Nayah Cauvin : « 4,70 m sera le minimum pour intégrer l’équipe de France »
ATHLÉTISME – Entretien avec la perchiste Nayah Cauvin, 4e performeuse française U23 de tous les temps, avec une barre à 4,54 m.
Vice-championne de France Élite en salle et auteure d’un record personnel à 4,54 m cet hiver, Nayah Cauvin poursuit sa progression au plus haut niveau national. La perchiste normande revient sur son évolution, ses ambitions internationales, son rapport à la compétition et son objectif de rejoindre, à terme, l’équipe de France seniors.
Nayah Cauvin : « Je me sentais à l’aise sur des barres à 4,40 m »
Tu as franchi un gros cap depuis deux ans. Avec le recul, où situes-tu tes progrès ?
Nayah Cauvin : « Je ne saurais pas trop dire, si ce n’est que je pense que ma progression est linéaire, si on oublie 2023, année où je me fais les croisés. En soi, j’ai quand même 4,15 m en juniors. Je crois suivre l’évolution normale et j’ai peut-être progressé sur mon renversé. Je me mets plus dans la perche. Le changement de gamme de perche, avec une perche plus légère, m’a également bien aidée et m’aide à libérer ma course.
Franchir par deux fois plus de 4,50 m cet hiver était-il attendu de ta part ?
Ce n’est pas autant une surprise que le 4,36 m de l’été précédent. Je fais 4,40 m très tôt dans la saison, sur des barres sur lesquelles je me sentais plutôt à l’aise et où je sentais que j’avais encore un peu de marge. Mais le faire pour la première fois aux Championnats de France, c’est incroyable (4,54 m, NDLR).
C’est une compétition dans laquelle on joue la place avant la performance. Je me sentais à l’aise sur les barres d’avant et je savais que cela pouvait venir. Sur la saison estivale précédente, j’avais fait quelques sauts dans lesquels je sentais que j’avais de la marge sur les barres à 4,30 m. Je savais que j’en étais capable. Il fallait juste que je sois capable de répéter ces sauts-là.
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💥 Devant un public en fusion, la Normande Nayah Cauvin, vice-championne de France Elite en salle, a choisi un soir parfait pour établir son record personnel avec 4,40 m au Perch’Xtrem de Caen ! 🙌
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— STADION (@stadion_actu) January 31, 2026
Nayah Cauvin : « Il faut garder la notion de s’amuser, c’est ce qui nous fait sauter plus haut »
Tu évoques quelque chose d’intéressant avec ta performance aux Élites. Aux Europe Espoirs 2025, tu avais été toute proche de ton record. Travailles-tu l’aspect performance en championnat ?
Je crois que j’arrive à bien gérer les championnats. Pour le moment, je n’ai jamais fait de contre-performance en championnat. Au contraire, j’ai réussi à vraiment me surpasser et même à battre mes records. Je sais que ce n’est pas donné à tout le monde. J’arrive à bien gérer mon stress et à arriver dans de bonnes conditions.
En me disant que je suis capable d’aller chercher quelque chose et que c’est ce jour-là qu’il faut le faire. Je suis suivie par une préparatrice mentale depuis décembre. On travaille sur cet aspect, aborder les championnats comme une autre compétition, même si cela n’a jamais été compliqué pour moi. Il faut garder la notion de s’amuser. C’est cela qui nous pousse à sauter plus haut.
Qu’est-ce qui te rend la plus fière ? Le saut à 4,54 m ou avoir été capable d’enchaîner directement à 4,51 m ?
Je pense que cela reste le 4,54 m, car il a été fait aux Élites. Cela montre qu’en championnat, je sais être présente. Cela ne me fait pas peur. Confirmer à Rouen, c’est vraiment super. Ce sont vraiment deux concours dans lesquels je me sentais bien. Tout au long de la saison, j’ai été de plus en plus à l’aise. C’était de plus en plus fluide. Avoir fait 4,54 m aux Élites, c’était vraiment incroyable.
Nayah Cauvin : « L’objectif ultime est d’évoluer aux côtés des internationales »
Plus de 4,50 m, c’est une autre dimension. Est-ce que cela te fait te projeter vers les championnats d’Europe cet été ?
