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La Chine coupe ses relations avec la NBA : ou comment un tweet a fait exploser la planète basket

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China Stringer Networks - Reuters

C’est le genre d’affaire qui fait traverser à la NBA les frontières médiatiques. En France notamment, où la NBA jouit d’une popularité encore marginale, l’histoire a fait le tour des médias. Parfois sans avoir le nécessaire recul pour comprendre les enjeux d’une telle situation.

Résumé des événements

C’est un simple tweet qui a mis le feu aux poudres. Il y a une semaine pile, Daryl Morey, le General Manager des Houston Rockets, a publié ceci sur son compte Twitter :

Un post en soutien aux habitants de Hong Kong, qui luttent actuellement pour la démocratie et la liberté sur leur territoire. Mais surtout, un post implicitement à l’encontre de la Chine, qui est en train de durement réprimer les manifestants Hongkongais. Depuis, c’est une tempête médiatique qui a déferlé d’abord sur le pauvre homme, avant de s’élargir à l’équipe qu’il représente, mais aussi à toute la NBA et bientôt les pays concernés. Sur fond de tension géopolitique entre la Chine et les États-Unis, il est clair qu’une affaire de ce genre ne peut qu’envenimer la situation.

Et la Chine, qui n’apprécie pas voir son autorité contestée, n’a pas tardé à réagir. Dès le lendemain du tweet, les premières mesures ont commencé à tomber :

- Événements et meetings en Chine annulés pour les équipes NBA qui font actuellement leur tournée de pré-saison en Asie

– Des dizaines de sponsors chinois vont se retirer de leurs contrats avec la NBA

Les maillots et produits dérivés des Houston Rockets ont été retirés de tous les magasins et sites d’e-commerce chinois (Nike Stores, Alibaba…)

– La télévision publique chinoise (CCTV) a annoncé suspendre la diffusion des matchs NBA jusqu’à nouvel ordre

– Tencent, l’opérateur qui s’occupe de la retransmission digitale des matchs, a informé vouloir suspendre toute diffusion des rencontres des Rockets pour la saison à venir

La Chine : un marché considérable pour Houston et la NBA

La relation entre les Rockets et la Chine a toujours été un peu particulière. Le meilleur joueur de l’histoire du basket chinois (Yao Ming) a en effet effectué toute sa carrière NBA aux Rockets de Houston. Depuis cette époque, la franchise est la plus populaire dans l’empire du milieu. Une histoire spéciale sur laquelle ont joué les Rockets pour satisfaire leur public chinois : matchs d’exhibition contre des équipes chinoises, maillots alternatifs pour le Nouvel An chinois… Une grosse communication a toujours permis aux Rockets et à la NBA de se mettre dans la poche le juteux marché qu’est la Chine. Mais cette dernière a volé en éclats ces derniers jours.

De plus, la tendance est à la baisse pour les audiences NBA aux États-Unis. Mais cette baisse à l’échelle locale est contrebalancée par l’explosion des audiences à l’international. Là où la NBA fait en effet la différence, c’est sur sa volonté de s’exporter hors des frontières nord-américaines. D’où l’importance d’un marché comme la Chine, qui représente plusieurs centaines de millions de fans. Et du point de vue des dirigeants de la NBA, ces fans sont avant tout des consommateurs potentiels qui pèsent très lourd dans l’économie de la ligue.

Quand les intérêts économiques passent avant les valeurs prônées par la NBA

Depuis, le sujet est devenu ultra sensible dans les sphères de la NBA. Des panneaux en soutien à Hong-Kong sont arrachés à des spectateurs dans les tribunes, les questions sur le sujet sont censurées lors des conférences de presse des joueurs… Contradictoire quand on connaît la politique de la ligue depuis quelques années. La NBA veut en effet devenir un symbole d’unité et de tolérance, où n’importe quel acteur peut s’exprimer sur n’importe quel sujet.

Ainsi, on a beaucoup vu Steve Kerr, le coach de Golden State, exprimer publiquement son rejet de la politique de Donald Trump, tandis que des superstars comme Steph Curry ou LeBron James ont pu parler librement des problèmes de racisme qui gangrènent la société. Une vision progressiste qui s’est toujours traduite par des actions concrètes de la NBA pour l’égalité des sexes, le support psychologique des joueurs, l’égalité des chances ou encore la liberté d’expression et d’opposition des acteurs de la ligue.

En tout cas, l’heure n’est pas aux excuses pour la NBA. Le haut commissaire de la ligue, Adam Silver, a communiqué sur le sujet expliquant « soutenir la liberté d’expression de Daryl Morey ». Une réaction qui a envenimé les choses et conduit la Chine à renforcer ses sanctions. Tandis que la Chine joue la carte du boycott, les analystes financiers des équipes NBA anticipent déjà à une chute des salaires des joueurs de 10 à 15%, due à la situation avec le marché chinois. Affaire à suivre.

Tom Compayrot


Journaliste/rédacteur depuis mars 2017 - Amoureux de la petite balle jaune et du gros ballon orange qui traîne sa carcasse sur Dicodusport depuis 2017. Rafael Nadal et LeBron James sont les meilleurs joueurs de l'histoire.

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