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MotoGP 2024

Michel Turco : « Sur le papier, c’est une saison qui s’annonce intéressante »

Killian Tanguy

Publié le

Michel Turco « Sur le papier, c’est une saison qui s’annonce intéressante »
Photo via Michel Turco

MOTO GP – SAISON 2024 – Présent dans les paddocks presque chaque week-end de Grand Prix – il était l’un des rares journalistes français présent en Australie lors de la victoire de Johan Zarco la saison dernière – Michel Turco est un fin connaisseur de la Moto GP. Également auteur, il a publié « 1000 Grands Prix – 75 ans de MotoGP » (Solar) où il retrace l’Histoire de la moto GP. Avant le lancement de cette saison 2024, il revient, pour Dicodusport, sur quelques faits marquants et les enjeux de la saison à venir.

Le premier Grand Prix moto a eu lieu en juin 1949. Quelle est la plus grosse évolution par rapport aux courses actuelles ?

En 75 ans d’histoire, il y a eu énormément d’évolutions. La plus récente, c’est la création du terme « Moto GP », qui date de 2002, avec un changement de réglementation technique. Jusqu’au début des années 2000, les courses se faisaient avec une cylindrée de 500 cm³ et des moteurs deux temps. Mais en 2002, les motos sont devenues des 1000 cm³ avec des moteurs quatre temps et les Grands Prix 500 ont changé de nom. C’est un réel changement de motorisation et l’entrée dans l’ère moderne.

L’internationalisation a aussi été majeure depuis 1949.

Lors des premiers Grands Prix, il y a surtout des Anglais et Italiens sur des motos européennes. Ensuite, dans les années 60, les Japonais arrivent avec leurs motos qui sont plus fiables et plus compétitives. Ils ont dominé jusqu’à tout récemment en termes techniques (les motos), moins en termes de pilotes. Pendant les années 80, il y avait beaucoup de pilotes américains, australiens et anglo-saxons. Et aujourd’hui, on est retourné sur un marché européen et surtout espagnol, puisque ce sont eux qui dominent la catégorie reine (10 pilotes sur 22 seront Espagnols cette saison).

L’Italie et l’Espagne ont justement remporté la moitié des Grands Prix et des titres. Comment expliquez-vous la domination de ces deux nations ?

La domination italienne est très ancienne. Dans les années 50, les constructeurs étaient Anglais et Italiens avec des marques comme Gilera et MV Agusta qui gagnaient tout. Il y avait beaucoup de pilotes italiens du fait de l’après-guerre. La France était très présente entre les deux guerres puisque les motos étaient essentiellement françaises. La domination espagnole est plus récente. En 1992, Dorna Sports (une entreprise espagnole) a racheté les droits commerciaux à la fédération internationale, et, depuis, elle a effectué un travail de fond en Espagne avec la création de circuits et d’écoles.

En ajoutant la Grande-Bretagne, on arrive aux deux tiers. Pourtant, les Britanniques n’ont remporté aucun titre en catégorie reine depuis 1973. Il n’y aura aucun pilote cette saison encore en Moto GP. Comment expliquez-vous cette disparition ?

La domination anglaise a eu lieu après la Seconde Guerre mondiale, avec des marques comme Norton et A.J Stevens. Mais elles ont disparu très vite avec l’arrivée des Japonais, et leurs pilotes avec. Les sports mécaniques, dont la moto, restent populaires en Angleterre, mais ils n’ont plus vraiment de pilotes. C’est pareil en France, où ils ne sont plus que deux en Moto GP (Fabio Quartararo et Johann Zarco).

Seuls 5 Français ont remporté une course en Moto GP, dont quatre une fois seulement. Pourquoi si peu ?

