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Maïva Hamadouche : « Je sais qu’il y aura de beaux combats »

Alexandre Jeffroy

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Maïva Hamadouche - Je sais qu'il y aura de beaux combats
Photo Icon Sport

À 31 ans, Maïva Hamadouche est une figure incontournable de la boxe anglaise tricolore. Elle est sept fois championne du monde dans la catégorie des poids super-plumes. Ce n’est que la troisième boxeuse française championne du monde en boxe professionnelle, après Myriam Lamare et Anne-Sophie Mathis. Depuis quelques années, la native d’Albi s’est fixée un nouvel objectif : devenir championne olympique. Vice-championne d’Europe en 2019, la policière est en pleine préparation pour le tournoi de qualification olympique qui lui ouvrira les portes des Jeux, cet été. Elle nous parle de cette préparation, mais aussi de la suite des évènements en boxe professionnelle, elle qui a pour ambition de devenir championne du monde incontestée de sa catégorie. 2021 pourrait être la plus belle année de sa carrière et une année historique pour la boxe tricolore, à n’en pas douter. 

Cette année, vous avez un gros objectif avec les Jeux Olympiques de Tokyo, qui ont lieu cet été. Où en est votre préparation ?

Au top ! Avec le doublé boxe olympique et boxe professionnelle, c’est bien pour moi parce que ça me laisse active tout le temps. Dernièrement, je sors d’un championnat du monde professionnel, donc je ne manque pas de ring. En boxe olympique, je ne manque pas de ring non plus. Je viens de faire un stage de préparation en Espagne, qui s’est relativement bien passé. Maintenant, on est comme tout le monde, on est un peu sous cloche, ça dépend de l’avenir. Avec ma volonté et ma motivation, ça suit son cours !

Quelle est la prochaine étape en boxe amateur, dans l’optique de la préparation des Jeux Olympiques ?

J’ai un tournoi à la fin du mois de février en Bulgarie. Je vais partir vers le 18 février à l’INSEP. Après, on part en Bulgarie pour dix jours, entre la fin de la préparation et le tournoi.

Si vous réussissez le tournoi de qualification, il s’agira de votre première participation aux Jeux Olympiques et vous pouvez être la première championne du monde de boxe professionnelle à devenir championne olympique. Vous allez être attendue. Est-ce que vous avez une grosse pression qui est liée à cet enjeu ?

La pression, je l’ai forcément. Après, je l’ai davantage en amateur qu’en pro. En pro, je suis déjà une grande championne de boxe donc je suis sur un terrain conquis. Tandis qu’en boxe olympique, je dois toujours sortir de mon confort parce que j’ai quelque chose à prouver en tant que championne professionnelle. Il y a toujours un peu cette rivalité entre boxes olympique et pro, à savoir qui sont les meilleurs. En réalité, il y en a qui peuvent être très forts en boxe olympique et ne pas l’être en pro, et vice-versa. C’est vrai que c’est assez particulier en fait. J’ai assez de pression en boxe olympique. En plus, le fait d’être championne pro veut dire qu’on va me faire moins de cadeaux justement. Par exemple, en 2019, j’ai fait vice-championne d’Europe en amateur et pour moi, la finale, je la perdais pas forcément.

Après le résultat est ce qu’il est, il n’y a pas de soucis. Mais tout ça pour dire qu’on ne va pas forcément me laisser passer de par mon cursus pro. Si j’arrive en pro et que je casse la baraque, ça voudrait dire, en quelque sorte, que je remets un peu en question le statut et le travail des filles qui sont en olympique depuis longtemps. Donc, je m’attends à quelques pièges. Mais bon, ça je n’y pense pas trop dans le sens où c’est à moi de faire mon travail. Et dans le cas contraire, il n’y aura pas de polémique, rien du tout. Je suis là pour faire un travail. Je suis sûre de moi, sûre de mes capacités et je m’en tiens à ça.

Comment jugez-vous l’adversité en boxe olympique ?

L’adversité y est. Elle est importante parce que c’est une discipline à part entière. Je sépare complètement la boxe pro de la boxe olympique. Ce sont deux boxes différentes. On ne peut pas boxer dans une discipline comme on boxe dans l’autre. Il y a des choses qui passent dans une boxe et des choses qui passent dans l’autre boxe, il faut bien le savoir. Donc, il y a un travail vraiment important à faire sur soi, pour passer d’une boxe à l’autre relativement facilement. Les filles ont un vrai niveau en boxe olympique, donc oui, je m’attends à de la concurrence.

Que ce soient la Finlandaise Mira Potkonen (championne d’Europe des poids légers en 2018 et en 2019) ou la Brésilienne  Beatriz Ferreira (championne du monde des poids légers en 2019), que ce soient les adversaires que j’aurai pour le tournoi de qualification olympique, je ne néglige et je ne sous-estime personne. L’adversité est bien là !

