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Athlétisme

Margot Chevrier : « Une meilleure maîtrise dans mes sauts en 2023 »

Etienne Goursaud

Publié le

Margot Chevrier
Photo Icon Sport

ATHLÉTISME – Entretien avec la perchiste Margot Chevrier qui participe aux championnats d’Europe d’athlétisme en salle à Istanbul. La Française disputera son quatrième grand championnat en un an. La sociétaire de Nice Métropole Athlétisme possède la sixième meilleure performance européenne de l’hiver, avec un bond à 4.61 m lors des Élites, il y a moins de deux semaines. Forte d’une année d’expérience au plus haut niveau international, Margot Chevrier aborde la compétition avec beaucoup d’ambitions.

Margot Chevrier : « Le Covid a flingué ma fin de saison 2022 »

L’an dernier, vous découvriez votre premier grand championnat. Est-ce que cette année, vous l’abordez avec un état d’esprit différent ?

Margot Chevrier : Carrément ! J’ai un état d’esprit que j’arrive à avoir sur des compétitions à domicile, quand je sais que je suis un peu meilleure que les autres filles. C’est cet état d’esprit qui fait que, quand j’arrive aux France, il peut se passer n’importe quoi, je vais venir pour gagner. Même si la saison d’avant n’a pas été top, même si je débarque avec le Covid, comme l’été dernier.

Ce Covid qui a flingué ma fin de saison en 2022. Quand j’ai repris l’entraînement fin octobre, j’étais encore lactique à chaque séance. Je le chope après avoir fait 4,70 m, j’étais très en forme et derrière, cela a été galère. Aux Mondiaux, à Eugene, je m’en sors en qualifications et même si en finale, je ne passe pas un saut, je fais un super échauffement. Et la maladie m’a ressorti toutes les tendinites et inflammations des deux dernières années. Sous les pieds c’était l’enfer, l’ischio c’était l’enfer.

Au niveau physiologique, je ne pouvais rien faire. Je faisais une séance de 45 minutes, j’étais cuite. C’était déjà une situation inédite pour le coach, de me maintenir en forme tout l’été. Aux Europe, quand j’ai dû enchaîner qualifs et finale, c’était l’enfer, malgré le jour de repos entre les deux. J’avais l’impression d’avoir fait trois marathons, alors que je n’avais passé que deux barres. Nerveusement aussi, c’était épuisant de passer son temps à lutter. Tu as envie de faire bien, tu te dis que cela va le faire, tu arrives avec plein de bonnes intentions, mais nerveusement, tu es cuite. Enchaîner les compétitions, les déplacements presque pour rien, tu as envie que la saison s’arrête.

J’ai été dans le dur jusqu’à mi-novembre et au fur et a mesure, cela s’est remis dans l’ordre et aujourd’hui, je n’ai plus de séquelles.

« Sur les grandes compétitions, j’avais du mal à avoir le même état d’esprit que celui que j’ai quand je fais des compétitions nationales »

Vous vous êtes fixée quel objectif pour les championnats d’Europe ?

Pour revenir sur l’état d’esprit que j’ai aux France, j’ai cette confiance parce que je sais que cela fait quelques saisons que j’ai la meilleure performance française et que j’arrive souvent à m’en sortir en championnat. Quand j’arrive dans la chambre d’appel, même si ce sont toutes des copines, je me dis que je vais éclater tout le monde. Sans que ce soit négatif bien entendu. Cela ne nous empêche pas de rigoler même en compétition. Mais dans mon crâne, je me dis que je peux gagner.



Et à l’étranger, j’avais un peu plus de mal à avoir cet état d’esprit. Déjà, c’est plus récent pour moi. Et quand tu te pointes aux Europe avec une Wilma Murto qui fait 4.85 m, c’est difficile en chambre d’appel de te dire que tu vas l’éclater. Tu ne peux pas être convaincue, car tu sais très bien que tu ne vas pas l’éclater. Même si tu fais un concours excellent, si elle fait un concours pourri, elle va quand même te battre. À Belgrade l’an passé, tu as la championne olympique, la championne du monde et elles sont cinq à avoir des performances de malade et des perfs à rallonge.



Je partais toujours du principe que j’avais envie de gagner, mais entre partir de ce principe et en être intimement convaincue, il y a une marge. Et je pense que cela se ressent sur la piste. Aux France, je fais n’importe quelle saison avant, n’importe quel échauffement avant, je sais que je vais sortir les meilleurs sauts de la saison aux France. Que ce sera mieux en course, mieux dans le saut et dans les perches que je prends.

