Ligue 1 (J11) : Lyon – Saint-Étienne, plus qu’une rivalité
FOOTBALL – Dans le cadre de la 11ème journée de Ligue 1, Lyon et Saint-Étienne se retrouvent pour la 1ère fois depuis 2022 dans le derby le plus chaud de France. Rivalité historique, géographique et sportive, qu’est ce qui fait de cette affiche un match attendu, surtout localement ?
Derby. La simple évocation de ce mot fait frissonner bon nombre d’amateurs de sports et de supporters. Que ce soit en foot, rugby ou basket, la rivalité géographique est certainement ce qu’il y a de plus fort pour les locaux. En France, si les affiches entre Paris et Marseille déchaînent des passions, elles font pâle figure à côté d’un Lyon – Saint-Étienne, ou l’inverse. Depuis 1951, date de leur 1er affrontement, gagné par Lyon au Stade de Gerland, la région est en fusion à l’approche de l’événement. Bars, restaurants, pizzas entre amis, tout est réservé dès la publication des calendriers.
Si proches et si différentes
Moins de 70 km séparent les 2 villes rivales. Chaque jour, des milliers de personnes font la route entre les deux agglomérations pour travailler. Ainsi, les supporters des 2 clubs se côtoient au quotidien, accentuant le chambrage en cours de saison, et en particulier à l’approche du Derby. S’ils sont amenés à travailler ensemble, cela n’a pas toujours été le cas pour les rhônalpins. En effet, Lyon et Saint-Étienne sont aussi différentes que la soie et le charbon.
D’un côté, Saint-Étienne, ville ouvrière, ancien bassin minier et lieu de la manufacture d’armes, devenue une ville importante du design. De l’autre, Lyon, capitale régionale, métropole internationale qui doit sa renommée autant au tissu qu’à la gastronomie ou l’invention du cinéma. Comme pour le derby du Nord, deux oppositions de style. Mais tout n’est pas que rivalité entre les deux géants de la région. Depuis 1952, la course Saintélyon réunit de plus en plus d’adeptes le 1er week-end de décembre pour courir entre les 2 villes, souvent dans la neige et le froid, le tout en nocturne. Preuve d’un rapprochement, qui n’a, malheureusement, pas toujours été présent.
Un lien historique puis industriel
En effet, que ce soit lors de l’antiquité ou au Moyen-Âge, les deux métropoles étaient déjà en opposition. Entre les affrontements médiévaux et les révoltes post révolution, du sang et des larmes ont été versés entre le Rhône et la Loire, même si ce dernier ne coule pas dans le département. Au XIXe siècle, les deux villes se sont rapprochées économiquement.
En effet, les Canuts, les soyeux de Lyon qui ont beaucoup œuvré au rayonnement de la ville, avaient besoin de lumière dans leurs ateliers pour continuer la confection de leurs pièces de tissu. La découverte du charbon dans le Forez a ouvert des perspectives de commerce entre les deux voisins. Ainsi, c’est entre Lyon et Saint-Étienne qu’a été construite une des premières lignes de chemin de fer en France. Et cette rivalité entre cité ouvrière et cité travailleuse, voire bourgeoise, a perduré par la suite, notamment au niveau sportif.
L’OL et l’ASSE se sont rencontrés pour la première fois en 1951. Mais la rivalité la plus forte, la plus ancrée et la plus authentique du football français trouve son origine au coeur des années 1930.#Histoire ⤵️⤵️⤵️⤵️⤵️ pic.twitter.com/OxKSsYM1hx
— Phanou Herko (@phanou_herko) February 27, 2020
À Lyon la 1ere victoire, à Saint-Étienne la domination
Si l’OL remporta le 1er derby, ce sont les Verts qui ont rapidement pris l’ascendant en termes de résultats, mais aussi en popularité, bien aidée par la domination des Stéphanois en France et en Europe. L’épopée de 76 est un point d’orgue de la suprématie régionale, d’autant plus que l’OL n’était qu’un club parmi d’autres en France. La métropole n’existait alors sur le plan national qu’au travers de 3 Coupes de France là où son voisin empilait les titres de champion et les parcours européens. Ce qui n’empêche pas Lyon de réaliser quelques exploits lors des derbies, comme lors d’un match retour de Coupe de France où Fleury Di Nallo, surnommé le Petit Prince de Gerland, signait un triplé retentissant pour sortir l’encombrant voisin.
