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Athlétisme

Nawal Meniker : « Partir aux USA, la meilleure décision de ma vie »

Etienne Goursaud

Publié le

Nawal Meniker
Photo Hananyolympicproject

INTERVIEW NAWAL MENIKER – Après des années de galère, Nawal Meniker est de retour à son tout meilleur niveau. La sauteuse en hauteur française a battu son record cet hiver, avec une barre à 1,91 m franchie à deux reprises. La première fois à Eaubonne le 22 janvier et la seconde fois à Nantes le 29. Championne olympique de la jeunesse en 2014, celle qui est désormais licenciée au CA Montreuil 93 a repris le fil de sa carrière et s’affirme comme la leader française de la discipline. Elle nous a raconté ses galères, mais aussi son nouveau projet aux États-Unis, qui a amené son retour au tout premier plan.

 

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On se replonge dans le passé, en 2014, après votre titre aux JOJ. Est-ce que vous n’avez pas eu une pression démesurée à ce moment-là ?

Nawal Meniker (sauteuse en hauteur au CA Montreuil 93) : Cela m’a surement donné une petite pression, par rapport à la suite de la saison. Mais d’un autre côté, cela m’a donné un élan positif. Je me suis dit : « Écoute, tu as la capacité de faire cela et tu peux faire mieux ». Et je suis toujours partie du principe que je faisais de l’athlétisme avant tout pour le plaisir et pour rien d’autre. Je ne m’attendais pas forcément à une telle médiatisation après ce titre. Les gens comptaient sur moi et j’étais attendue, il ne fallait pas que je me loupe. Si tu as le malheur de te louper et de ne pas entrer dans les cases, on te coupe tout du jour au lendemain. Il y a cette petite pression de réussite, y compris vis-à-vis des sponsors. Pour garder une certaine constante.

Vous faites une discipline qui se cherche alors une relève après Maryse Ewanjé-Epée et Mélanie Skotnik. Vous arrivez avec 1,87 m en cadettes. Qu’est-ce qu’on vous dit à ce moment-là ?

Effectivement, on m’a dit que j’étais la relève, que j’avais tout l’avenir devant moi, qu’on allait m’aider à fond.

Je n’ai jamais douté de moi.

Il y a deux saisons où vous n’êtes pas loin de votre record, sans le battre. Est-ce que les premières critiques sont arrivées à ce moment-là ?

De mon côté, je n’ai jamais douté de moi. En revanche, cela a commencé à coincer à partir du moment où je ne rentrais plus dans les cases, où je ne perfais plus comme je devais perfer. J’ai vraiment entendu tout. Des « t’es nulle », des « ça sert à rien tu peux arrêter ». Que des critiques négatives. Mais ce n’est qu’une partie, il ne faut pas généraliser. Il y a eu des personnes qui ont été bienveillants, qui m’ont toujours soutenu. Mais c’est vrai qu’il y a eu ces critiques. Et je ne connaissais pas du tout cette partie du sport. Quand on est jeune, on est plus ou moins couvés et quand on sort de tout cela, on voit un aspect du sport qui est monstrueux. A partir de ce moment-là, je me suis dit « Oula, c’est le sport ? ». Je n’avais rien demandé. Cela a été la descente aux enfers.

Nawal Meniker : « Tant que j’ai ces papillons dans le ventre, je n’ai pas de raisons d’arrêter »

Ces critiques vous ont affecté ?

Je me suis toujours basée sur les gens qui m’encourageaient. Mais je ne vais pas vous mentir qu’entendre ces choses-là, surtout quand tu as 18-19 ans, cela te fait te poser des questions, tu commences à douter de toi-même. J’ai perdu confiance. Cela a été dur mais je me suis dit qu’il y avait des gens qui parlaient sur moi, se réjouissent de mon échec et me mettent des bâtons dans les roues. Je me suis dit que ce n’était pas grave, qu’il fallait continuer, pour soi-même.

Mais aussi pour leur montrer que j’étais capable et que je n’étais pas n’importe qui. C’est un équilibre que j’ai trouvé. J’ai toujours adoré l’athlétisme, mon sport et ma discipline et je ne voulais pas arrêter tant que que j’avais ces papillons dans le ventre. Et je me suis dit qu’il ne fallait pas que je m’arrête tant que je n’avais pas réussi ce que je voulais faire. Une fois que j’aurais réussi et que je n’ai plus ces papillons et cette motivation, je pourrais arrêter. Cela m’a permis de continuer jusqu’à aujourd’hui.