Margot Chevrier : « Un concours de qualification très tôt le matin »

Cette saison, pour la première fois, j’arrive sur les meetings à l’étranger, en me disant la même chose. C’était l’objectif avec ma préparatrice mentale et mon entraîneur, de me dire : « C’est là que tu dois être, tu peux être sur tous les podiums ». Il faut donc se mobiliser le jour J pour tout mettre en place et que cela paye. Évidemment, l’an passé, il y avait des problématiques physiques avec le Covid, mais il y avait une part de mental.

Depuis le meeting d’Ostrava, il peut y avoir douze étrangères sur la startlist, avec des records hallucinants, je venais avec l’objectif de gagner. Bon, je n’ai pas encore gagné (rires), mais je me suis sentie à ma place à chaque fois. Tu y vas sans honte et sans scrupule. Je suis à ma place. Les filles m’ont vu faire 4,70 m, faire 4,65 m aux France. Je me dis que, vu la startlist, il peut se passer vraiment n’importe quoi et j’ai envie d’avoir le comportement de quelqu’un qui peut faire quelque chose de super bien.

Le concours de qualifications sera très tôt le matin (vendredi 9 heures, 7 heures heure française). Comme on arrive à Istanbul proche de la compétition, on n’avait pas besoin de se caler niveau décalage horaire. Mais cela fait un échauffement très tôt, avec un warm-up à 5h30. Et je passe l’heure du réveil et du repas. Il faut être super prête. Toute la semaine, on a fait nos séances de spé et de muscu à 7h30 du matin. Je me suis couchée tôt et levée tôt pour ne pas être perdue quand il faudra se lever à 4 heures et être au top à 9 heures.

On a eu plein d’idées sur comment être prêts, car c’est la première fois que je saute aussi tôt. La finale est le lendemain à 19 heures. Cela veut dire qu’il faut se recaler, même si c’est plus facile. Mais cela ne me dérange pas. Je vais essayer d’être encore plus juste. Je sais que sur les 18, certaines ne seront pas prêtes et que ca risque de faire tout drôle. Cela peut ressembler à une compétition l’été dans des conditions difficiles.

On a l’impression que le pic de forme a été programmé pour Istanbul.

Oui et c’est quelque chose qu’on ne pouvait pas faire l’année dernière. Déjà, faire les Mondiaux en salle, ce n’était pas forcément prévu. C’était la cerise sur le gâteau. Je faisais 4.50 m et les minimas étaient à 4.75 m. Les championnats d’Europe étaient mon objectif. Le ranking ne me permettait pas d’être à l’abri et les minimas étaient encore un peu hauts. Du coup, on se préparait pour les France, car on n’avait pas le choix. C’est là qu’il faut être bon et c’est la première étape obligatoire.

J’ai eu la chance d’être vraiment très en forme. Je pars à Belgrade, mais sans avoir le même pic de forme qu’à Miramas. Je découvre beaucoup et au fond, je ne me sentais pas totalement à ma place car repêchée. On nous fait comprendre qu’on est repêchées, alors qu’aux yeux de World Athletics, on est juste qualifiées. On y va en se disant qu’on est repêché et qu’on a peut-être moins sa place qu’un autre, alors que pas du tout.

Margot Chevrier : « Mon ranking était suffisant pour travailler sereinement »

L’été dernier, je fais les minimas. Mais avant cela, je n’étais pas assurée d’y être, car les critères de la Fédé sont stricts et même si j’étais mieux au ranking, je n’étais pas assurée d’y être. Le pic de forme est donc calculé pour les Élites. Au final, il y a eu un gros championnat tous les mois, ce qui était super galère.

Là, on savait que les minimas étaient à 4.71 m, mais que dans le pire des cas, mon ranking était suffisant pour pouvoir me préparer tranquillement. Et que je suis globalement à l’abri cette saison. Même si cela va vite le ranking. Du coup, le pic de forme est calculé beaucoup plus sur cette compétition. Sachant qu’on est pris au Elites et qu’on peut se permettre d’y être un peu moins en forme et sortir une jolie performance et que cela suffit pour gagner. Le vrai pic de forme peut être dans le grand championnat. Et ce n’est que depuis cette saison qu’on peut se le permettre.

« Il y a une maîtrise dans le saut qu’il n’y avait pas l’an passé »

Est-ce que vous trouvez votre 4.61 m des Élites 2023 plus probant que le 4.65 m de Miramas en 2022 ?

Ce sont des sauts vraiment différents. Sur la hauteur, mon 4.61 m est mieux que mon 4.65 m. Mais le 4.60 m de Miramas est mieux que mon 4.61 m. C’était un saut juste énorme et la seule fois où j’ai sauté aussi haut, c’était l’été dernier quand je fais 4.70 m et 4.80 à l’échauffement des Mondiaux à Eugene. Mais la différence, c’est que je suis pleine bourre aux Elites l’an passé, alors que là je l’étais un peu moins. Surtout, c’est fait avec beaucoup plus de maîtrise dans la course et l’impulsion.