Depuis quelques semaines, il y a des rumeurs qui circulent sur l’annulation des Jeux Olympiques. Comment est-ce que vous vivez cette période d’incertitude ? Quel impact cela peut avoir sur votre préparation ?

Je reste focus sur mon objectif, c’est-à-dire que je pars sur le tournoi de qualification fin avril (du 22 au 26 avril, à Londres). Après, au niveau de la boxe, je prends vraiment plaisir à faire ce que je fais. Déjà, en tant que boxeuse pro, j’avais tiré un trait sur les JO. Après, ils ont été ouverts aux pros. Donc je me dis qu’il y a la possibilité de les faire. En tout cas, quoi qu’il en soit, que ça se passe ou pas, je ne reste pas sur ça. Ma carrière continue.

Il y aura les JO 2024, pourquoi pas. J’espère, bien sûr, que les JO de Tokyo se feront et que je vais décrocher une belle médaille d’or. On sait très bien la période dans laquelle on vit, on sait comment ça se passe, donc on sait que ça peut arriver, que ça peut tomber. Après, si ça tombe, qu’est-ce que voulez ? C’est un peu comme ça. J’espère que ça va suivre son cours et puis advienne que pourra. On verra bien.

Parlons de boxe professionnelle à présent. Il y a quelques mois, vous avez signé avec OPI Since 82, la branche italienne de Matchroom Boxing (la société de promotion dirigée par Eddie Hearn). Qu’est-ce que ça change concrètement pour vous ?

Cela me donne plus d’opportunités. Avec les promoteurs en France, j’étais arrivée un peu au bout du bout. Que ce soit avec Brahim Asloum ou d’autres, je pense qu’on ne pouvait rien me proposer d’autre que de défendre mon titre. Maintenant, je pense que c’était une marche en plus qu’il fallait gravir pour atteindre mes objectifs, à savoir réunifier les titres. Et pour cela, il fallait de grosses promotions comme Matchroom ou Top Rank (la société de Bob Arum).  C’était la suite logique des choses. En tant que Française, j’ai quand même dû me battre. C’est vrai que la France, ce n’est pas une terre de boxe. Je pense que si j’avais été Anglaise ou autre, des opportunités se seraient présentées plus facilement. En tout cas, le premier objectif est atteint, c’est-à-dire intégrer une grosse écurie qui va me permettre d’atteindre mes objectifs. Maintenant, il faut aller chercher les objectifs et c’est ce qu’il va se passer.

Mi-décembre, vous avez effectué votre premier combat pro depuis un an et demi. Il s’agissait de votre sixième défense de titre. Comment vous êtes-vous sentie face à la Serbe Nina Pavlovic ?

Je me suis sentie bien. Déjà, j’avais beaucoup de pression parce que je n’avais pas boxé depuis longtemps, hormis en amateur. Finalement, j’avais fait plus de boxe olympique que de boxe pro. Je ne savais pas trop comment mon retour en pro allait se passer. En boxe olympique, je travaille beaucoup sur l’aspect technique, il y a un tas de choses que j’apprends. C’était pour moi une façon de concrétiser tout ça. Je voulais savoir ce que ça allait donner sur le ring. Qu’est-ce que j’ai pris, qu’est-ce que j’ai laissé, qu’est-ce que j’ai perdu ? C’était un réel retour, dans tous les sens du terme. C’est très enrichissant, j’attendais beaucoup de ce combat-là.

En plus, j’avais quand même une certaine pression, dans la mesure où il fallait que je fasse une belle impression pour mon arrivée à Matchroom. Je savais que ce combat allait être regardé et c’était important pour ce qui allait se passer par la suite. Ce n’était pas tout de gagner, il fallait le faire avec la manière, c’est-à-dire avec une prestation digne d’une championne. D’une part, j’avais le souci du résultat parce que je ne néglige personne. Vous savez, un mauvais coup est vite arrivé ! D’autre part, j’avais le souci de la prestation et de savoir ce que j’allais donner. Je suis quelqu’un de très exigeant envers moi-même, donc je voulais savoir ce que j’allais faire.

Selon vous, le combat s’est bien passé ?

Le combat s’est bien passé, oui. Il s’est même plus que bien passé d’ailleurs. Comme Nina Pavlovic s’est révélée sur ce combat, on a eu un très beau combat. Il faut être deux pour faire un beau combat. Du coup, ça m’a permis de briller aussi, de montrer un peu ma palette technique, ce que je savais faire. Si j’avais fait deux rounds, je pense que j’aurais été aussi contente, mais peut-être moins satisfaite que ça du résultat. Je suis satisfaite parce que j’ai quand même produit de belles choses.

Vous êtes sept fois championne du monde IBF dans la catégorie des poids super-plumes et votre objectif est de réunifier toutes les ceintures. Est-ce vous pensez que c’est la catégorie, actuellement, la plus relevée de la boxe professionnelle féminine ?

