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Manon Brunet : « Mon objectif, c’est d’être championne olympique »

Antonin Gizolme

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Escrime : Qu’attendre des Français lors des JO de Tokyo ?
Photo Icon Sport

ESCRIME – À 25 ans, Manon Brunet entame sa préparation pour les Jeux Olympiques de Tokyo. Pour la rédaction, elle revient sur une année totalement blanche, son grand retour à la compétition, et ses ambitions. Entre l’or olympique et la place de numéro 1 mondiale, la jeune lyonnaise entend bien poursuivre son ascension vers les sommets de la discipline. Entretien. 

En mars dernier, le monde du sport était mis en stand-by. Après 1 an d’attente, vous avez enfin repris la compétition la semaine dernière, comment on se sent au moment de remonter sur la piste ?

La première chose qu’on se dit c’est « Est-ce que c’est sûr ? » (rires). Durant cette période, on a eu pas mal d’annonces, et au final, pendant un an, on n’a eu aucune compétition. Je me suis dit que tant que je n’étais pas arrivée à Budapest et que je n’étais pas sur la piste, il n’y avait pas de compétition. Une fois là-bas, il y a de l’excitation, une envie de retourner sur la piste. Mais en même temps, il y a une forme de peur. On se demande comment sont les autres ? Quel niveau j’ai ? Comment est-ce que je tire ? Donc oui, j’avais vraiment très envie de tirer, mais j’avais peur de mon niveau par rapport à celui que pouvait avoir certaines filles.

En 2020, vous avez trainé une longue blessure, où en êtes-vous aujourd’hui ?

C’est sur qu’un mois de plus m’aurait pas fait de mal (rires). J’avais aussi peur à cause de ça à Budapest. Au final, j’ai eu de bonnes sensations en individuel.

Quels enseignements tirez-vous de votre retour à Budapest la semaine passée ?

J’ai un retour assez mitigé. En individuel, ma défaite se joue à un point. A un point près, je suis dans les huit, voire pourquoi pas sur le podium. Ça se joue à rien pour que ma compétition devienne super, surtout que j’avais vraiment de bonnes sensations sur la piste. A contrario, le lendemain en équipes, je me suis sentie perdue, j’avais du mal à trouver mes repères. J’ai eu du mal à gagner mes matchs, peut-être aussi parce que c’étaient des matchs en cinq. Je me suis rendue compte que j’avais encore beaucoup à travailler, donc je vais visionner mes duels et voir ce qui n’allait pas pour travailler dessus.

Donc au final, mon retour c’est 50/50. J’ai pas mal de ressources, je sens que mon escrime n’est pas loin, mais il y a encore quelques réglages à faire. L’escrime est toujours en moi, mais j’arrive pas encore à tout ressortir. Il me manque quelques mois d’entrainements, mais j’ai peur que quatre mois ne soient pas suffisants.

Un an de pause pour une athlète professionnelle, c’est extrêmement long. Comment vous êtes-vous organisée pour rester au top durant cette période difficile ? Vous avez réussi à vous entrainer ?

Pour moi, c’était un peu différent des autres puisque j’ai été blessée pendant 6 mois. Au niveau des entrainements, à titre personnel, ça a été. Finalement pour moi, le plus dur, c’était de retrouver la piste d’entrainement et de voir que mon corps n’arrivait pas à se soigner. Mais une fois guérie, j’étais tellement heureuse que je bossais tous les jours à l’entrainement, j’avais toujours des pistes de travail.

Pour les filles, l’entrainement a été similaire pendant un an. En temps normal déjà, on a des périodes de lassitude dans la saison. Alors cette année, s’entrainer sans savoir quand on va enfin pouvoir reprendre, c’est dur. Les coachs ont essayé de faire des compétitions à l’entrainement et on a fait un stage en début d’année. Mais ça a surtout été à nous de faire la part des choses. Il a fallu faire des jeux pour décompresser, trouver des pistes de travail différentes, s’écouter aussi pour s’entrainer en fonction de ce qui est le mieux pour nous à ce moment-là.

Est-ce que votre blessure vous a permis de ne pas être lassée de ces séances et globalement de l’escrime ?

