Julien Castel : « Le jiu-jitsu brésilien, un sport qui gagne vraiment à être connu »
JIU-JITSU BRÉSILIEN – Récent médaillé de bronze aux Championnats d’Europe à Paris, Julien Castel nous présente sa discipline, assez méconnue du grand public alors qu’elle grandit. Il nous parle également de son parcours personnel et professionnel.
Bonjour Julien. Avant toute chose, peux-tu nous présenter ton sport et ses caractéristiques principales ?
C’est une discipline qui est présente en France depuis 15-20 ans, ce qui la rend nouvelle par rapport à d’autres sports. En fait, tout part du ju-jitsu traditionnel, inventé au Japon. Un des maîtres de la discipline a été envoyé en voyage sur le continent américain pour faire découvrir ce sport. Il a enseigné cet art à une famille connue au Brésil, la famille Gracie. Et cette famille a modifié quelque peu ce sport pour créer le jiu-jitsu brésilien.
Le jiu-jitsu traditionnel, ce sont beaucoup de projections, et aussi des soumissions, mais plutôt dans l’esprit du kata, au karaté. Le jiu-jitsu brésilien, c’est vraiment du combat. C’est une base notamment pour beaucoup de combattants de MMA – avec le pieds-poings. On démarre le combat debout, en kimono. On a droit à toutes les projections que l’on peut retrouver en judo ou en lutte, on peut saisir au kimono, attaquer aux jambes. Mais la finalité n’est pas la même. Quand en judo ou en lutte, on amène l’adversaire au sol et qu’on le maîtrise, on gagne.
Ici, le combat peut prendre fin sur une soumission, avec différentes clés – bras, genou, épaule – mais aussi par étranglement. Quand l’adversaire tape, le combat est terminé. Ou alors, on peut gagner aux points en fonction des mouvements, amener l’adversaire au sol rapporte des points par exemple.
Combien de temps va durer un combat ?
Cela dépend des catégories d’âge, mais aussi des ceintures. Les combats sont organisés en fonction de ces critères. La catégorie adultes va de 18 à 30 ans, puis on passe en catégorie Master, Master 1 de 30 à 35 ans et ainsi de suite de 5 en 5 ans. Les combats seront toujours de 5 minutes dans toutes les catégories d’âge autres que adultes. De 18 à 30 ans, le combat dure 5 minutes en ceinture blanche, 6 en ceinture bleue, 7 en ceinture violette, 8 en marron et 10 en ceinture noire qui est le plus haut niveau. Le tout en un seul round.
Du coup, les compétitions sont par âge et ceinture ?
Oui, mais aussi par catégorie de poids. Mais bien sûr, le plus haut niveau est en catégorie adulte, la ceinture noire étant la catégorie reine.
Et les compétitions se font par équipes nationales ?
Non, elles se font par clubs. Il y a une équipe de France qui se développe, mais c’est très récent et les combattants ne concourent pas au nom de l’équipe de France. C’est au nom de leur académie. Par exemple, j’appartiens à la Guibz Academy (en Isère, NDLR). Mais notre coach n’est pas ceinture noire. Du coup, on a combattu au nom d’une plus grosse académie sur Lyon, One Jiu-Jitsu.
Est-ce que tu sais combien de Français ont été médaillés ?
Précisément non, mais au vu du nombre de catégories, pas énormément. Par exemple, on était une soixantaine à participer dans mon club, pour une dizaine de médailles. Au niveau national, je ne sais pas, mais les Brésiliens et les Américains ont fait une razzia (rires).
Du 23 au 29 janvier, le Dojo de Paris accueille les championnats d’Europe de Jiu-Jitsu brésilien. 👊
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L’élite mondiale du JJB a rendez-vous à Paris ce samedi et dimanche ! 😤
— France Judo (@francejudo_) January 27, 2023
Mais pourquoi les Brésiliens et Américains peuvent participer aux Championnats d’Europe ?
C’est particulier. En fait, il existe trois compétitions majeures dans le jiu-jitsu brésilien. Les Championnats d’Europe, les Championnats du monde et les Championnats Panaméricains. En fait, les Championnats d’Europe portent ce nom principalement parce qu’ils ont lieu en Europe.
Mais toi, tu pourrais tout de même participer aux Championnats du monde ?
Oui, à condition que je trouve 3000 Euros (rires) ! Et il faut le niveau aussi. Dans l’absolu, tout le monde peut participer à toutes les compétitions. C’est aussi le cas pour les Championnats d’Europe, même si cette année, on avait la chance qu’ils aient lieu à Paris.
Du coup, tu a pris la troisième place des Championnats d’Europe.
Oui, troisième en ceinture bleue chez les -82 kg. L’an dernier, j’ai aussi été champion de France, mais en ceinture blanche.
Comment en es-tu venu au jiu-jitsu brésilien ?
Je ne connaissais pas la discipline. C’est par le biais du travail que j’ai connu. Je suis surveillant pénitentiaire, et j’ai intégré les ERIS, une équipe d’intervention dans les établissements pénitentiaires. Avant de passer le concours pour rejoindre cette unité spécifique, des collègues m’ont conseillé de faire un sport de combat pour me perfectionner dans le cadre du travail. On m’a conseillé un club à Lyon, j’ai commencé, cela me plaisait mais c’était loin de chez moi.
Quand j’ai été reçu au concours, j’ai trouvé un club proche de chez moi. On en faisait au travail et donc en club. Mais de base, c’était plus dans le cadre professionnel, pour apprendre des techniques de maîtrise d’individus. Et au fur et à mesure, j’ai été piqué. C’est vraiment le côté sportif qui a pris le dessus. Je pratique sérieusement depuis 2019, à hauteur d’au moins une dizaine d’heures par semaine, puisqu’on s’entraîne aussi au travail.
Et c’est en club que l’on a détecté ton potentiel ?
En fait, au début en club, je faisais un peu de jiu-jitsu brésilien, mais je faisais plus de boxe, notamment pour le travail. Un jour, mon entraîneur m’a dit qu’il pensait, sans prétention, que j’avais le potentiel pour faire quelque chose en jiu-jitsu brésilien, que je ferais bien de me mettre complètement à ça plutôt qu’à la boxe. Il a dû voir que je n’avais pas de potentiel en boxe (rires). Au début, c’était dur, mais j’ai progressé. Après, concernant la compétition, c’est au choix de chacun, personne ne nous force.
C’est un sport qui compte combien de licenciés en France ?
Déjà, ce n’est pas une fédération, c’est une confédération française de jiu-jitsu brésilien, et on dépend de la fédération française de judo – jiu-jitsu. Ce qui a amené beaucoup de monde. Je crois que ca pèse autour de 10.000 licenciés. Mais ce n’est pas encore trop développé ici. Sans parler du Brésil, c’est très populaire aux États-Unis, au Portugal ou au Japon. C’est enseigné à l’école aux Émirats Arabes Unis par exemple.
J’espère que ca va venir en France. Mais c’est aussi dû au fait qu’aucun Français n’a été champion du monde dans les catégories reines par exemple. Et puis, il y a peu de subventions, c’est impossible d’en vivre comme athlète de haut niveau, à moins d’être vraiment excellent. Mais le jiu-jitsu brésilien, c’est un sport qui gagne vraiment à être connu.


