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Tennis

Kristina Mladenovic : « Si je suis encore là, c’est que je suis forte et que j’y crois »

Tom Compayrot

Publié le

Photo Sara Falcão / FPT

INTERVIEW TENNIS – N°10 mondiale en 2018, Kristina Mladenovic a aujourd’hui chuté en dehors du top 250. Mais à 30 ans, elle continue d’y croire et de se battre contre ses pépins physiques. Sa semaine au WTA 125 d’Oeiras (Portugal), où elle a atteint la demi-finale en simple et la finale en double, en est la meilleure preuve. Auprès de Dicodusport – présent sur place – elle s’est confiée sur ses dernières années de galère, et sur son retour en forme.

Kristina, comment te sens-tu après avoir enchaîné six matchs en quatre jours, entre le double et le simple ?

[interview enregistrée le vendredi 19 avril]

C’est un point très positif justement. Je n’ai pas envie de dire que je me surprends, parce que je sais les efforts que j’ai faits pour me préparer au quotidien ces dernières semaines pour être prête physiquement. Je savais que j’en étais capable. Mais c’est vrai que mes derniers matchs, notamment les deux derniers simples, ont été très physiques. Au second tour, on a joué 2h30 pour deux sets, et aujourd’hui, il y a eu beaucoup de courses, d’échanges, de variété et de tension nerveuse. C’est sûr que j’ai pas mal enchaîné avec le double, mais ce n’est pas un problème. Mon corps réagit bien, je récupère plutôt bien donc je suis contente par rapport à ça.

Est-ce que c’était important pour toi d’enchaîner les matchs, sachant qu’en début de saison, tu as eu des pépins physiques, et quelques défaites au premier tour quand tu jouais ?

Bien sûr, ça fait du bien d’enchaîner des victoires, qui plus est sur un gros tournoi comme ça. On n’est pas sur un petit ITF, il y a vraiment un beau plateau dès le début. Comme je disais, le gros point positif est que je me sens super bien physiquement, ce qui n’avait pas été le cas depuis très longtemps. En début d’année, j’avais encore des soucis de dos qui m’empêchaient de jouer en simple, j’avais repris avec le double qui était moins contraignant. Et puis il y a eu des semaines où je n’étais pas encore à l’aise, pas encore prête physiquement, et ça se ressentait tout de suite sur le niveau de jeu. De temps en temps, il y avait une bonne performance, mais c’était dur d’enchaîner. Je suis juste très contente que ma bonne forme physique se voit rapidement à travers les résultats. C’est chouette, ça donne envie de continuer à travailler.

Justement avec tous ces pépins, tu avais chuté au classement, tu es 252e mondiale aujourd’hui… Faire une belle semaine sur un gros tournoi est une bonne opération sur le plan comptable pour toi, et te permet aussi de te montrer en vue d’une wild-card à Roland-Garros, non ?

Oui, bien sûr, c’est le but. Après, ma course à moi était plutôt de régler mes soucis, être bien physiquement et en bonne santé… Je me disais que quand ces choses-là seraient présentes, mon niveau de jeu allait monter petit à petit. Tôt ou tard, on est récompensé. Ça fait une petite période que je sens que mon niveau est bon, en tout cas loin du classement que j’ai. Après, il y a la réalité, je connais mon classement actuel, je sais pourquoi j’en suis arrivée là… Mais au fond de moi, quand je m’entraîne au quotidien avec différentes filles, je sais à peu près ce que je vaux. Et c’est mieux que ce qu’il y a sur le papier. Mais voilà, il faut aller sur le terrain et engranger des victoires. C’est ce que j’arrive à faire cette semaine, donc je suis contente.

Depuis 2020, ça a été un peu plus compliqué pour toi, tu as enchaîné 4 saisons d’affilée avec un bilan négatif en simple… Comment l’as-tu vécu ?

Je ne vais pas me cacher, ça a été très dur. Mais si je suis encore là, c’est que je suis forte et que j’y crois. Je l’ai souvent expliqué, une carrière d’athlète de haut niveau, ce sont des hauts et des bas. Ce n’est pas du blabla quand on dit ça. On est des êtres humains, on a des problèmes de santé, mais aussi d’autres soucis. Je n’ai pas envie de m’attarder là-dessus, il y a des choses que je ne pourrai pas expliquer. J’ai eu des pépins qui ont considérablement fait chuter mes capacités et mon niveau de jeu, il n’y a pas de secret. Et puis tout le monde joue bien, le tennis progresse, il y a beaucoup plus de densité. Donc il faut vraiment être à 100% de ses capacités au quotidien pour rester parmi les tous meilleurs. Et ce n’était pas mon cas. Donc toutes ces années, j’étais plutôt à la recherche de régler tout ça, pour revenir là où je veux être. C’est un long processus.

Maintenant que tu es de retour sur le circuit ITF, est-ce que tu as vu une évolution dans le niveau global du tennis féminin par rapport à tes débuts ? C’est plus dur de gagner qu’avant, même à plus bas niveau ?

Oui oui. Quand j’étais plus jeune et que j’étais 100-150e, même en ne jouant pas très bien, je sentais que je ne pouvais pas vraiment perdre en dessous de mon classement. Je me souviens qu’Amélie [Mauresmo], qui était notre capitaine de Fed Cup, il n’y a pas si longtemps que ça, nous disait qu’elle jouait parfois des Grands Chelems à moitié blessée, et qu’elle ne pouvait pas perdre tant qu’elle ne rencontrait pas une tête de série… Donc ça en dit long. Aujourd’hui ce n’est plus du tout le cas, il faut être prête dès le premier point contre n’importe qui. Et même chez les hommes, ça se voit. Je les entends parler, et ils disent que chez, eux aussi, ça a énormément évolué, et que l’aspect physique a pris énormément d’ampleur. C’est clair que ça a beaucoup évolué.





