L’essor du marathon en France, décryptage d’un phénomène populaire en pleine explosion
ATHLÉTISME – Le marathon connait un gain de popularité en France depuis quelques années, avec de plus en plus de participants et de plus en plus de grosses performances. On fait le point et on essaye de décrypter ce phénomène.
On y est : la chaleur de l’été a doucement laissé place à la douceur, puis à la fraîcheur de l’automne. Avec elle, la fin de la saison de piste et le début de la saison sur route. Et donc la première vague de marathons, qui a débuté au mois de septembre. Rien qu’au mois de septembre, treize marathons en France, dont le très célèbre Marathon du Médoc, réputé pour son cadre festif et ses dégustations. Treize également au mois d’octobre, dont le Marathon de La Rochelle, propice – si le vent ne s’en mêle pas – aux performances. Encore près d’une dizaine en novembre. Autant d’occasions, aux quatre coins de la France, d’aller défier l’une des distances les plus mythiques en course à pied.

Engouement populaire et des courses qui font le plein
Avec l’émergence des courses nature, au début des années 2010, les courses sur route, y compris les marathons, ont quelque peu tangué face à cette offre nouvelle en course à pied. L’affluence était en baisse et certaines épreuves ont dû s’arrêter, faute de participants. Les organisations ont parfois jeté l’éponge, face au défi logistique. Résultat : une baisse de près de 900 courses sur route entre 2019 et 2024.
Mais le Covid est passé par là. Et avec lui, un vrai retour de l’engouement autour de la course à pied. Prise de conscience de l’importance du sport-santé, envie de se défouler après une période rude psychologiquement (et qui perdure encore aujourd’hui), les motifs sont nombreux. Et le public est de plus en plus important. Les courses nature ne désemplissent pas, mais les courses sur route retrouvent une seconde jeunesse. Avec elles, les marathons ont le vent en poupe. Sauf que l’offre de courses sur route (et donc de marathons) est globalement restée la même.
Le problème de la jauge
Selon l’Observatoire du Running, en 2025, plus de 12 millions de Français ont pratiqué la course à pied. On évoquait le marathon du Médoc : il a affiché complet avec 8 500 participants. Mais selon les informations de nos confrères de Sud Ouest, près de 40 000 personnes ont tenté de s’inscrire. Non loin de là, et toujours dans le thème de la vigne, le marathon du Cognac affiche également complet depuis des semaines, alors que la course n’a lieu que le 8 novembre. Là aussi, selon la Charente Libre, la liste d’attente est longue. Un engouement qui profite aussi aux marathons les plus « compétitifs ». Le Marathon de La Rochelle a battu son record en 2024, avec 8 500 participants.
Forcément, il y a des déçus. Mais les organisateurs ne peuvent pas augmenter les jauges comme ils le veulent. Question de sécurité oblige. Au-delà d’un certain nombre de participants, il faut renforcer la sécurité et le dispositif médical. La circulaire de la FFA est claire : « La présence d’au moins un médecin, d’équipes de secouristes relevant d’une association agréée par le ministère de l’Intérieur, ou, si le champ d’action de l’association est départemental, par la préfecture. Équipées de liaisons radio ou téléphoniques, disposées de façon adaptée au terrain, à la distance et au nombre de concurrents ».
On ne peut pas étendre à l’infini le nombre de participants
Mais aussi : « Un nombre d’ambulances adapté au nombre de concurrents, qui n’ont pas vocation à transporter, mais à fournir le matériel médical nécessaire » en cas de manifestation de plus de 500 participants. À cela s’ajoutent d’autres contraintes logistiques, comme les aires de départ et d’arrivée. Dans des courses majoritairement urbaines, 8 000 personnes sur une ligne de départ — même avec des sas de départ et des écarts de niveau — peuvent provoquer des bousculades au départ et des bouchons à l’arrivée. À cela s’ajoutent parfois des comportements inappropriés : on pense à une Emma Lombardi piétinée lors d’un départ du 10 km de Lille.
Un engouement et une augmentation des performances
L’engouement pour le marathon a également profité à l’élite, avec une hausse des performances dites de haut niveau et de très haut niveau. En France, pour être classé N4, il faut courir 2h28 chez les hommes et 3h04 chez les femmes. Pour la performance N1, c’est 2h15 et 2h40. Lors de la saison 2024-2025, 107 hommes ont couru sous les 2h24, dont 13 sous les 2h15 (une année un peu plus faible pour le très haut niveau après l’apogée de 2024, alors que la tendance reste à la hausse pour le haut niveau). Chez les femmes, 285 ont couru sous les 3h04, dont 20 sous les 2h40. Si on se replonge dix ans en arrière, seuls 26 hommes avaient couru sous les 2h24, dont trois sous les 2h15.

Évolution des performances de haut niveau sur marathon homme en France, depuis 10 ans
Chez les femmes, elles étaient 50 à courir sous les 3h04, dont 5 sous les 2h40 en 2015, contre 279 et 18 en 2025. Un vrai boom chez les coureurs et coureuses élites. Évidemment, l’arrivée des chaussures carbone, au début des années 2020, a contribué à ce boom des performances, mais il n’y a pas que cela. Il existe un réel engouement autour du marathon, notamment chez des athlètes de haut niveau, avec des champions qui viennent tester la distance, de plus en plus jeunes. On pense à Manon Trapp, qui a franchi le pas à 23 ans, ou à Méline Rollin à 24 ans. Deux athlètes ayant déjà participé à des échéances internationales avec le maillot de l’équipe de France.

Des athlètes qui vont chercher les gros marathons à l’étranger
On voit aussi de plus en plus d’athlètes qui n’hésitent pas à aller à l’étranger pour participer à des marathons roulants, y compris parmi les coureurs plus « intermédiaires ». Ce qu’on appelle le racing tourisme. Le Marathon de Berlin, qui a eu lieu le 21 septembre dernier, est réputé pour être l’un des parcours les plus propices aux records. Celui de Valence, prévu le 7 décembre prochain, est également très prisé, avec très peu de dénivelé positif et un climat hivernal particulièrement clément. L’entraînement a aussi évolué, avec la méthode « Ingebrigtsen », qui a beaucoup influencé les athlètes français, quel que soit leur niveau. Cela a permis une massification des grandes performances, en parallèle de la croissance du nombre d’athlètes au départ des courses.


