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Mon Nice Côte d’Azur by UTMB

Olivier Dobiezynski

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Mon Nice Côte d'Azur by UTMB
Photo via Olivier Dobiezynski

Le 5 octobre 2024, notre rédacteur Olivier arpentait les sentiers du Mercantour pour son deuxième Ultra-Trail de plus de 100 km, à l’occasion de Nice Côte d’Azur by UTMB. Voici son récit d’une aventure épique, vue du fond de la classe.

Deux heures passées de 24 minutes, tôt le matin. Me voilà à déambuler dans les rues niçoises, à la recherche des navettes permettant de rallier le départ dans le fin fond du Mercantour, à Roubion. Température douce, atmosphère marine : il convient d’en profiter. Près du port, ils sont déjà un millier de traileurs à attendre leur siège dans les bus affrétés pour l’occasion. L’occasion d’échanger quelques mots et de raconter nos expériences passées. Croisant la route de deux coureurs apparemment chevronnés, je fais profil bas. Ils ont déjà aligné les 100k en carrière et visent une place au scratch. Autant vous prévenir, personnellement, finir serait déjà la plus belle des victoires.

Roubion : Nuit noire, fraîcheur et effervescence

Pour mon deuxième 100 km, il s’agit aussi de ne pas se blesser comme sur le premier et de revoir sa stratégie de course de manière complète. J’ai confiance néanmoins, je me suis bien préparé et j’ai étudié mes défauts. Aussi, une fois arrivé à Roubion, après deux heures de trajet où le sommeil n’est pas venu, il y a de l’excitation dans l’air avec une certaine hâte d’en découdre. De fait, le départ, annoncé à six heures, ne concerne que la première vague et il faut prendre son mal en patience quand vous êtes dans la quatrième et dernière. Même pas de quoi se restaurer sur le lieu de départ, à peine de quoi prendre une boisson chaude pour surmonter les 2°C. Heureusement que j’avais tout anticipé au cas où… Moyen tout de même pour une course estampillée UTMB.

Parcours Nice Côte d'Azur UTMB 2024

Parcours Nice Côte d’Azur UTMB 2024

Quand les jambes vont bien…

Dès la petite musique épique terminée, nous prenons enfin le départ pour les 109 km du parcours avec 4800 de dénivelé positif, mais aussi 6000 de dénivelé négatif. Dès le départ, il s’agit d’emblée de se préserver. Pour cela, la première descente peu technique, mais suffisamment pour créer des embouteillages, me sert à contrôler mes velléités d’y aller à cœur joie. Le franchissement d’une rivière en contrebas se fait à une allure de tortue. Lorsque vient mon tour, je ressors sec par le plus grand des miracles. Les 13 premiers kilomètres jusqu’au premier ravitaillement à Saint-Sauveur se font donc dans la sérénité, au lever du jour. Par contre, mauvaise nouvelle puisque ma première lampe frontale rend l’âme sans explication apparente. Je comprends mieux que le règlement indique une lampe de secours obligatoire.

Puis, nous entamons le début de la première montée et, bonne nouvelle, le pied s’avère roulant. Cependant, je me force à ne pas courir trop vite toujours dans l’idée qu’il me reste 90 km à parcourir. Une fois à Valdeblore, au 23ème kilomètre, nous nous apprêtons à couvrir une portion de 15 km avec 1100 D+. Autant dire un gros morceau qui m’oblige à sortir les bâtons pour la première fois. Je monte en cadence le col de la Madeleine et double un paquet de mecs sur mon point fort grâce à mes grands compas. Le dernier kilomètre jusqu’au point culminant du parcours (2100m) est très compliqué avec de gros pourcentages, à tel point que tout le monde fait des pauses régulières. Les trois derniers kilomètres du tronçon se courent sur un plateau où, malheureusement, le sol très glissant empêche toute relance et je chute même deux fois sans gravité.

Paysage lors du Nice Côte d'Azur UTMB 2024

Paysage lors du Nice Côte d’Azur UTMB 2024 – Photo via Olivier Dobiezynski

Un leitmotiv : courir à l’économie

En attaquant la descente vers Utelle, je me rends compte de la technicité de celle-ci. En me passant de bâtons, je mise tout sur les quadriceps et c’est pourquoi je cours à deux à l’heure afin de préserver des muscles qui m’avaient trahi sur ma première aventure de ce type. Je ne m’amuse pas à dévaler ce terrain très caillouteux où l’on peut facilement déraper et choisis de rester très prudent. D’autre part, je revois ma technique en alternant les attaques pied gauche et pied droit, afin de les solliciter équitablement. Vous l’aurez deviné : la descente, ce n’est pas ma grande passion. Alors, je fais au mieux, je prends sur moi et m’arme de patience, quitte à me faire un peu dépasser. La portion intermédiaire jusqu’à la base de vie de Levens au 63ème kilomètre se passe bien et j’ai encore de bonnes sensations.