Cette compétitivité ne t’a pas découragée de remonter au classement, tu n’as pas eu de pertes de motivation à un moment ?

Si je suis encore là, ce n’est que non [rires]. Il y a forcément des moments de doutes, davantage sur des questions physiques : est-ce que je vais pouvoir régler mes problèmes de santé, pour enfin pouvoir jouer comme je veux ? Mais je pense que ma persévérance se voit. Si je suis encore là et que je me bats comme je le fais, c’est que j’ai vraiment envie de remonter.

On te voit beaucoup jouer en double, avec des bons résultats…

J’essaye de jouer un peu plus en double, car je l’avais laissé de côté avec les pépins que j’ai eus, je n’arrivais plus à combiner. En fait, les dernières saisons, j’essayais de jouer un peu pour entretenir un classement. Parce que je me souviens qu’en 2022, je n’en avais plus du tout. On a demandé une wild-card à Roland-Garros avec Caro [Garcia], et finalement, on gagne. Mais voilà, j’ai très peu joué. J’ai le souhait de rejouer un peu plus en double, c’est quelque chose que j’ai toujours fait pendant ma carrière, et qui m’a toujours aidé pour le simple.

Tu prends du plaisir à jouer en double ? À partager tes aventures tennistiques avec quelqu’un ?

J’aime ça, après, j’essaie de le faire seulement avec des personnes que j’apprécie, qui sont des bonnes amies sur le circuit. Je n’ai pas eu énormément de partenaires à travers ma carrière. Sauf sur certaines semaines où on fait vraiment avec qui on peut parce qu’on a besoin de s’inscrire avec quelqu’un et de faire des points. Mais c’est rare. Vraiment, c’est chouette le double.

Pour en revenir au simple, tu as été top 10 donc tu as quand même connu les sommets… Avec cette expérience, est-ce que tu dirais que le plus dur n’est pas d’arriver au sommet, mais d’y rester ?

Oui, bien sûr. Après, il y a beaucoup de facteurs qui font qu’une carrière peut avoir des hauts et des bas. Il faut avoir de la chance sur les blessures et sur pas mal de choses. Chacun a son parcours, son histoire. L’athlète de haut niveau, dans toutes les disciplines, impose le respect. Je le vis de l’intérieur, je sais à quel point c’est dur. Je suis admirative de tout le monde. C’est dur ce qu’on fait au quotidien, certaines personnes ne s’en rendent peut-être pas compte de l’extérieur. Mais c’est beau. On aime ça, c’est pour ça qu’on le fait aussi.

Si tu pouvais revenir en arrière, avec tes connaissances actuelles, est-ce que tu aurais fait des choses différemment, ou pas ?

J’y ai déjà réfléchi, et à vrai dire non. Je n’ai aucun regret, sur rien. J’ai toujours tout fait à fond, donc je ne peux pas avoir de regrets. Je pense que ceux qui ont des regrets n’ont pas été assez rigoureux ou disciplinés sur certaines périodes, et ont laissé passer des opportunités parce qu’on choisit un autre chemin, ou que ça nous file entre les mains… Franchement, j’ai toujours mis mon investissement le plus total dans tout ce que j’ai fait. Bien sûr qu’on fait tous des erreurs, et heureusement parce qu’on apprend des erreurs, et c’est ça qui nous fait avancer et progresser. Comme je l’ai dit, chacun a son chemin et son histoire. Mais si je devais me poser aujourd’hui et réfléchir à des choses que j’aurais faites différemment, je n’ai rien qui me vient en tête.

Penses-tu avoir exploité tout ton potentiel à l’époque, ou as-tu encore de l’ambition pour faire des grandes choses dans le tennis ?

Je repars de tellement loin, je me reconstruis petit à petit. Pour l’instant, je suis loin de tout ça. Le but est surtout de jouer de mieux en mieux au tennis, et de voir où ça me mène et ce que je peux encore faire. Il y a des jours où je tape vraiment bien la balle, donc je pense que je peux encore faire des choses. Tant que je sentirai ça, je continuerai à travailler. Et surtout, prendre du plaisir. C’est mon amour du jeu qui me pousse à continuer. J’adore me battre, j’adore la compétition. J’aimerais retourner jouer dans des beaux tournois, sur des grands courts, pour vivre ces belles émotions qui te poussent à continuer à travailler.

Pour finir, quels sont tes objectifs à moyen terme ? Roland-Garros et les Jeux Olympiques ?

Roland est un gros objectif pour moi. J’aime la terre battue parce que je peux y exprimer la variété de mon jeu. Mais ça ne dépend pas de moi. Mon classement est bas, le tableau est sorti et j’en suis loin. Donc, il faut que je compte sur le soutien de la Fédération et du tournoi, j’espère avoir une wild-card pour le grand tableau. Sinon, je jouerai les qualifications. J’ai hâte d’y être. Et pour les Jeux, je ne jouerai évidemment pas en simple, mais mon objectif est de jouer en double avec Caro. On a essayé de calquer nos calendriers en début d’année pour rejouer ensemble. On se sent bien ensemble. Mais on a déjà joué deux fois aux Jeux, et on n’a pas eu de bons résultats. Ce n’est pas facile, il y a beaucoup de pression et les règles peuvent être différentes. Mais ça serait super. Rien que d’imaginer pouvoir jouer à Roland-Garros version olympique, ça serait quelque chose de grand.

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