Oui, je pense parce qu’il y a une belle adversité en ce moment. Il y a quatre filles qui ont leur niveau et qui sont présentes. C’est bien, parce que ça crée l’émulation. Il y a quatre filles qui veulent toutes réunifier, c’est une belle chose. Après, je ne dis pas que les filles des autres catégories ne sont pas au niveau, loin de là. Je dis juste que l’adversité est présente dans cette catégorie. Donc, franchement, c’est super pour nous parce que cela amène du public aussi. Pour qu’il y ait du public, il faut qu’il y ait de l’adversité, il faut que ça bouge, il faut que ce soit dynamique. Il faut qu’il y ait de la concurrence et là, pour le coup, elle y est. Et chacun a ses fans. Autant Mikaela Mayer, que Terry Harper, que Hyun Mi Choi ou que moi. Chacun a ses préférences, son avis sur les choses, donc c’est top !

Entre les trois autres championnes du monde, Terry Harper (WBC, Grande-Bretagne), Hyun Mi Choi (WBA, Corée du Sud) et Mikaela Mayer (WBO, USA), est-ce que vous trouvez qu’il y’en a une qui parait plus redoutable que les autres ?

Je ne pense pas, non. Je sais que ça va faire un gros combat contre Mayer car elle a le caractère pour et elle ne lâchera pas. Choi, tout le monde dit que c’est la plus faible des trois, mais moi, je ne pense pas du tout. Mentalement, elle est forte. On ne croit pas comme ça mais elle ne va pas lâcher aussi facilement. Elle ne va pas se laisser détruire aussi facilement. Pour Terry Harper, je pense qu’elle est peut-être un peu jeune. Je ne suis pas encore très convaincue de son réel potentiel non plus. J’attends de voir. Il n’y en a pas une des trois qui me fait plus peur que ça. En revanche, je sais qu’il y aura de beaux combats !

Est-ce qu’il y en a une que vous voudriez affronter en priorité ? Je pense notamment à Mayer qui aime bien vous provoquer sur les réseaux sociaux ?

Oui après c’est le jeu de la boxe aussi ! C’est bien de provoquer. Sur les réseaux sociaux, je parle juste comme ça. Ma façon de faire, c’est plutôt de parler sur le ring. Mayer parle beaucoup oui. À la fin, c’est bien, c’est sa personnalité, elle est comme ça. Je respecte chaque personnalité à partir du moment où on assume ce qu’on fait et ce qu’on dit.

Au vu des négociations actuelles, est-ce qu’il y a une tendance qui se dégage ?

Oui, il y a une tendance qui se dégage sur Mayer, bien entendu. Il y avait Choi à un moment, maintenant c’est contre Mayer. Je pense que ça va se faire tout doucement avec elle.

À part ça, pourquoi vous surnomme-t-on El Veneno ?

El Veneno, ça veut dire le « poison » en espagnol. Lorsque je suis passée pro, on avait du mal à me trouver des adversaires. Les entraineurs de mes adversaires disaient au mien « ta boxeuse, on n’en veut pas, c’est un poison ». Donc le poison, j’ai gardé ça. Je l’ai transformé en El Veneno parce que j’adore le style mexicain. Ce sont des boxeurs qui rentrent dedans, qui aiment la guerre. Ça fait comme El Terrible Morales (Erik), des surnoms comme ça.

Quel est la boxeuse ou le boxeur qui a été votre principale source d’inspiration ?

J’en ai plusieurs, c’est en fonction des périodes. Il y a Manny Pacquiao, notamment. Gennady Golovkin aussi ou encore Canelo Alvarez. Après, ça tourne relativement autour des mêmes boxeurs. Il y a des choses que j’admire chez certains boxeurs qui font que, quelque part, je m’en inspire.

Et quand vous avez commencé la boxe anglaise, quel boxeur vous a inspiré ?

Au début, je n’avais pas vraiment de modèle. Cela dit, j’ai toujours été fan de Mike Tyson. Son côté je rentre dedans et son côté destruction m’ont toujours plu. Sa personnalité aussi en soi, toujours un peu dans l’excès, voire beaucoup, dans tout ce qu’il faisait, ça reste Mike Tyson. Donc si je devais en citer un, il s’agirait de Mike Tyson bien sûr.

Alexandre Jeffroy


Journaliste/Rédacteur depuis octobre 2020 - Bolt qui foudroie le record du monde du 100 mètres, les derniers essais de Dominici, les premières charges dévastatrices de Bastarocket... de beaux souvenirs pour une grande passion, celle du sport. L’histoire du sport aussi. Comprendre le rôle qu’il a eu, celui qu’il a et celui qu’il aura dans notre société. Le sport au passé, au présent, au futur. Le sport tous les jours, matin, midi et soir. A défaut d’être un grand sportif, je suis et je raconte l’actualité et l’histoire des championnes et des champions qui savent se dépasser pour accomplir des merveilles.

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