Mathis Desloges : « Un retour pour me faire plaisir, sans forcément attendre de résultats »
SKI DE FOND – Entretien avec Mathis Desloges à quelques heures de son retour sur le circuit de la Coupe du monde de ski de fond.
L’heure de la rentrée a sonné pour Mathis Desloges. Trois semaines après la fin des Jeux Olympiques de Milan-Cortina (Italie), le fondeur, triple médaillé d’argent, s’apprête à retrouver le circuit de la Coupe du monde. Il sera engagé, ce samedi, à Oslo-Holmenkollen (Norvège), sur la mass-start. Alors qu’il s’apprêtait à prendre l’avion, il nous a accordé une interview.
Comment vous sentez-vous à quelques jours de la reprise ?
C’est difficile à dire. Cela fait deux semaines que je m’entraîne moins, car je suis en tournée médiatique. J’ai peu d’entraînement, donc on verra bien comment sera la forme.
On connaît votre appétence pour l’entraînement. Comment avez-vous pu gérer cette phase ?
Je n’ai pas géré grand-chose (rires). C’est vrai que ce qui me passionne, c’est l’entraînement, et là, je n’ai pas pu faire ce que je voulais. C’est pour ça que j’aborde cette fin de saison avec très peu d’ambition. Je sais très bien que lorsque je prépare mal les choses, je ne sais pas trop à quoi m’attendre. On verra bien.
Vous attendez-vous tout de même à être davantage surveillé ?
Oui, c’est certain que je serai plus attendu dans le sens où j’ai trois médailles. Aujourd’hui, je fais un peu partie des skieurs à surveiller sur le circuit de la Coupe du monde. Mais je sais que je n’ai pas fait la préparation optimale pour ces prochaines courses. J’y vais pour me faire plaisir. Ce sont des lieux qui vont être sympas. Oslo est un stade magnifique. Lake Placid, aux États-Unis, va être une superbe fête pour le ski de fond mondial. J’y vais pour profiter sans forcément attendre de résultats.

Comment expliquez-vous vos performances lors des Jeux ?
Cela prendrait du temps à expliquer (rires). C’est le fruit d’un travail acharné avec une optimisation de tous les paramètres de la performance, sur toute une préparation et sur plusieurs années. C’était un rêve d’enfant et je me suis donné tous les moyens possibles pour y arriver. Aujourd’hui, voir que le travail paye, ça fait plaisir.
Regrettez-vous que les sites soient éclatés et que l’ambiance ressemble davantage à celle d’une Coupe du monde ?
Je l’ai bien vécu, parce que le seul objectif de ces Jeux était de ramener des médailles et d’y aller pour la performance, pas pour l’esprit olympique et tout le folklore qui va avec. Mais je comprends que certains athlètes aient pu être déçus. Certains venaient davantage pour cet esprit olympique entre les athlètes, toutes ces petites activités qu’on peut faire dans un village olympique. Moi, je n’y allais pas du tout pour ça, donc cela ne m’a pas dérangé.
Vous avez également été porte-drapeau lors de la cérémonie de clôture. Est-ce un moment marquant de cette quinzaine ?
C’était une superbe soirée. En plus, accompagné de Lou Jeanmonnot, qui est une athlète et une personne que j’apprécie vraiment. C’était un bel honneur. Les arènes de Vérone étaient un cadre assez idyllique et magnifique. Avoir été nommé porte-drapeau, c’était vraiment un honneur.

Le biathlon occupe beaucoup de place dans l’espace médiatique. Pensez-vous que votre performance puisse apporter davantage de visibilité au ski de fond ?
Je l’espère. Après, je n’aime pas beaucoup la comparaison avec le biathlon. Ils pratiquent un sport qui est vraiment différent du nôtre.
Le biathlon laisse une place médiatique assez importante dans la vie des athlètes. Nous, on le fait un petit peu moins. Ce n’est pas comparable d’un sport à l’autre. En tout cas, j’espère avoir pu montrer ce qu’était le ski de fond aux Français et ce qu’est l’équipe de France de ski de fond. On s’entend vraiment super bien. On est une bande de copains avant d’être des athlètes et j’espère qu’on l’a vraiment montré.
Qu’est-ce qui fait que vous formez une bande de copains au sein de l’équipe ?
Je dirais que c’est aussi parce qu’il y a tout à écrire et que nous ne nous marchons pas du tout dessus. Un podium ou une victoire d’un gars du groupe, on la ressent comme si c’était la nôtre. C’est vraiment ce qui fait la beauté de ce groupe. Pour l’anecdote, quand je suis monté sur ma deuxième Coupe du monde, en Suisse à Goms, Jules Lapierre a fait un podium sur la mass-start skate (28 janvier 2024). Et quand je suis rentré, j’ai dit à ma mère que j’avais l’impression que c’était moi qui avais fait un podium. C’est ça qui fait la force de cette équipe. On aime célébrer et être heureux pour les autres. On passe tellement de temps ensemble qu’heureusement que c’est comme ça.
Que voulez-vous dire par « il y a tout à écrire » ?
Le ski de fond n’a pas remporté beaucoup de médailles olympiques, surtout en individuel. J’étais la deuxième médaille de l’histoire du ski de fond français, 20 ans après la première (Rodolphe Darragon, en argent à Turin 2006). Cela signifie qu’il faut tracer notre propre route. En France, nous n’avons presque personne dont nous inspirer dans cette discipline. Si on fait le parallèle avec le biathlon, des biathlètes français médaillés olympiques, il y en a beaucoup. Chez les fondeurs, c’est beaucoup plus rare. L’histoire reste encore à écrire.
Cette histoire peut-elle s’écrire en 2030 avec les Jeux olympiques en France ? Comment comptez-vous construire cette olympiade à venir ?
Je veux faire la meilleure préparation olympique possible pour 2030. J’ai quatre ans pour essayer des choses et être ambitieux. Cela me laisse du temps et c’est vraiment positif. Ce qui m’anime, c’est de me dire que j’ai quatre ans pour affiner tous les détails. Quatre ans, c’est long, mais ce n’est pas si long quand on veut vraiment bien faire les choses. Il va falloir rentabiliser au maximum ce temps.