Aujourd’hui, quand on parle de sport moto, on ne parle plus que du Moto GP. C’est la catégorie reine, car le promoteur a réformé pour que ce soit peut-être plus simple pour le public. Mais pendant des décennies, il y a aussi eu des championnats très disputés avec des cylindrées inférieures. En France, il y a eu plusieurs champions du monde en 125cc et en 250cc (Christian Sarron et Olivier Jacque ont été titrés en 250cc en 1984 et 2000). Car lors des années 80-90, les pilotes américains dominaient la catégorie 500cc.

Les Européens avaient beaucoup de mal à piloter ces motos, qui étaient puissantes, alors que les anglo-saxons venaient du tout-terrain et avaient donc l’habitude d’avoir des motos difficiles à piloter qu’ils faisaient glisser sur la terre. Ils étaient donc supérieurs en termes de pilotage et les Européens n’arrivaient pas à rivaliser. Donc pendant très longtemps, les Français, comme les Italiens et les Espagnols, brillaient dans des catégories inférieures de cylindrées seulement. Mais à cette époque-là, le public qui assistait à un Grand Prix se régalait autant de voir la course des 125 cm³, 250 cm³ et 350 cm³, que celle des 500 cm³.

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Fabio Quartararo – Photo Icon Sport

Quelles saisons voyez-vous pour Fabio Quartararo et Johann Zarco ? 

Ça va dépendre de la faculté des constructeurs japonais à réagir (le premier roule pour Monster Energy Yamaha MotoGP Team et le second pour LCR Honda) car cela fait plusieurs saisons qu’ils sont surclassés par les Ducati des Italiens. Cette année, ils ont eu le droit à des concessions techniques pour essayer de refaire leur retard. Ils essaient aussi de changer leurs méthodes de travail et de s’ouvrir avec des techniciens européens pour travailler plus rapidement. Les marques japonaises ont une technologie très éprouvée, mais elles ne prennent aucun risque et réagissent assez lentement.

Face à des adversaires, qui innovent en permanence et qui prennent des risques techniques, ils se sont fait surclasser. Si cette année, ils arrivent à combler leur retard, Fabio Quartararo et Johann Zarco pourraient être en mesure de jouer sur le devant de la scène. On connaît leur potentiel : ils peuvent gagner des courses et être champions du monde. On l’a vu avec Quartararo. En étant optimiste, je pense qu’ils peuvent faire de belles choses, surtout sur la seconde partie du championnat pour Zarco qui doit s’adapter à une nouvelle moto et un nouvel environnement. Il faut y croire.

Francesco Bagnaia (Ducati Lenovo Team) est-il le favori encore cette saison ?

Oui, c’est le favori. Il a la meilleure moto, la meilleure place, la meilleure équipe et il est en pleine confiance après avoir gagné deux titres (2022 et 2023). Mais la concurrence est sévère, notamment chez Ducati. Il va retrouver Jorge Martin (Prima Pramac Racing), son adversaire numéro un l’an dernier. Il faudra aussi observer ce que va faire Marc Marquez qui arrive dans le giron Ducati (Gresini Racing). Même s’il aura un petit handicap puisqu’il conduit une moto de l’année dernière, on connaît son talent et il est capable de faire des trucs incroyables. Il y a aussi un jeune prodige qui arrive en la personne de Pedro Acosta (GASGAS Factory Racing Tech3, KTM), champion du monde en Moto 3 puis en Moto 2 (champion Moto 3 en 2021, 5e du Moto 2 en 2022 puis champion en 2023). Sur le papier, c’est une saison qui s’annonce intéressante.

C’est aussi une saison où beaucoup de pilotes arrivent en fin de contrat. Est-ce que cela pourrait avoir un impact ? 

Certains vont vouloir se mettre en évidence pour renégocier leur contrat. Mais si certains, comme Jorge Martin, décident de signer tôt dans la saison pour une autre usine, ils auront peut-être moins le soutien de leur équipe. Et effectivement, ça peut avoir une incidence.

Étudiant en école de journalisme, je me dirige vers une carrière de journaliste sportif. Intéressé dans le multisport, je ne souhaite pas me spécialiser, mais je souhaite partager ma passion pour le sport et transmettre les émotions.

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