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Le cyclisme au Rwanda, un développement toujours plus rapide

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Le cyclisme au Rwanda, un développement toujours plus rapide
Photo AFP

Au lendemain du Tour du Rwanda 2021, le pays aux mille collines fait son trou dans le cyclisme. Encouragé fortement par le gouvernement, son développement suit une trajectoire ascendante qui pourrait atteindre son summum en 2025. En candidature pour les Championnats du monde, la capitale Kigali pourrait ainsi devenir la première ville africaine à organiser les Championnats du monde.

Profondément marqué et blessé par le terrible génocide des Tutsi s’étant produit en 1994, le Rwanda panse toujours ses plaies. Comme beaucoup de pays africains, la pauvreté y fait des ravages. Situé à l’Est de la République Démocratique du Congo, c’est l’un des pays les plus petits en terme de superficie du continent africain. Pour donner une idée, il dispose ainsi d’une superficie équivalente à l’Auvergne… mais avec une population dépassant les 12 millions d’habitants.

Emplacement du Rwanda

L’emplacement du Rwanda en Afrique

Le cyclisme pour endiguer la pollution atmosphérique

ll peut donc paraître aujourd’hui surprenant de le voir faire l’actualité du cyclisme. En effet, la semaine dernière s’est disputé le Tour du Rwanda. Course qui permet au cyclisme bleu blanc rouge d’avoir la banane puisque de lundi à vendredi, cinq victoires françaises consécutives ont rythmé l’événement (Alan Boileau 3 fois, Valentin Ferron, Pierre Rolland).

Mais cela est loin d’être un hasard, la population connaissant une croissance extrêmement rapide. D’après les prévisions, la population devrait ainsi doubler en 2060. Afin d’anticiper et endiguer le problème de pollution que connaissent les mégalopoles africaines surpeuplées, le gouvernement rwandais s’est décidé à mettre en valeur le vélo. Menée par le président Paul Kagame qui dirige le pays d’une main de fer depuis plus de 21 ans, cette ligne de conduite se remarque notamment dans les rues de la capitale.

Kigali dispose ainsi de nombreuses pistes cyclables. Au-delà du vélo, c’est un plan d’envergure qui a été mis en place avec le FMI (Fonds Monétaire International) afin de relancer la croissance, et en mettant en avant l’écologie. Sur les dernières années, les premiers résultats sont positifs.

En plus de vouloir anticiper ces problèmes écologiques, le développement du cyclisme en compétition est devenu une priorité dans les années 2000, et cela porte ses fruits. Devenu incontournable sur le continent africain, le cyclisme rwandais ne cesse d’être sur une pente ascendante, et est désormais tout proche d’obtenir l’organisation des Championnats du monde 2025.

Le Tour du Rwanda, une vitrine de plus en plus compétitive

Course créée en 1988, le Tour du Rwanda est devenu lors de la dernière décennie une référence en matière de course sur le continent africain. Il attire chaque année des formations du monde entier, évoluant à très haut niveau. La semaine passée, une équipe World Tour (Israël Start-Up Nation) ainsi que trois équipe Continentales (Total Direct Énergie, B&B Hotels, Androni Giocattoli) ont fait le déplacement.

Le plateau est donc toujours très intéressant (Pierre Rolland, Alexis Vuillermoz, James Piccoli, Oscar Sevilla…). Il permet ainsi à des équipes locales de pouvoir s’illustrer face à des coureurs qui côtoient au quotidien le gratin du cyclisme mondial en Europe. Amateur jusqu’en 2009, le Tour du Rwanda a franchi un cap en 2009 en obtenant la licence UCI. Depuis 2019, il est même devenu une épreuve 2.1 dans le calendrier, un estampillage dont bénéficie seulement la Tropicale Amissa Bongo (Gabon) sur le continent.

Cela permet ainsi au Rwanda de bénéficier d’une belle vitrine. Si la course n’est pas diffusée en Europe, elle a été accessible aux abonnés disposant de Canal+ Afrique sur le continent. Le fait d’avoir également des coureurs réputés et vainqueurs de grands évènements (Pierre Rolland, Alexis Vuillermoz) ainsi que des équipes de haut niveau donnent une visibilité particulière. Hanté par le génocide de 1994, le cyclisme permet d’offrir une image plus positive du Rwanda à travers ses paysages riches et variés.

Africa Rising, l’école des futurs champions

Au milieu des années 2000, l’équipe nationale est fondée et finit par se baser au centre de cyclisme Africa Rising, à Musanze. Véritable centre de formation ayant pour but de développer des jeunes cyclistes rwandais, ou du continent africain, il a déjà sorti de très bons éléments. A l’image de Samuel Mugisha, vainqueur du tour national en 2018. Chaperonné par l’Américain Jonathan Boyer, quintuple participant au Tour de France, et bénéficiant de gros moyens, le centre s’est rapidement fait une réputation.