Si on devait trouver un côté positif, oui. J’ai peut-être été lassée de la préparation physique ou du kiné, mais pas de l’escrime. J’espère que je ne le serais pas pendant les quatre prochains mois. Au-delà d’une forme de lassitude, j’ai parfois ressenti de la tristesse. Je ne me voyais pas avancer avec ma blessure, et j’avais l’impression que j’allais reprendre trop tard pour être prête pour la compétition.

Vous êtes qualifiée pour les Jeux de Tokyo cet été, comment on aborde ces deuxièmes JO ?

J’ai le souvenir qu’il va se passer un truc énorme, mais au moins je sais dans quoi je mets les pieds. Il y a cinq ans, j’étais la petite fille qui découvre les Jeux et je voulais juste m’éclater sur la piste. Cette année, je veux toujours m’éclater, mais je suis devenue l’athlète qui veut décrocher des médailles. Il y aura une pression de dingue et il faudra réussir à la gérer, mais j’ai hâte d’y aller pour changer ce qu’il s’est passé à Rio, en espérant mieux.

A ce propos, vous terminez quatrième au Brésil, dans une demi-finale au goût relativement amer. J’imagine que vous avez avalé la pilule, mais cet événement vous a-t-il permis d’être encore plus forte ?

Si on prend le côté positif de cette défaite, c’est qu’avant Rio, j’entendais souvent « tu es forte, tu peux faire des belles choses ». Je savais que j’en étais capable mais je n’y étais pas encore. Au Brésil, j’ai montré mon meilleur niveau en individuel, et j’ai pris conscience que c’était le moment de montrer que j’étais capable de gagner. Pendant un an, j’ai surfé sur cette vague de confiance, en me disant que j’adorais ce que je faisais et que j’étais forte, donc ça marchait plutôt bien.

Après, cette pression de se dire « je suis forte », elle est très difficile à gérer. Je viens pour gagner, je fais partie des favorites, alors je dois gagner. Je sais que j’ai le niveau pour faire des médailles, mais avec mon statut, j’ai aussi le stress pour les rater. Il y a aussi beaucoup de filles qui sont fortes, et forcément tout le monde veut décrocher une médaille.

Après cette quatrième place à Rio, et votre statut actuel, l’objectif c’est l’or à Tokyo ? Avec les filles, j’imagine que l’objectif est similaire ?

Oui, je vise deux médailles d’or. Mon objectif, c’est d’être championne olympique. Je suis troisième mondiale, pas première, donc je suis pas LA favorite. Mais on est beaucoup. Rien que pour les Françaises, je vois Cécilia Berder ou Charlotte Lembach, qui sont dans le top 16 mondial, elles viennent pour gagner l’or et elles ont les capacités de le faire, elles l’ont déjà montré en championnats.

Depuis la création des JO, et à l’exception de 1960 et du fiasco de 2012, la France a toujours remporté au moins une médaille lors de cet événement. Est-ce que le statut de l’escrime dans l’histoire française aux JO accentue la pression autour de vos performances ?

Non, pour moi, ce n’est pas une forme de pression. Enfin, ça peut l’être quand vous êtes dans les derniers à tirer. Ça me fait penser à Gauthier Grumier à Rio. En individuel, on avait tous été éliminés, et c’était le dernier en lice pour ouvrir le compteur français. A ce moment-là, la pression ce n’était pas de se dire « on est forts, on est un sport qui ramène beaucoup de médailles aux JO ». C’était plutôt « on est le sport qui a rien ramené de Londres », et au final il ouvre le compteur (rires).

Après, c’est une certaine fierté de voir que l’escrime a ramené énormément de médailles aux JO, et on essaye de surfer là-dessus. On est un des sports qui fait briller la France alors que ce n’est pas le plus médiatisé. Si je peux ramener une médaille pour la France, je le ferais, mais je la veux d’abord pour moi, donc la pression est déjà énorme. Je suis fière de représenter la France mais sur la piste, je serai toute seule, alors je vais essayer de faire le taf et on verra (rires).

On sait que l’escrime est très peu médiatisé hors JO. En 2024, les Jeux seront à Paris. Gagner l’or olympique en France, vous en rêvez ? Est-ce que vous pensez que cet événement peut participer à donner une meilleure médiatisation à l’escrime en France ?