C’est forcément dans un coin de ma tête, l’objectif ultime est d’évoluer aux côtés des internationales. C’est l’objectif de faire des sélections en seniors, ce qui n’est pas la même chose qu’en jeunes. Je sais que cela va être compliqué, car j’aime un peu moins l’été que l’hiver. C’est l’objectif ultime, mais il faudrait faire 4,60 m, voire 4,70 m. C’est encore un gros palier à franchir.
Tu n’es pas la première à évoquer la différence entre été et hiver. L’été, il y a le vent. À quel point peut-il vous perturber ?
La perche est une discipline sans trop de droit à l’erreur. Tu as un peu de décalage sur tes marques de passage, tu sais que le saut sera moins abouti et cela peut tout changer. Le vent est compliqué à gérer, car il bouge constamment nos marques et nos impulsions.
On peut être en retard dans le renversé. Il y a tellement de paramètres et il suffit que l’un d’entre eux change pour tout modifier. Pour le coup, j’ai un peu de mal à gérer cela. Mais j’ai toujours fait de meilleures performances l’hiver que l’été. On verra ce que cela donne cette année. Voir si j’arrive à enlever cette malédiction.
Nayah Cauvin : « J’ai longtemps eu l’impression d’avoir laissé passer ma chance »
Cela dit, l’an passé, tu as su montrer l’inverse.
Oui, j’ai toujours été proche de mon record en soi, mais sans réussir à le dépasser. Tu évoques Bergen, là-bas, c’était un concours compliqué (5e du concours, avec 4,30 m, NDLR). J’ai réussi à faire 4,30 m, mais ce n’étaient pas des sauts fluides.
Je ne me sentais pas très à l’aise et je fais 4,30 m sans doute avec l’émulation du championnat. Possiblement au 3e essai, je ne m’en rappelle plus (rires). Je me rappelle que c’était stressant jusqu’au bout et que je ne me sentais pas à l’aise dans ma course et dans mes sauts.
C’était ton premier grand championnat en Bleue, ta première vraie expérience. Il faut peut-être passer par là pour la suite.
Oui, complètement. J’ai longtemps eu l’impression d’avoir laissé passer ma chance. En cadettes, il y a le Covid, les championnats ont été annulés. En juniors, je fais les minima dès l’hiver, mais en avril, au stage national, je me fais les croisés. C’était mort pour les Europe U20. Enfin, en U23, j’ai été sélectionnée et tout s’est bien passé. C’est bien d’avoir fait une sélection chez les jeunes pour se préparer. Quand j’arriverai en seniors, j’aurai déjà ce vécu en sélection et je serai peut-être plus à l’aise sur les sélections futures.
Nayah Cauvin : « Chacun a sa technique, chacun s’adapte avec ses capacités »
La perche, c’est une discipline que tu as faite dès tes débuts en athlétisme. Une évidence ?
Pas du tout. Je ne connaissais même pas ce sport. J’ai commencé l’athlé car j’en ai fait en 6e, avec l’UNSS. C’était sympa et j’avais des qualités, de ce que disaient les entraîneurs. J’ai vraiment commencé l’athlétisme en 5e. Sur un stage club, j’ai pu tester la perche, en testant toutes les disciplines. Mon coach, qui est toujours mon coach actuel, m’a dit que ce n’était pas trop mal et que je pouvais venir sur des séances spécifiques (Franck Clotet, NDLR).
D’autres filles faisaient déjà de la perche et j’ai commencé un peu par hasard. Cela m’a plu, cela a bien marché et je n’ai jamais arrêté. Mais je ne connaissais pas trop l’athlétisme. Je ne regardais pas spécialement, mes parents ne sont pas dans l’athlétisme et personne de ma famille ne l’était. C’est vraiment un coup de hasard.
Qu’est-ce qui te plaît le plus dans la discipline ?
Il y a beaucoup de paramètres et cela rend la discipline super intéressante. Chacun a sa technique, chacun s’adapte avec ses capacités. On a toutes un saut un peu différent. Comme il y a plein de paramètres, on peut jouer sur beaucoup de choses pour progresser. On peut progresser sur le renversé, sur la course, sur le type de perche que l’on prend. J’aime bien le fait qu’il y ait tout cela et ces manières différentes de progresser.