Avec de plus en plus de jeunes coureurs qui s’illustrent, certains commencent à s’exporter. C’est le cas de Joseph Areruya, passé par la Dimension Data et Delko Marseille, et qui a notamment participé à Paris-Roubaix en 2019. Revenu depuis au pays, il est un exemple à suivre. Sport numéro un au sein d’un pays disposant de reliefs difficiles à des hauteurs qui changent de ce que l’on peut voir en Europe (L’édition 2021 du Tour du Rwanda s’est disputée entièrement entre 1500 et 2500 m), le cyclisme national se développe à vitesse grand V.

Adrien Niyonshuti, une gloire nationale qui s’implique

Cependant, tout n’est pas rose. Il y a notamment eu de grosses tensions internes, entraînant une grève des coureurs en 2015, en conflit avec leur fédération (Ferwacy). Les raisons sont nombreuses, entre des stages très cadrés, voire militaires, des jeunes coureurs qui deviennent rapidement des stars nationales, ou encore la répartition de l’argent. La fédération va même jusqu’à menacer d’écarter les frondeurs à l’époque : «Nous préférons partir de zéro que continuer avec des éléments indisciplinés. Nous avons beaucoup de talents dans ce pays et nous allons renforcer nos stages de détection pour construire une équipe cycliste qui est digne de notre pays et qui se montre patriote.».

La situation s’est depuis apaisée, et le travail effectué continue à porter ses fruits. En dehors du centre Africa Rising, il y a l’excellent programme développé par une ancienne icône locale, Adrien Niyonshuti. Multiple champion national, et porte-drapeau du Rwanda aux Jeux Olympiques de Londres en 2012, il crée peu de temps après cet événement la Adrien Niyonsuti Cycling Academy. Basée dans sa ville de naissance, à Rwamagana, elle est devenue une référence sur le continent. Son équipe participe désormais chaque année au Tour du Rwanda, et a obtenu en 2020 le statut d’équipe continentale UCI.

Les Championnats du monde 2025 en possible récompense

C’est donc avec tous ces arguments tournant autour d’une formation de plus en plus reconnue, d’une ferveur populaire qui n’est plus à prouver, et d’un soutien gouvernemental sans faille, que le Rwanda se rapproche du Graal : l’organisation des Championnats du monde 2025. Cette année encore des coureurs solides ont participé au Tour national. Mais le fait d’imaginer Julian Alaphilippe, Tadej Pogacar, Mathieu Van der Poel et consorts en découdre en terres rwandaises aurait une toute autre allure.

L’UCI ayant déjà annoncé sa volonté d’organiser les Mondiaux 2025 en Afrique, la capitale Kigali est en concurrence avec la ville de Tanger, au Maroc. L’organisation de ce Tour du Rwanda revêt donc une importance capitale puisqu’à l’occasion de la 2e étape, lundi dernier, le président de l’institution du cyclisme mondial, David Lappartient, est venu sur place. Au micro de l’organisateur, il s’est exprimé à cette occasion.

J’ai le plaisir de venir ici pour la deuxième fois. J’étais venu en 2018 pour découvrir cette course phare du continent africain. On avait pu discuter à cette occasion d’une éventuelle candidature du Rwanda pour les Championnats du monde 2025. Sur ma proposition, le comité directeur a décidé que 2025 serait l’année de l’Afrique, pour la première fois depuis la création de l’UCI. Cette dernière décidera le 24 septembre prochain du futur organisateur. On a ici un vrai savoir-faire que l’UCI va étudier avec attention.

En ayant déjà organisé les championnats d’Afrique en 2018, la ville de Kigali a pas mal d’atouts à faire valoir. L’organisation de ce Tour du Rwanda s’est déroulé sans faille, et est plébiscité par l’ensemble des coureurs et suiveurs. Le fait de voir les Mondiaux de 2025, les premiers en Afrique, serait donc un coup de projecteur énorme sur un pays qui en manque cruellement. En concurrence avec Tanger, Kigali part donc avec une longueur d’avance avant le verdict final en septembre prochain. Ce serait une étape supplémentaire dans l’ascension du cyclisme rwandais, et possiblement plus globalement du cyclisme africain.


Journaliste/Rédacteur depuis 2012 - Bercé par l’amour des Girondins de Bordeaux, les échecs de Christophe Moreau sur le Tour de France sous l'ère Lance Armstrong et le fade-away létal de Dirk Nowitzki, ma passion dévorante pour le sport a toujours été un pan incontournable de ma vie. Transmettre ma passion à l’écrit a toujours été une vocation. Quand les autres sortaient les cartes Pokémon ou Yu-Gi-Oh dans la cour de l’école, je ripostais avec des cartes Panini ou des fiches Onze Mondial. La puissance de Jean-Claude Darcheville n’a pas d’égal.

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