La FIFA potentiellement ouverte à des investisseurs : enfin le faux pas de trop pour Gianni Infantino ?
FOOTBALL – En affichant sa volonté de vendre des parts de la Coupe du monde à un groupe d’investisseurs privés conduit par un proche de la famille Trump, Gianni Infantino a peut-être réalisé une erreur stratégique fatale.
Rarement un homme est parvenu à s’attirer une haine mondiale aussi prononcée que Gianni Infantino. À la tête de la FIFA depuis plus d’une décennie, le « divin chauve » n’a cessé de prendre des décisions lunaires tout en politisant une organisation censée être apolitique, avec en point d’orgue cette Coupe du monde 2026 absolument désastreuse, où la FIFA a courbé l’échine face à toutes les demandes de l’administration Trump, quitte à bafouer ses propres règlements.
La Coupe du monde 2026, où quand la FIFA se fait marcher dessus en mondovision
Pour une compétition censée être une fête mondiale, comment expliquer les accueils brutaux connus par plusieurs sélections d’Afrique, du Golfe ou encore d’Amérique Centrale ? Ou encore, les interdictions de territoire arbitraires, à l’instar du photographe officielle de la sélection irakienne, ou encore de l’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan ?
Et on ne parle pas là du carton rouge annulé de Folarin Balogun, ou encore de cette mi-temps interminable en pleine finale, alors que le règlement stipule noir sur blanc que la pause ne doit pas excéder 15 minutes…
Bref, vous l’aurez compris, la FIFA s’est couverte de ridicule, et a renié tous ses principes. Une constante depuis que Gianni Infantino a repris les commandes en 2016. Si l’organe du football mondial a toujours été borderline en raison de son influence démentielle, le Suisse a franchi une ligne que ses prédécesseurs les plus véreux ne se seraient jamais permis de franchir.
Aujourd’hui, la FIFA est devenue le joujou d’un homme, et de sa farouche volonté de se faire mousser auprès des « grands » de ce monde. Et en particulier aux côtés du président américain Donald Trump.
Si ce dernier a récemment déclaré son souhait de voir Infantino prendre le poste de secrétaire général de l’ONU à l’avenir, cela n’a rien d’étonnant tant le divin chauve répond à ses quatre volontés. Mais à force de prendre des décisions catastrophiques, ce dernier pourrait bien finir par voir le château de cartes qu’il a bâti s’effondrer.
Donald Trump wants Gianni Infantino, the Fifa president, to be the next secretary-general of the UN, sources have said.
The US President wants the football administrator to replace António Guterres, the Portuguese incumbent who will step down in December.
— The Telegraph (@Telegraph) July 22, 2026
La FIFA prête à ouvrir la Coupe du monde à un proche de Trump
En début de semaine, l’annonce de l’ouverture de la Coupe du monde à des investisseurs privés par le Financial Times a fait l’effet d’une bombe. D’autant plus que l’organe du football mondial, qui est sur le papier une organisation à but non lucratif, s’est empressé de confirmer la nouvelle.
Le but de la manœuvre serait d’ouvrir environ 20 % du capital à des investisseurs privés afin de créer une nouvelle entité commerciale, la Fifa Forward Enterprise (FFE). Un mouvement qui permettrait d’amasser une somme conséquente, estimée à plus de 4 milliards de dollars.
Si cela est déjà proprement scandaleux, l’identité du groupe d’investisseurs est loin d’être anodine. Il s’agit en effet de Thrive Eternal, un fonds conduit par Joshua Kuchner, le frère de Jared Kushner, qui est lui-même marié à la fille de…Donald Trump, Ivanka.
Comme nous l’avions déjà évoqué, les États-Unis tiennent la FIFA par le colback depuis les investigations du FIFAgate, menées par la justice américaine. Des investigations qui avaient conduit à plusieurs arrestations, sans remettre en question le système même de la FIFA.
Depuis, plusieurs bureaux de l’organisation ont déménagé chez l’Oncle Sam, et plusieurs attributions d’évènements majeurs, notamment la Coupe du monde féminine, ont été raflées par les États-Unis. Ah, les coïncidences…

L’UEFA mène la fronde
Depuis, la FIFA a tenté maladroitement de justifier cette décision unilatérale en évoquant le sujet qu’elle maîtrise le mieux : l’argent. En effet, Infantino promet ainsi environ 20 millions de $ à chacune des fédérations membres, soit près du triple de la dotation initiale (8 M$), sur la période 2027-2030. Si les fédérations nationales et continentales ont laissé couler beaucoup de choses, la pilule ne passe pas cette fois. Et la fronde qui commençait à monter prend de l’épaisseur.