Lyon reprend le flambeau
Après le dernier titre de champion en 82, une disette de presque 30 ans a plané sur le Forez, d’autant plus difficile à supporter que le rival régional commençait à rencontrer le succès. C’est simple, depuis la remontée de la troupe de Jean Michel Aulas dans l’élite en 1989, les Verts n’ont gagné que 9 fois en 56 matchs ! C’est d’ailleurs en 2021 que le nombre de victoires de l’OL est devenu majoritaire, preuve de l’écart qu’il y a eu à combler dans cette confrontation pas comme les autres dans la saison. Et Lyon reste encore favori cette année encore.
Quand Fred décide de transformer le football en art dans un derby 🪄😍
(Par contre Cris il avait un problème avec lui ??? 😂)#OLASSE #TeamOL ❤️💙 pic.twitter.com/4AsEssYJh5
— Free FOOT (@FreeFoot) November 8, 2024
Petites phrases assassines
Si les supporters , voire même les collègues, se chauffent les jours encadrant le derby, montrant que c’est toujours important pour eux, les dirigeants et joueurs ne sont pas en reste. L’une des plus mémorables provient de l’ancien président ligérien Roger Rocher : « En football, Lyon sera toujours la banlieue de Saint-Étienne. » Quelques décennies plus tard, son homologue lyonnais Jean Michel Aulas, jamais avare de punchlines, avait calmé ses supporters lors de la défaite du 100e derby, suite à un but sur coup franc de Dimitri Payet, en leur disant: « Nous avons perdu contre Saint-Étienne pour la première fois depuis seize ans. Nous jouons en Ligue des champions alors que les Stéphanois la disputent sur PlayStation ».
Pas rancuniers, les Stéphanois avaient rétorqué un peu plus tard en offrant ladite console au président lyonnais. Il ne lui en fallait pas plus pour les chambrer: « J’ai eu un peu peur. J’ai vu un individu parcourir la tribune officielle, sans doute avec la complicité des officiels parce qu’on ne vient pas en tribune officielle comme ça. Il y avait quelque chose qui faisait tic-tac. Je n’ai pas pensé à une PlayStation. J’ai eu peur que ça explose en vol, un peu comme Saint-Étienne ce soir. » Auparavant, l’ancien président de Saint-Étienne, Laurent Romeyer, s’était montré trop confiant avant un derby en 2012 en comparant les 2 gardiens : « La comparaison n’est pas bonne, Vercoutre, c’est la 2CV et Ruffier la Ferrari. » Ambiance.
La rivalité qui se perpétue en tribune
Si la rivalité entre les deux clubs semble moins exacerbée que par le passé, elle est toujours présente et importante pour ceux qui suivent et restent là, fidèles année après année : les supporters. Il n’y a qu’a voir les images sur les réseaux sociaux juste avant le match où les encouragements, fumigènes et autres banderoles sont légions pour pousser les joueurs pour l’événement. C’est encore plus important pour les supporters, car ils ne peuvent plus aller dans le stade rival depuis 10 ans, une éternité pour ces mordus, tatoués au cœur du lion ou de la panthère. Les mesures d’encadrement s’expliquent avec de fréquents débordements dans les années passées entre les deux camps, au grand dam de tous les autres amoureux de ces clubs.
Mais pour tous ceux-là, seule compte la victoire, car, comme ils aiment à se le répéter, un Derby ne se joue pas, il se gagne. Et même s’il n’y a que 2 – voire 3 avec la Coupe – derbies dans la saison, les supporters entonnent souvent des chants contre leur rival tout au long de la saison dans leurs tribunes. Encore plus pour les mémoires vivantes des deux clubs s’activant sur les réseaux pour rappeler aux jeunes générations la différence entre les Verts et les Rouges et Bleus. Anecdotes, buts, petites histoires, tout y passe pour ces supporters experts pour qui rien ne remplace un derby. Et la mauvaise foi sera certainement au rendez-vous mardi matin à la machine à café.
Statistiques et joueurs importants
À l’aune de ce nouveau derby, les livres d’Histoire sont prêts à noircir de nouvelles pages et à rajouter de nouveaux chapitres, déjà très riches et complets.
- 124 confrontations
- 46 victoires lyonnaises
- 34 matchs nuls
- 44 victoires stéphanoises
- 149 buts lyonnais
- 157 buts stéphanois
- 58069 spectateurs maximum au Groupama Stadium
- 48852 spectateurs maximum au Stade de Gerland
- 41970 spectateurs maximum au Stade Geoffroy-Guichard
Joueurs auteurs d’un triplé : Fritz Wohel (pour le 1er derby en 1951), Angel Rambert, Fleury Di Nallo et Alexandre Lacazette (tous les 4 sont joueurs de l’OL)
Fleury Di Nallo et Hervé Revelli sont tous deux les meilleurs buteurs lors des derbies avec 14 buts chacun et sont également les meilleurs buteurs de leur club respectif
Raoul Noguès est le buteur le plus rapide d’un derby


