Julien Wanders, un homme pressé


Suite à son record d’Europe du semi-marathon la semaine dernière, nous avons décidé de vous présenter l’athlète Suisse Julien Wanders à travers son parcours et sur ses objectifs à court et moyen terme. Focus sur un athlète à la progression croissante, qui court après le temps…

S’il y en a bien un qui se fait un malin plaisir à tordre le cou aux stéréotypes sur la Suisse, et notamment sur le fait que nos voisins soient considérés comme étant particulièrement lents, c’est bien lui. Lui ? C’est Julien Wanders, athlète helvète donc, qui accumule les records avec pour dernier exploit, un chrono de 59 minutes et 13 secondes au semi-marathon de Ras Al Khaimah aux Emirats Arabes Unis vendredi dernier. Avec ce chrono, il efface des tablettes Mo Farah, qui était le détenteur du record depuis 2015 avec un temps de 59’32.

Une progression constante

Alors qu’il fêtera ses 23 ans en mars prochain, l’athlète est en train de se constituer un palmarès conséquent dans la discipline de la course à pied sur route. Spécialiste du 10 km, il a tout d’abord battu le record national de la distance en 2016 avant de s’offrir quelques mois plus tard le meilleur chrono national de sa catégorie (U23) sur semi-marathon, alors qu’il s’élançait sur la distance pour la première fois. Le chrono avait déjà de quoi faire pâlir les plus grands : 1h01’43” ! Après avoir amélioré son record sur 10 km, et donc le record national à plusieurs reprises en 2017, Julien Wanders allait véritablement commencer à marquer les esprits l’année suivante.

En 2018 donc, le record d’Europe du 10 km devenait sa propriété. Après un premier chrono de 27’32 à Durban en Afrique du Sud, c’est en France, et plus précisément à Houilles le 30 décembre dernier, que celui qui s’entraîne au Kenya allait s’adjuger encore un peu plus ce record avec un temps de 27’25, soit près de 22km/h sur la distance.

Un mois et demi à peine après ce record, et étant malade deux jours avant la course, il allait donc porter l’estocade sur le semi-marathon en signant la meilleure performance européenne de tous les temps. Pour vous donner une idée encore plus hallucinante de la performance, cela correspondrait à courir 200m en moins de 34 secondes pendant 21.097 km !

Julien Wanders, le phénomène suisse – AP

Une faim de record permanente

Il l’avoue lui-même, dans un coin de sa tête, il visait même 58 minutes lors de cette course et alors qu’il serait facile de penser qu’il pourrait se satisfaire de ses différents records, cela serait mal connaître le phénomène. Son prochain objectif ? « Le record du monde, même s’il me faudra encore un peu de temps ». Ses performances individuelles ne le rendent pas peu fier sur un plan personnel, bien entendu : « c’est bien c’est là où je veux aller », mais il pense également aux autres coureurs européens qui selon lui feront moins de complexe d’infériorité par la suite vis-à-vis des coureurs du continent africain, ultra-dominateurs dans les courses de fond, comme il l’a indiqué à l’Équipe : « Je pense que j’inspire des jeunes et des Européens qui disaient que ce n’était pas possible de rivaliser avec les Africains. Plus j’avance et plus j’y crois. Et plus j’y crois, plus les autres y croient. C’est une bonne vague qui va arriver. »

Une place à se faire sur piste

Désormais recordman d’Europe du 10km et du semi-marathon, Julien Wanders a pour autant encore des choses à prouver. En effet, afin de rentrer dans la légende de ce sport d’une façon encore plus importante, il devra se faire un nom sur la piste qui se refuse encore à lui pour le moment. En août dernier, à Berlin, il ne termina que 8ème du 10 000 m, et s’il réalisa sa meilleure performance sur 5 000 m lors de ces championnats d’Europe, cela coïncidait avec une 7ème place. Non qualifié pour les JO de 2016 ainsi que les Mondiaux 2017, il ne cache pas que l’un de ses objectifs de l’année sera de briller lors des championnats du monde qui auront lieu à Doha, du 29 septembre au 6 octobre prochain. Conscient de ce manque pour le moment dans sa carrière, il reconnaît de lui-même qu’il va « falloir qu’il commence à montrer ce qu’il vaut sur piste ».

Vous risquez encore d’entendre parler de cet athlète durant les prochains mois et prochaines saisons, doté de capacités physiques hors normes et d’une mentalité de champion, nul doute que les résultats devraient suivre. Alors qu’au Kenya, sa terre d’accueil sportive, les enfants se demandent « who are you muzungu »* ?! », il s’est fait encore un peu plus un nom ces derniers jours, et peut-être que cette question ne se posera plus dans les années à venir.

*Qui es-tu l’homme blanc ?! (muzungu : homme blanc en swahili).

Julien Corréia

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