Oui, c’est sûr. Paris c’est déjà dans ma tête, c’est demain. En plus, le concours aura lieu au Grand Palais, dans un endroit mythique, ça serait le moment de briller (rires). Mais, à la fin des Jeux, on n’aura que trois ans pour se préparer, et les qualifications pour Paris vont commencer un an après Tokyo. On aura besoin d’une pause, mais on n’aura pas le temps d’en prendre une vraie. Je pense que ça va être difficile et un peu étrange. Mais ce qui est sûr, c’est que Paris va faire du bien pour médiatiser l’escrime et le sport au-delà de l’escrime. D’autres disciplines, notamment plus amateurs, ont besoin d’être regardées, et j’espère qu’on arrivera à faire vivre le sport grâce à l’émotion qu’on procurera au public.


Être numéro 1 mondiale, c’est la classe.


A 25 ans, vous avez déjà un palmarès bien garni, si vous deviez garder un seul moment de votre carrière, lequel serait-ce ?

C’est dur ! Il y en a plusieurs que j’ai envie de retenir, dont les Jeux. Ça a a été un moment extrêmement fort pour moi. Mais je garderai le titre aux championnats du monde 2018 en équipes. Devenir championne du monde, ça a été tellement fort en émotions ! Au-delà de la victoire, tout le passé rentrait en compte. On avait échoué toutes les quatre en individuel, on avait passé trois semaines en Chine à regarder la Coupe du monde de foot… Et puis, on essayait d’être championnes du monde depuis tellement longtemps, que la pression était dingue.

Donc de décrocher ce titre, ça a été un ENFIN ! J’ai pleuré pendant 30 minutes, j’ai relâché toute la pression de la compétition, des mauvais résultats individuels, du voyage, de nos échecs répétés. En plus, en finale, on ne pouvait pas faire une meilleure performance, on était vraiment au top. Je pense que des moments forts comme celui-là, même si on regagne ensemble, hormis les JO, ce ne sera pas aussi fort. C’était notre première fois et c’était tellement attendu que c’est unique.

Au-delà des JO, cela fait deux années que vous terminez la saison au troisième rang du classement général individuel, est-ce que la première place est aussi un objectif ?

Être numéro 1 mondiale? C’est la classe c’est sûr. J’aimerais être numéro 1 en gagnant les Jeux, même si je ne suis pas sûre que ce soit possible vu l’avance qu’ont les filles devant moi. Mais avant d’être au sommet, je veux gagner des titres. En gagnant des titres, je le serais, c’est sûr. Les filles devant moi, elles gagnent depuis des années, et elles se battent à chaque fois pour être premières. À Budapest, ça se joue à une touche. Mais c’est une touche qui me fait finir neuvième. Neuvième, c’est loin de mes objectifs. Mais si c’est moi qui la met, je peux espérer un podium. D’ailleurs, je l’ai peut-être fait cette touche. Les arbitres n’étaient pas d’accord à 14-14, donc on a refait la touche. Mais on ne saura jamais, c’est la beauté du sport (rires)

Vous avez des indications concernant les prochaines échéances avant les JO ?

On espère avoir une compétition en mai, ce serait un Grand Prix juste individuel, et peut-être les championnats d’Europe en juin. Je pense que pour le Grand Prix ça va être compliqué. Notre bulle a éclaté pendant la Coupe du monde à Budapest, il y a eu une trentaine de cas positifs. C’est vraiment la galère.

Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

Déjà, des compétitions pour se préparer aux Jeux. Et puis de revenir avec un meilleur souvenir de Tokyo qu’il y a cinq ans.

Antonin Gizolme


Journaliste/Rédacteur depuis mars 2021 - Né un soir de Ligue des Champions, c’est tout naturellement que je suis un passionné de football depuis ma plus tendre enfance. Durant des années, j’ai été bercé par la douce mélodie de la Ligue des Champions, subjugué par les coups-francs de Juninho et admiratif devant les coups de reins de Karim Benzema. Malheureusement pour moi, mes genoux en carton m’ont empêché de suivre les traces de mes idoles pour écrire l’Histoire. Alors, c’est ici que je vais me charger de vous la raconter.

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