C’est très technique, je faisais de la gym avant et il y a cette sensation de voltige quand on est en l’air, dans le renversé. Je pense que la gym aide pour les repères dans l’espace, se renverser et avoir la tête en bas. Des choses qui ne sont pas évidentes pour tout le monde. Il y a des perchistes qui font de la gymnastique en plus des entraînements à la perche.
Nayah Cauvin : « 4,70 m, cela va être le minimum pour faire une sélection »
Le niveau de la perche a considérablement grimpé chez les femmes en France. Est-ce que cette densité est une motivation pour toi ?
Complètement. On ne peut pas se contenter d’un 4,30 m si on veut être dans les meilleures Françaises. Je regarde surtout le niveau international, qui monte aussi. On voit les minima pour les Mondiaux de Pékin, qui sont énormes. Cela peut paraître aberrant, mais cela ne l’est pas tant que cela au vu du niveau actuel. Cela montre que les gens progressent et cela me pousse à aller chercher plus haut. Ne pas me limiter à un 4,50 m. En France, on voit une Bérénice Petit qui saute 4,60 m avec une grosse marge. 4,70 m va être le minimum à faire pour faire une sélection.
Même au niveau local, il y a du monde. Louise Boulent dans ton club, Élise Russis à Rouen. Toutes sont très jeunes.
Je m’entraîne avec Louise à Mondeville et avec Élise à Rouen. C’est super cool d’être avec des filles qui ont fait des sélections. On peut partager cette expérience. Ce qui est super, c’est qu’on s’entend toutes bien et il n’y a pas d’esprit de compétition mal placé. C’est cool aussi à l’entraînement, on place l’élastique au même endroit, on se donne des conseils. Dans notre région, on a de belles filles. Il y a aussi Isild qui arrive (Isild Drouet, recordwoman de France U18 de la perche, avec 4,35 m, NDLR).
Nayah Cauvin : « Le record de France montre que tu as le niveau international »
On a pu lire dans Ouest-France que ton entraîneur disait que tu étais focus sur les JO 2028. T’es-tu fixé des objectifs intermédiaires ?
On s’est dit que, pour aller aux JO, il fallait faire 4,70 m. En 2026, l’objectif était de faire 4,50 m, chose que j’ai déjà faite. Une bonne chose. Maintenant, j’aimerais être régulière à cette barre. Pour 2027, ce serait d’aller chercher les 4,60 m ou 4,65 m. Être régulière à 4,70 m en 2028 et être prête pour les JO. Pour la sélection, il y a les championnats d’Europe cet été, même si le niveau monte progressivement. Cela reste l’objectif. J’aimerais également me qualifier aux championnats d’Europe en salle 2027, puis aux Mondiaux 2027. Toutes les sélections sont bonnes à prendre. 2026 est ma dernière année chez les jeunes.
Une dernière année sans championnats chez les jeunes…
Il y a les Jeux Méditerranéens en septembre. Mais c’est tard dans la saison. Cela reste une sélection malgré tout.
À Rouen, quand tu passes 4,51 m, tu fais de gros sauts à 4,62 m. Est-ce que le record de France U23 est dans un coin de ta tête ?
Complètement ! J’avoue que cet hiver, quand je tente la barre aux Élites, je ne savais même pas que je m’attaquais au record de France U23. Je ne pensais qu’à la barre suivante et au fait que Bérénice allait probablement passer 4,62 m et que MJ était aussi là. En revanche, je le savais en tentant la barre à Rouen et j’aurais aimé terminer la saison sur cette barre. Cela aurait été cool. Il me reste cet été pour le faire. Ce serait les minima pour les championnats d’Europe et avoir ce record de France.
C’est stylé d’avoir un record de France. Marion Fiack a été dans de grands championnats, cela montre que ce record est synonyme de niveau international. Après, si je le bats, il pourrait bien être rebattu très rapidement derrière (rires). On ne va pas se mentir, des filles comme Isild ont un sacré niveau.


