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Moïse Kouamé, quelles ambitions après une année 2025 de découverte ?

Etienne Goursaud

Publié le

Tennis - Moise Kouamé, quelles ambitions après une année 2025 de découverte ?
Photo Icon Sport

TENNIS – Moïse Kouamé sort d’une année d’apprentissage, marquée par une blessure au dos. Que peut-il espérer en 2026, lui qui affole certains records de précocité ? On fait le point.

Une précocité sur le circuit ATP, qui confirme celle qu’il avait en juniors

D’un point de vue statistique, ce que réalise Moïse Kouamé, c’est déjà très solide. Il est tout simplement le meilleur joueur de la génération 2009 classé à l’ATP, et le plus jeune joueur du Top 1000. Actuel 873e mondial, après avoir approché le Top 800 (818e), il devance nettement ses concurrents. Parmi les joueurs qui n’ont pas encore fêté leurs 17 ans, seuls l’Australien Cruz Hewitt, approché du Top 700 après un 8e de finale au Challenger de Sydney, et l’Ukrainien Nikita Bilozertsev, proche de la 830e place mondiale, font mieux. Mais ces derniers sont nés fin 2008, alors que le Tricolore est né en juin 2009. Sept mois d’écart, à cet âge, c’est énorme.

Preuve supplémentaire de sa précocité : il est devenu le premier joueur né en 2009 à se hisser en finale d’un tournoi professionnel, lors du Future de Sharm El Sheikh (Égypte) en mars dernier. Il n’avait pas encore 16 ans. Une ascension qui a attiré l’attention de tournois majeurs : il a reçu une wild card pour les qualifications du Masters 1000 de Madrid, où il a affronté Botic Van de Zandschulp, joueur du Top 100, s’inclinant en deux manches (6-3, 6-2). Il a ensuite enchaîné avec les qualifications de Roland-Garros et une défaite en trois manches face à Martin Tiffon, 208e mondial au moment du tournoi (6-2, 4-6, 3-6).

Les éloges de son actuel entraîneur

La précocité de Moïse Kouamé se révélait déjà en 2024 sur le circuit juniors, avec notamment une finale à l’Orange Bowl aux États-Unis, tournoi réservé aux moins de 18 ans. Il n’avait alors que 15 ans et était le plus jeune joueur du tableau. Six mois plus tôt, il atteignait les quarts de finale à Roland-Garros juniors, peu après ses 15 ans. Cette même année, il remportait son premier match en qualifications d’un Challenger, devenant le quatrième plus jeune joueur de l’histoire à réussir cette performance.

Philippe Dehaes, son entraîneur actuel, ne tarit pas d’éloges : « Il sert à 200 km/h, il est ultra-physique, très athlétique. Une sorte de Monfils 2.0, capable de faire exploser la balle partout : coup droit, revers, service. Sportivement, c’est solide. En termes de précocité, il m’impressionne aussi. Quand je compare ses temps de passage avec ceux de Carlos Alcaraz, Alexander Zverev ou d’autres membres du Top 10 mondial, il est en avance sur la majorité d’entre eux », confiait le 31 juillet dernier le technicien belge à nos confrères de DHNet.

Malgré sa précocité, une année 2025 un peu compliquée pour Moïse Kouamé

Malgré tout, l’année 2025 de Moïse Kouamé n’a pas été totalement idyllique. On a évoqué sa défaite en qualifications de Roland-Garros en trois manches. Cette difficulté à conclure a rythmé toute sa fin de printemps : quelques jours plus tôt, aux qualifications du Challenger de Bordeaux, il menait 7-5, 4-1 contre son compatriote Calvin Hemery avant de s’incliner 7-5, 4-6, 4-6. Il a souvent mené un set à zéro sans parvenir à terminer le match. Il traverse alors le premier vrai creux de sa carrière, concédant huit défaites consécutives. Rien d’alarmant : la progression n’est jamais linéaire et chaque joueur affronte des paliers.





On sent également que le jeune Français se cherche. Il change plusieurs fois d’entraîneur : séparation avec Yoann Le Mée début 2025, collaboration de quelques semaines avec Gilles Simon avant une nouvelle séparation début mai. Il s’entraîne depuis avec le Belge Philippe Dehaes, ancien coach de Daria Kasatkina. Il y a sans doute un besoin de stabiliser son projet et son staff.

Plus embêtante, sa fracture de fatigue à la 5e vertèbre lombaire. Corset pendant six semaines, retour seulement fin octobre, lors de la Coupe Davis juniors — une compétition où les Bleus s’inclinent en 8e de finale sans qu’il ait joué. Outre une période cruciale de progression gâchée, c’est la nature même de la blessure qui inquiète : le dos n’a rien d’anodin. Ce n’est pas Arthur Fils qui dira le contraire, lui dont la saison 2025 s’est arrêtée pour les mêmes raisons après son forfait au 3e tour de Roland-Garros.

Que peut espérer Moïse Kouamé en 2026 ?

On peut être optimiste et imaginer un dos remis (cela arrive aussi dans le sport de haut niveau — Thibaut Pinot n’a-t-il pas terminé 5e du Tour d’Italie en 2023 ?). Il entamera sa troisième année chez les juniors et pourrait viser une finale de Grand Chelem dans cette catégorie. Le dernier Français à l’avoir fait est Gabriel Debru, vainqueur de Roland-Garros juniors en 2022 à seulement 16 ans. Désormais âgé de 19 ans (20 en décembre), Debru peine et s’est envolé vers le circuit universitaire américain. Pour Moïse Kouamé, atteindre une finale junior serait un bel accomplissement et une dernière rampe de lancement — sans garantie pour la suite, évidemment.

Il disputera probablement des matchs sur le circuit ATP, notamment en Future et peut-être en Challenger. Déjà finaliste en Future, remporter un tournoi dans ce format serait une étape logique en 2026. Un parcours notable en Challenger (un quart, par exemple) serait aussi significatif. Mais il ne faut pas s’attendre à le voir dans le Top 200 ATP dès 2026. Sur la génération 2008, le joueur le mieux classé est l’Allemand Diego Dedura-Palomero, 365e mondial et monté jusqu’à la 328e place. Premier joueur né en 2008 à gagner un match ATP lors du 500 de Munich, grâce à l’abandon de Denis Shapovalov alors qu’il menait 7-6, 3-0. S’approcher du parcours de son “aîné” serait déjà excellent. Faire mieux confirmerait sa précocité.

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