C’est ce qui vous a permis de tenir ?

Cela m’a permis de tenir dans la galère. J’ai eu le soutien de ma famille, de mes amis proches, des gens qui m’ont accompagné.



Nawal Meniker : « On m’a arrêté les aides du jour au lendemain »

Vous parlez de ces papillons, mais qu’est ce qui vous a permis de tenir, d’aller à l’entrainement, de faire des compétitions même en sachant que vous étiez diminuée ?

On parle souvent de moi en oubliant la majorité des choses qui me sont arrivées. Cela a été des grosses galères. Il faut savoir qu’on m’a refusé les accès aux infrastructures du jour au lendemain (NDLR : à l’INSEP). J’ai dû me débrouiller pour trouver une solution pour m’entraîner. On m’a arrêté les aides du jour au lendemain. J’ai perdu tous mes contrats, on m’a tourné le dos, on m’a critiqué. Il y a énormément de choses. On oublie aussi que j’ai été énormément blessée. J’ai eu quatre fissures sur le tendon rotulien. J’ai dû me sortir de tout cela, avec mes propres moyens. Cela a été une galère à soigner, j’ai mis beaucoup d’argent dans le médical. Je ne regrette en rien d’avoir fait ça, mais on ne m’a pas du tout aidé. Et je remercie Laurence Bellaiche et Thibault Dracius. Mais aussi Patrice Gergès, l’ancien DTN, qui m’a beaucoup aidé.



Je trouve cela tellement dommage qu’on abandonne des athlètes qui ont du potentiel, parce qu’ils sont blessés ou qu’ils passent par des moments difficiles. La carrière d’un athlète n’est pas linéaire, il y a des hauts et des bas. Pour moi, on est censé aider les athlètes jusqu’au bout, tant que celui-ci montre une motivation. J’ai toujours été cela, toujours présente, à m’entraîner dehors à -4 degrés, sous la pluie, la neige, dans des parcs. C’était parfois n’importe quoi, mais je me suis toujours entraînée. À côté de cela, je suis tombée sur des gens très bien, comme Francis Toussaint, mais aussi Saint-Maur qui m’a ouvert sa piste d’athlétisme et la salle de sport de Paris à La Madeleine, qui m’a accueilli.

Nawal Meniker : « J’ai tout organisé, tout financé pour aller aux États-Unis »

Vous avez donc investi de votre argent. C’était un sacré pari.

Complètement. Comme je disais, j’ai toujours cru en moi et je me disais qu’il fallait faire les efforts maintenant. Je ne voulais pas avoir des regrets à 50 ans de ne pas avoir tenté tout ce que je pouvais. Au fond de moi, je savais que j’étais capable de faire de belles choses. Je ne pouvais pas m’arrêter là. Je n’ai d’aide de personne, je suis allée aux États-Unis de moi-même. Il y a juste mon nouveau club (NDLR : CA Montreuil 93) qui me soutient.

Racontez-nous ce projet d’aller vous entraîner en partie aux États-Unis.

Je suis avec Mickael Hanany aux États-Unis et Thierry Blancon en France. Les deux travaillent ensemble. Je suis les plans de Mike. C’est un projet que j’ai mis en place toute seule, j’avais besoin de changement et de renouveau. J’avais envie de vivre l’aventure américaine et j’ai une amie qui est partie avant moi et qui m’a dit : « Je pense que tu as besoin de renouveau Nawal ». J’y suis arrivée en février dernier et c’est une super expérience. Cela a un coût financier et c’est un gros changement.

J’en parle à mon coach en France qui me pousse à y aller en me disant que c’était le moment pour moi et que cela pouvait me faire du bien. Je sortais également d’une rupture amoureuse d’une longue relation. C’était le moment de partir. J’ai tout organisé, tout financé. Sincèrement, c’est la meilleure décision de ma vie. Je suis épanouie là-bas, avec des infrastructures de dingue, un coach qui est top, à l’écoute de ses athlètes, un groupe qui est super.

« On a tous le même projet dans le groupe »

On est tous plus ou moins dans le même projet et on se pousse. Cela m’a permis de changer. En France, il n’y a pas énormément de stages hauteur et ce sont souvent des stages en France. Combien de fois on m’a demandé de payer mes stages. Ce n’était pas possible, je n’allais pas payer pour aller en Normandie ou autre. On s’approche de Paris 2024, c’était le bon moment pour mettre les moyens à 100 % dans le projet.