La très influente UEFA a ainsi rapidement fait part de son mécontentement en précisant que « l’âme et la gouvernance du football ne sont pas des actifs destinés à être négociés », tout en regrettant « l’absence totale de transparence quant aux bénéficiaires financiers ». Par ailleurs, la possibilité de boycotter la prochaine Coupe du monde féminine a été mise sur la table, et rappelle la menace qui planait lorsque Infantino avait proposé l’organisation d’une Coupe du monde tous les deux ans…
L’instance européenne est même allée plus loin ce mercredi après-midi en publiant un nouveau communiqué cinglant qui attaque frontalement la toute-puissante FIFA :
Nous avons tenu des discussions avec de nombreux acteurs. L’UEFA sait qu’il y a une opposition significative et grandissante aux plans de la FIFA. Cette dernière ne peut pas continuer d’utiliser notre sport pour s’enrichir, elle et ses amis. Nous pouvons faire grandir le jeu correctement. Il est temps de prioriser, les associations, les clubs, les joueurs et les fans.
Further UEFA statement on FIFA plans: ⬇️ pic.twitter.com/EgQSUob9B5
— UEFA (@UEFA) July 29, 2026
De soutiens historiques d’Infantino s’interrogent, les politiques s’insurgent
Même un soutien historique comme la CONCACAF (Fédération d’Amérique du Nord et Centrale) s’est dite « profondément préoccupée » par le manque de transparence via un communiqué… En prime, le politique est également rentré dans la danse, à l’image de la prise de position tranchée du Premier ministre britannique Andy Burnham :
La Coupe du monde n’est pas un produit. C’est la plus grande compétition sportive au monde, et jamais personne n’a eu le droit de la vendre.
En France, les voix se sont également élevées. D’abord mesuré, le président de la FFF, Philippe Diallo, a haussé le ton dans la soirée au micro de L’Équipe :
Ce projet, on ne sait pas d’où il sort. Et différents événements récents, comme le carton rouge enlevé à Balogun, le projet de passage à 64 équipes après 48 ou certains montages financiers, nécessitent de revoir cette gouvernance qui n’est pas à la mesure de ce que représente le football.
Un peu plus tôt, la Ministre des sports, Marina Ferrari, s’était aussi montrée incisive :
L’annonce de la FIFA d’ouvrir ses activités commerciales à des investisseurs privés constitue un tournant majeur qui soulève de très graves interrogations sur la gouvernance et l’avenir du football mondial.
Au global, le football mondial montre donc sa perplexité, à de rares exceptions près. À l’instar du président de la fédération tchèque, David Trunda, qui voit « les avantages concrets que peut retirer le football tchèque d’une collaboration étroite avec Gianni Infantino et son équipe ». Heureusement, ce type d’avis reste très minoritaire…
Le football n’est pas à vendre. ⤵️ pic.twitter.com/tp8Ydfjo0L
— Marina Ferrari (@Marina_Ferrari) July 29, 2026
Gianni Infantino réélu à la tête de la FIFA en 2027 ? Le doute s’installe
Le ponte du football mondial a donc peut-être réalisé la folie de trop. Celle qui pourrait le conduire à sa perte. En effet, après la mascarade de la Coupe du monde, sa crédibilité (déjà bien entamée) a pris un sacré coup. Et cette volonté d’ouvrir la FIFA à des investisseurs revêt un double objectif.
Tout d’abord renforcer sa présence dans l’entourage Trump, avec toujours en toile de fond son rêve personnel de devenir secrétaire général de l’ONU. Ensuite, il s’agit d’assurer sa place à tête de la FIFA étant donné qu’une nouvelle élection aura lieu en mars 2027. En distillant de l’argent supplémentaire aux fédérations, Infantino espère donc renforcer des soutiens qui ont tendance à s’effriter.
Cependant, à force de franchir les limites du raisonnable, la grogne qui monte pourrait lui être fatale alors que le vote est à bulletin secret. Certes, les oppositions publiques se font rares par peur de représailles, mais nulle doute que si le monde du football peut l’écarter, ce dernier finira par le faire.
Il y a encore quelques mois, cette éventualité relevait d’un doux rêve. Aujourd’hui, elle commence doucement à prendre forme. Un royaume n’est jamais éternel, et celui du « roi » Gianni n’a jamais semblé aussi fragile…
Fifa confirma plano de criar uma empresa para controlar os direitos comerciais e operacionais de suas competições – e oferece 10 bilhões às federações nacionais para aprová-lo.
Cada federação receberia US$ 20 milhões no ciclo 2027-30, em vez dos US$ 8 mi atualmente previstos. pic.twitter.com/7ZQkul4jRP
— Leonardo Bertozzi (@lbertozzi) July 28, 2026