Quand je parviens à Levens, cela fait déjà 14 heures que je cours, et il reste encore 46 km. Je vais me poser près de 45 minutes ici pour faire le point sur mon état. Le temps de récupérer mon sac d’allègement, bien me restaurer, bien boire, étendre les jambes et surtout se changer. Il faut voir l’ambiance dans une base de vie, avec des coureurs déjà bien entamés physiquement, qui paraissent au bout de leur vie. J’en vois certains se demander s’ils vont repartir, c’est terrible. Pour ma part, grâce à l’amour de mes proches et à leur soutien, et malgré le programme copieux qui m’attend, je n’ai pas trop de doute sur la suite à donner à mon aventure. Je suis même poussé par mon amie qui semble plus croire en mes capacités que moi-même.





La nuit, tous les cauchemars sont gris

Quand il faut repartir, il y a déjà une part de mental qui prend le relais d’un physique encore présent, mais de plus en plus défaillant. Surtout que le tronçon suivant est terrifiant avec 6,7 km pour 950m D+. Le ratio a de quoi effrayer les plus téméraires et, en effet, la montée est délicate avec des pourcentages parfois au-delà des 35%. De nuit, impossible de voir quand cela se termine et vous avez comme l’impression d’être dans un long tunnel dont vous ne sortez jamais, qui se dirige vers l’infini. Toutefois, sûr de ma force, je reprends des traileurs les uns après les autres, en croisant même certains très en souffrance. Pour le coup, je suis vraiment satisfait de mon niveau dans les montées.

Arrivé au ravitaillement de la Chapelle Saint-Michel, charmant petit lieu bucolique sur les hauteurs du Mercantour, je prends le temps de récupérer. Je n’ai pas hâte d’affronter la portion d’après et ses 1100m de dénivelé négatif. Je sais que bien des choses vont se jouer ici et que si j’atteins le bas de la descente sans dommage, une grosse partie de ma course sera jouée. Il est 23h30, quand je quitte la chapelle pour entamer la descente avec prudence, comme sur la première. La caillasse ne permet aucun droit à l’erreur, car le précipice est proche, mais il est possible de courir sur les faux plats. Les quadriceps commencent à sévèrement morfler en fin de descente, qui se fait en lacet. Je prends peur sur mon état physique, d’autant qu’il reste 27 km, plus roulants certes, mais mes jambes ne répondent plus et la barrière horaire est proche.

La peur du Hors Délai

Fort heureusement, au ravitaillement de Tourrette-Levens au 82e km, à 3h du matin, je reprends des forces. De plus, l’accueil est chaleureux et le temps de repos me permet le retour de sensations correctes. Je rencontre JL, un partenaire qui me suivra un long bout de chemin. Seul, on va plus vite ; ensemble, on va plus loin. La portion après le ravitaillement qui inclue une montée et une descente se passent sans anicroche avec mon nouveau compère. On parvient même à courir par endroit. Néanmoins, le temps file et, arrivés à Drap au 91e km, il ne nous reste qu’1h30 d’avance sur la barrière horaire. C’est à la fois beaucoup, mais aussi très peu et il ne faut donc pas s’endormir. Je préfère éviter de penser à la perspective d’arriver hors délai et de rater la médaille et les points qualificatifs UTMB.

Nous passons donc un temps très réduit au ravitaillement et sur la portion plate qui suit, nous parvenons à maintenir un rythme très correct. Et dans la montée qui suit, au petit matin, dans un parc naturel qui surplombe Nice, nous imprimons une cadence incroyable et je me découvre des sensations inouïes à ce stade d’un ultra-trail. Seul petit hic : l’apparition régulière d’hallucinations toutes les 10 minutes. Pas vraiment un problème en soi, mais quand même, mon Dieu que ça fait bizarre… Le petit sentier technique avec vue sur Saint-Jean Cap Ferrat est une merveille visuelle, mais fait très mal aux jambes et JL doit parfois m’attendre, là où dans les montées, c’était plutôt l’inverse. Arrivés au Plateau, l’essentiel est assuré et nous serons normalement sauvés du hors délai. Ne reste alors qu’une petite dizaine de kilomètres.

La délivrance de la Promenade des Anglais

Nous voilà à serpenter dans Nice, le point de départ de la veille au matin. Jambes coupées, âmes égarées : on avance depuis longtemps au mental, mais je peux encore courir sur les endroits les plus faciles. Une grande fierté m’anime en croisant des coureurs du 20 km qui me félicite les uns après les autres pour l’exploit que je réalise. Cela donne du baume au cœur de voir le regard plein de respect d’autres traileurs et me pousse dans mes derniers retranchements. Il est un peu plus de 11h quand j’arrive sur la Promenade des Anglais au petit trot sous les encouragements du public présent. Un moment inoubliable et intense et une réussite sportive que je n’aurais jamais cru possible il y a quelques années.

Médaille du finisher lors du Nice Côte d'Azur UTMB 2024

Médaille du finisher lors du Nice Côte d’Azur UTMB 2024 – Photo via Olivier Dobiezynski

L’ultra-trail permet une connexion avec soi-même. Plus qu’un sport, une véritable aventure pleine d’authenticité et un don de soi et de sa personne. En franchissant la ligne d’arrivée, on pense bien sûr à tous les sacrifices opérés pour en arriver là, mais aussi aux yeux avec lesquels vos proches vous regarderont et combien ils seront fiers de vous. Y compris ceux qui ne sont plus de ce monde. Inévitablement, la souffrance laisse place à l’émotion, les yeux embués par cette foutue poussière.

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