J’ai dit à mon coach que je partais pour trois mois. Si ça marche tant mieux, si cela ne marche pas tant pis. Je suis repartie cet hiver et je repartirai après la saison hivernale. Quand je suis arrivée pour la première fois là-bas, je n’étais pas du tout entraînée, dans le flou complet. Je me suis vraiment remise à flot en février 2022, jusqu’au mois de mai.

Il y a cette bascule lors de la saison estivale 2022, avec ce saut à 1,85 m. Une délivrance pour vous ?

Totalement ! Je me suis tellement pris de claques, j’arrivais en compétition, je me faisais taper par des cadettes, voire des minimes, alors que j’étais l’espoir français et que tout le monde comptait sur moi. Enfin la délivrance, enfin la performance sort. La première fois que je le fais à Pierre-Bénite, je me suis dit : « Ça y est, tu renais de tes cendres ». Cela a été le déclic.

« Une carrière n’est pas linéaire »

Et quel a été le déclic qui vous a ramené vers les sommets ?

L’arrivée aux États-Unis a été l’élément déclencheur. La persévérance également qui m’a permis de revenir au plus haut niveau.

Est-ce que vous vous attendiez à sauter 1,91 m cet hiver ?

Pas dès ma première sortie (NDLR : Eaubonne le 22 janvier). Mais je savais que j’en étais capable. Cela a été un tourbillon et même moi je n’ai pas forcément compris.

On a beaucoup parlé de votre passé, mais vous venez tout juste d’avoir 25 ans, vous avez encore l’avenir devant vous.

C’est ça et c’est ce que je me suis toujours dit. Une carrière, surtout en saut en hauteur, cela peut durer. Regardez Ruth Beitia (NDLR : championne olympique en 2016 à 37 ans), elle a continué jusqu’à 38 ans. Cela me laisse du temps. Je ne suis pas à un âge où je suis censée être à une maturité physique et la plus performante possible. J’ai vécu pas mal de choses pour mon petit âge. Cela m’a permis de me forger aujourd’hui et pour plus tard.

Nawal Meniker : « Il y a beaucoup d’aspects psychologiques en hauteur »

Vous vous êtes fixée d’autres objectifs pour cette saison en salle ?

Je n’ai pas de barre en tête, car je veux aller le plus haut possible. Je veux aller au-delà de mes limites. Il y a beaucoup de psychologique en hauteur, la barre montre de trois centimètres, c’est absolument rien, mais psychologiquement, tu sais que cela monte plus haut. Et je n’ai pas été habituée à ces barres-là et il faut que je me réhabitue à tout cela. Au fond de moi, je sais que, quand la barre monte, j’ai tendance à changer ma technique, alors que je dois faire la même chose que sur mon saut précédent. Mais cela va venir. Je ne suis pas inquiète. En revanche, j’ai en tête les championnats d’Europe en salle (NDLR : du 2 au 5 mars à Istanbul). J’ai vraiment envie de les faire.

Tout est possible pour Paris 2024.

Vous avez évoqué les JO de Paris. 1,91 m c’est à la fois loin et pas loin de cet objectif.

Pour moi, tout est possible. Mais avec le ranking, cela peut changer la donne, cela rend les choses compliquées. Je ne sais pas comment cela va se passer. Je ne veux pas me prendre la tête et je veux me faire plaisir. Tant que j’avance dans le projet.

Le fait d’être redevenue meilleure française va vous donner accès aux gros meetings, dont les Diamond League françaises, qui rapportent beaucoup de points au ranking.

Ce sont effectivement des performances qui ouvrent des portes. Il faut savoir qu’avant que je rentre en France, énormément de meetings français m’ont mis sur liste d’attente. C’est pour cela que j’ai fait Eaubonne, car je n’avais pas de meetings. Cela a été une galère, je ne comprenais pas, j’avais fait 1,85 m l’été dernier et deuxième aux Élites. On m’a expliqué que je n’avais pas sauté de l’hiver et que l’été n’était pas trop valable. Heureusement qu’un meeting comme le Meeting de Nantes m’a accepté directement, ce qui est sympa. Bizarrement, après mes 1,91 m, j’ai eu des réponses positives, en me disant qu’une place s’était libérée.

Nawal Meniker aura rendez-vous avec le meeting de Metz, le 11 février prochain. Avant d’enchaîner lors des championnats de France Elite.

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