr. Mais elle a beaucoup d’expérience, elle s’entraîne avec les Allemandes championnes du monde. Pas de regrets.

Tu as donc commencé par le basket. Tu as été repérée lors d’un test de sélection ?

Tout à fait. En fait, on devait travailler le cardio, et on a dû faire du wattbike. Pendant cet entraînement, j’ai développé 1300 watts. Ça a tout de suite fait penser qu’ils avaient trouvé une deuxième Mathilde (Gros). Sauf que ça se passait bien au basket pour moi, et mon entraîneur a refusé de me laisser partir pour le vélo. Et puis même moi, je ne me voyais qu’au basket, c’était ma vie, j’en ai fait 9 ans. Du coup, je suis partie en centre de formation pour le basket à Nice. Et là, ça ne s’est pas très bien passé pour moi.

J’ai réfléchi, et j’ai décidé de tenter le coup en vélo, parce que c’était maintenant ou jamais. J’ai eu un déclic en voyant les exploits de Mathilde, et mon rêve, c’était d’être dans une équipe de France. J’ai essayé, mais le basket était encore dans ma tête, alors j’ai décidé de faire les deux. Ça a duré un an, mais c’était trop compliqué, des entraînements dans deux disciplines avec les cours en plus. J’étais à Nice et les entraînements étaient à Toulon, c’était impossible. Et puis je me suis déchirée le vaste interne, et je me suis dit qu’il fallait faire un choix.

Et qu’est-ce qui a fait pencher la balance ?

Cet été-là, j’ai été sacrée championne de France juniors en piste. C’est ce qui m’a décidé. Et aussi, je savais que si j’échouais au vélo, j’aurais pu retourner au basket. L’inverse n’aurait pas été possible.

C’est un choix qui t’as fait grandir ?

Totalement, d’autant que le pôle de formation était à Paris, soit à 800 km de chez moi, de ma famille. Mais je savais vivre en autonomie, et aujourd’hui, je ne regrette absolument pas. Je suis heureuse, je kiffe ma vie !

Au vu de tes qualités en sprint, tu n’a jamais été contactée pour faire de la route ?

Non, et ça ne m’intéresse pas vraiment. Si au départ, on m’avait contacté pour de la route, j’aurais refusé. Ce n’est pas intéressant pour moi, ça demande encore plus de sacrifices que la piste. Mais on roule quand même sur route pour se préparer.

Est-ce que toute la préparation est tracée jusqu’à Paris 2024 ?

Les entraîneurs ont leur idée sur la question, je pense qu’ils ont déjà planifié les deux années à venir. Mais on n’est pas encore au courant, je pense qu’ils travaillent encore dessus. Les Coupes du monde arrivent, on est jeunes, il va falloir faire des points pour se qualifier, pour moi, ce serait logique d’aller sur les trois Coupes du monde.

Quel est ton statut exact ? Professionnelle ?

Je ne sais pas vraiment comment le décrire (rires). C’est très compliqué, parce que le club me rémunère un peu, mais ce n’est pas un club pro, donc je ne suis pas vraiment professionnelle. Je peux quand même me concentrer à 100% sur le vélo. Mais en plus, j’essaye de mener des études de front, pour l’après-vélo. Je suis en fac de psychologie, mais je n’arrive plus à travailler depuis que Grégory est l’entraîneur (rires), les charges de travail sont intenses. Mais ça marche !

Donc tu as déjà un plan pour ton après-carrière…

Je reprendrai mes études, parce que ce sera compliqué de mener les deux de front jusqu’en 2024 en tout cas. Mais mon objectif sera d’être psychologue.

Entraîner, ce n’est pas dans tes plans ?

Non, mais quand j’étais jeune, je voulais être prof de sport, et ce sera toujours une possibilité. En tout cas, je n’ai pas peur de l’après-carrière.

Tu sens un engouement après ces Mondiaux et les résultats qui en ont découlé ? Au niveau de l’emballement médiatique ?

Quand Marie a été championne du monde, j’ai pleuré pour elle, et un peu pour moi aussi je pense. Mais j’en ai parlé avec Grégory, et il était tellement heureux pour moi, il m’a dit « tu te rends compte de ce que tu as fait, tu as gagné une seconde sur ton 500 mètres depuis Cali ». Je me suis rendu compte qu’il avait raison, que c’était énorme. Elles ont bien marché, mais moi aussi.

Au sujet des médias, on a des réunions, les entraîneurs nous préviennent, nous disent de nous méfier, de se concentrer sur la récupération au lieu de se cramer à parler avec les médias. Comme les Mondiaux étaient à domicile, on savait qu’on allait être sollicités, donc ils nous ont mis en garde, et je trouve ça bien. Notamment quand on est en échauffement, quand les médias viennent, parce qu’ils ont le droit, ils nous ont prévenus de ne pas se laisser marcher dessus. Je n’ai pas peur de ça, si un média vient à moi et que ce n’est pas le moment, je lui dirai.

Cela t’arrive-t-il d’avoir des commentaires désobligeants de fans ?

Ça m’arrive oui.

Malgré le fait qu’on ne puisse pas parier sur le cyclisme sur piste ?

Oui (rires), mais je n’y prête pas vraiment attention. Je m’en fous, je regarde plus le positif. Parfois, je reçois des messages où on me dit que sur une course, j’ai mis un trop gros braquet, je ne réponds pas. Des gens qui n’y connaissent rien viennent me dire ça, c’est incroyable !  Ça me fait rire en fait, mais je connais des sportifs qui le prennent mal. Et puis c’est le jeu, quand tu marches pas bien, t’es nulle, mais quand tu as des résultats, t’es la meilleure, c’est tellement ridicule.

Clique pour commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *