Mythe du ski alpinisme, la Pierra Menta prépare une 40ème édition plus symbolique que jamais
PIERRA MENTA 2026 – Référence mondiale du ski alpinisme, la Pierra Menta s’apprête à connaître une 40ème édition particulière au lendemain des Jeux Olympiques.
Cet hiver, le ski alpinisme a connu un boost de visibilité sans précédent en étant intégré au programme des Jeux Olympiques de Milan-Cortina. Cependant, s’il y a bien un rendez-vous à ne pas manquer pour s’imprégner pleinement de l’essence même de la discipline, une seule épreuve s’impose : la Pierra Menta.
La Pierra Menta, une aventure de quatre jours au cœur des Alpes
Se déroulant dans le massif du Beaufortain, au pied du sommet éponyme de la Pierra Menta, cette épreuve est née au beau milieu des années 80 grâce à Laurence et Guy Blanc. Deux passionnés qui ont eu l’idée d’un rendez-vous désormais incontournable et pour lequel ils travaillent encore aujourd’hui. Quarante ans plus tard, cette belle histoire a pris une dimension encore plus forte puisque leur fils Sébastien fait également partie de l’organisation depuis la… 2ème édition.
Suite à des tâtonnements, le format avait été établi dès la première édition en 1986 et est resté figé dans le temps : 10 000 mètres de dénivelé à avaler en l’espace de quatre jours. La volonté était alors de créer une épreuve difficile en binôme, qui se rapproche de l’essence même du ski-alpinisme, mêlant la performance sportive à l’aventure en plein cœur des Alpes françaises.
De 11 équipes à plus de 200, quatre décennies d’évolutions
Cette première édition avait ainsi réuni 11 équipes masculines, toutes françaises. Il faudra ensuite attendre l’édition 1988 pour que les équipes féminines entrent en lice, tout comme des équipes étrangères. Si les Tchèques Jan et Milan Filipsky furent les premiers étrangers à mettre la main sur la victoire, les Italiens ont grandement contribué à faire de ce rendez-vous ce qu’il est aujourd’hui dans les années 1990.
Le concept a pris et cette petite épreuve s’est transformée en rendez-vous incontournable pour les meilleurs ski-alpinistes au monde, au même titre que le Tour du Rutor ou encore le Trofeo Mezzalama. Au fil des années, le nombre de participants n’a jamais cessé de s’accroître, jusqu’à se stabiliser à un peu plus de 200 dans les années 2010.
En prime, la fédération internationale (ISMF) a fait le choix de conférer à la Pierra Menta le statut de championnats du monde de longue distance depuis 2021. Une belle récompense, qui fait à la fois office de geste rassurant pour un avenir qui semble de plus en plus incertain.
L’intégration du ski alpinisme aux Jeux Olympiques, un sujet de discorde
En effet, depuis l’intégration officielle du ski alpinisme aux Jeux Olympiques, une scission s’est créée au sein même de la discipline. En cause, la décision finale du CIO de retenir au programme deux formats créés de toutes pièces et adaptés à une piste : le sprint et le relais mixte. À l’inverse, l’individuel, une épreuve de près de deux heures avec un dénivelé positif ahurissant, n’a pas été retenu. Un choix qui a privé de rêve olympique les athlètes qui ne concevaient pas de voir leur sport être totalement dénaturé en étant restreint à une simple piste.
Depuis, l’ISMF a emboîté le pas en mettant nettement plus en avant les formats olympiques. Logique. Sauf que dans le même temps, cela impacte directement les autres épreuves. En janvier 2025, le taulier William Bon Mardion, multiple vainqueur de la Pierra Menta et référence du ski alpinisme mondial, avait ainsi refusé de prendre le départ d’un individuel en Coupe du monde, la faute à un parcours non adapté.
Victoire de Xavier Gachet et William Bon Mardion (dossard 4)! #PierraMenta2018 pic.twitter.com/7ZsIuGFGD3
— Pierra Menta (@Pierra_Menta) March 14, 2018
« L’image que renvoie notre sport n’est pas bonne »
Cette inquiétude est également partagée par Thibault Anselmet, qui, au-delà de son statut de champion olympique et multiple vainqueur du gros globe, compte 12 participations à la Pierra Menta. Dans les colonnes de L’Équipe, ce dernier a alerté sur la disparition progressive de l’individuel au calendrier (seulement 4 étapes de Coupe du monde cet hiver) :
Aujourd’hui, j’ai l’impression que toutes les épreuves sur piste sont plus faciles à organiser. Mais ça va trop loin. L’image que notre sport renvoie n’est pas bonne. Il faut vraiment essayer de trouver des solutions pour que la part des individuelles soit à sa juste place dans le calendrier. […] Le sprint apporte actuellement de la visibilité, du dynamisme et une reconnaissance internationale. C’est très bien. Mais l’individuel porte l’histoire, le savoir-faire et l’âme du ski-alpinisme. Attention, un format ne doit pas remplacer l’autre : ils sont fondamentalement complémentaires.
La Pierra Menta, un garde-fou bienvenu après les JO
Dans ce contexte, la Pierra Menta va donc faire figure de véritable bouffée d’oxygène pour tous les amateurs de la discipline. Comme chaque année, les plus grands noms de la discipline seront au rendez-vous. Notamment côté Français puisque, aux côtés des champions olympiques Anselmet et Harrop, William Bon Mardion, Axelle Gachet-Mollaret, Margot Ravinel ou encore le spécialiste de l’ultra-trail François D’Haene seront de la partie.
Une magnifique 40ème édition se prépare donc. Et c’est justement ce dont ont besoin les instances du ski alpinisme pour se rappeler qu’avant d’être un sport olympique, le ski alpinisme est bien plus qu’un simple sport. À l’heure où les spécificités de la discipline sont mises en danger, la Pierra Menta fait office de garde-fou.