L’hiver dernier, cela semblait être en maîtrise, parce que je passe au premier et que les sauts ont l’air d’être tout le temps les mêmes. Mais je n’arrivais pas à le reproduire d’une compétition à l’autre. Et on l’a vu, deux semaines après, à Belgrade, je ne refais pas des sauts aussi biens. Même si je suis à deux doigts de passer 4.60 m. Je touche la barre mais elle pouvait rester. Cependant, il n’y avait pas cette régularité. Je pouvais être trop près, trop loin et au milieu caler un gros saut. Là depuis trois quatre compétitions, qu’il y ait une performance ou non au bout, en termes technique, solidité, il y a une maîtrise qu’on n’avait pas par le passé. C’est la première fois que je vois ça. Sur des perches non utilisées avant. Il y a moins d’incertitude.

Je ne fais pas le même poids qu’en 2022, on a fait plus de muscu et je suis un peu plus lourde. Ce sont des repères à reprendre. Je suis également plus sèche l’été que l’hiver et cela change un peu mon saut.

Margot Chevrier : « Au All Star Perche de Clermont, je laisse derrière moi six filles qui participent aux Europe »

Vous sortez d’une deuxième place au All-Star Perche de Clermont, c’est le genre de compétitions qui met en confiance, avant un championnat d’Europe ?

J’ai failli gagner en plus (rires). Jusqu’au troisième essai d’Amalie Svabikova, je suis devant. On en rigole avec MJ (NDLR : Marie-Julie Bonnin) elle me dit : « Ca se trouve tu gagnes avec 4.56 m ». Je lui ai dit qu’on allait se porter la poisse et là Svabikova passe (rires). En plus c’est une super copine, on s’entend super bien depuis qu’on est espoirs. Mais peu importe la compétition à laquelle on est, si on est toutes les deux, j’ai beau faire la compétition de l’année, elle me bat d’une barre. Quand j’arrive et qu’elle est sur la startlist, Seb (NDLR : Sébastien Reisdorffer son entraîneur) me dit : « On abandonne ou on y va quand même (rires) ». Je crois que même si je fais 4.80 m, elle fera 4.81 m (rires).

C’était rigolo, d’autant qu’à part Alix Dehaynain, toutes les filles présentes à la compétition seront aux Europe. Bon, cela fait 7 filles sur 18 et il en manque plein. Mais c’est plutôt sympa de se dire qu’on en a mis six derrière soi et qu’il n’y en a qu’une devant. Il y a également eu de gros sauts, sur des perches trop souples. Des choix stratégiques bons mais qui auraient pu être mieux. Mais je voulais faire ça avant les Europe. Car s’il se passe cette situation à Istanbul, je saurai quoi faire et que c’est une solution parmi d’autres.

« C’est presque du management le choix des compétitions »

Globalement c’est une super compétition, avec de la maitrise. Je passe 4.46 m au troisième essai, avec une perche trop souple et en ayant changé deux fois de perche. Je le fais sur un saut qui est loin d’être bon. Mais il est très bon, car j’ai senti que la perche allait être trop souple et que j’étais un peu loin. Mais j’ai su arranger mon saut pour qu’il passe quand même. Un saut très bon en sensations et en ajustement. A 4.56 m, la perche est encore trop souple. Je fais le crapaud, car je sais que cela va passer en faisant cela.

Cela a beau ne pas être propre techniquement, en attendant c’est cela qu’il fallait faire pour passer cette barre. A 4.66 m j’ai voulu faire des sauts supers bons techniquement et cela a été un peu trop et mes perches ont encore été trop souples. Limite je faisais un saut moins bon, cela pouvait passer. Mais refaire ça, c’était très bien. Surtout, je marque des points au ranking, ce qui est un des objectifs sur les trois quatre dernières compétitions de la saison mais aussi les championnats d’Europe.

Pour être tranquille sur l’année à venir et pouvoir se préparer tranquillement. C’est presque du management les compétitions qu’on fait, avec les agents qui sont sur le coup, à calculer ce qu’on peut faire et combien de points on peut faire. Est-ce qu’il vaut mieux faire un Gold à Madrid, mais avec une startlist incroyable ou faire un Silver, avec une startlist moins importante, mais faire un meilleur classement. On voulait certes préparer les Europe et faire une grosse performance. Car je sais qu’elle peut sortir. Mais tant qu’elle ne sort pas, tant qu’à faire autant remplir les autres objectifs. Dont prendre des points au ranking.

Margot Chevrier : « Avec le ranking, les règles du jeu ont changé alors que la partie était en cours »

On a presque l’impression que ce ranking a changé la façon d’aborder les compétitions.

Oui et non. Quand tu débarques sur des gros meetings et que tu as l’habitude, la prime n’est pas en fonction de la performance, mais bien de la place. Ceux qui sont des habitués, savent que s’ils gagnent, ils vont prendre tant. Quand t’es un peu limite financièrement, tu fais ton calcul, c’est sûr. Quand ce n’est pas limite et que tu sais que tu peux gagner en Diamond League, tu sais le montant, tu te dis qu’il faut gagner. Il y a toujours une histoire de place et parfois en meeting, tu ne cours pas après le chrono mais pour la place. Cela devient presque des courses de championnats à cause des primes.

C’est sûr qu’avec le ranking, au-delà de la performance, on sait qu’il faut faire une bonne place. Mon 4.61 m aux France ne rentre pas dans mon ranking, car j’ai fait 4.56 m à Rouen sur un Silver l’an passé. C’est fou, car c’est la 3e meilleure performance de ma carrière et elle ne rentre pas dans mes cinq meilleures performances dans le ranking. En plus, je gagne et les Elites ne sont pas un concours de rigolos. Surtout en France, où il y a une grosse concurrence.

Et encore, je n’ai pas à gérer entre le 400 m et le 400 m haies, le 800 m et le 1 500 m. Où c’est dur à gérer. Maintenant, on connaît les règles du jeu. Les règles ont changé quand on était en train de jouer. Mais on connaît les nouvelles règles. Soit on change de jeu et on change de sport, soit on s’acclimate, même si cela peut faire ch***. Il y en a plein qui savaient que s’ils ne faisaient pas les minima, ce serait dur pour eux. C’est dur et il y a toujours des problématiques. Nous, en extérieur, on est soumis à la pluie et au vent et que si c’est le cas, on ne fera pas de performances. On a tous nos avantages et inconvénients. C’est vraiment du management.

« On peut prendre l’avion et avoir le risque de perdre du matériel »

Vous voyagez souvent, vous et vos perches. Est-ce qu’il y a toujours ce petit stress avant de décoller ?

Je ne suis pas quelqu’un de stressé. Je pars du principe que si les perches n’arrivent pas, je ne peux rien faire. On essaye de trouver des solutions avec les compagnies. Mais il y a les aléas, comme quand ils ont cassé mon étui à perches, avec de la casse également sur les perches. Sur les 12 000 € de matériel, ils m’ont remboursé 1 600 €. C’est forcément embêtant, car il a fallu faire le nécessaire pour continuer à s’entraîner et faire les compétitions. Mais ce sont des choses qui arrivent.

On peut aller en voiture en compétition, mais on sait qu’il y aura de la fatigue. Mais on peut prendre l’avion avec le risque pour le matériel. Mais cela arrive de moins en moins. À Eugene, on est partis sur des correspondances, d’où les pertes de bagages. Mais pour les perches, il y a eu un vol direct, avec deux personnes, dont le cadre technique. Et ils ont loué une voiture. Bon, il a manqué des bagages et Mehdi Baala a dû porter le même t-shirt et le même short pendant une semaine. Il était dégouté (rires).

Margot Chevrier : « Les agents sont formidables pour gérer nos voyages »

Mais on fait attention. Par exemple, je garde mes pointes dans mon sac à dos. Pour avoir de quoi sauter. Au pire, on me prête une combinaison la veille de la compétition. Cela me fait rigoler ce genre de péripéties, car on trouve toujours une solution. On peut se faire prêter des perches. Et se dire qu’on a fait une perf, avec du matos qui n’est pas le sien et au terme d’une aventure. Tout le monde va en parler. Cela ne m’étonne pas de voir des filles casser des perches et être capables de resauter derrière.

Après, on a des agents qui sont formidables pour ça. Car on a des voyages presque imbuvables, au niveau de la réservation. Je leur demande toujours des conseils et ils me disent ce qui est le mieux. Je vais partir en stage à Séville, avec d’abord un détour sur Bordeaux. Sur un Nice-Séville, il y a tellement de correspondances, tu ne sais pas qui prend les perches. Eux, c’est leur métier, donc je les appelle et ils me trouvent les meilleures possibilités. C’est un truc que je n’avais pas avant l’année dernière et c’est vraiment une charge mentale en moins.

Pour moi et pour mon coach qui s’occupait beaucoup de cela. Il me faisait trois plans différents, avec les meilleures options. C’était toujours un peu du temps perdu et du temps que je n’avais pas déjà à la base. Cela me fait gagner un temps fou et je ne réfléchis plus.

 

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