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Championnats du monde de cyclisme sur piste 2021

Nicolas André (FFC) : « La France a une capacité d’organisation très importante »

Tanguy Le Jeune

Publié le

Nicolas André (FFC) : "La France a une capacité d'organisation très importante"
Photo Patrick Pichon / FFC

Championnats du monde de cyclisme sur piste 2021 – Dimanche dernier s’achevaient les championnats du monde de cyclisme sur piste 2021. Après quasiment deux mois d’intense travail pour l’organisation de ces Mondiaux 2021 à Roubaix, Nicolas André (Directeur des activités sportives de la Fédération Française de Cyclisme) a accepté de répondre à nos questions, ce dimanche, dans les travées du Stab Vélodrome de Roubaix. 

Bonjour Nicolas André. Pouvez-vous nous raconter comment se sont déroulées ces dernières semaines pour vous et la Fédération Française de Cyclisme (FFC) depuis la nomination de Roubaix comme ville hôte de ces championnats du monde de cyclisme sur piste 2021 ?

Nous avons appris cette nouvelle juste avant le 15 août, une décision entre le président de l’Union Cycliste Internationale (UCI), David Lappartient, et le président de la FFC, Michel Callot, suite à la défection du Turkménistan. Nous allions donc devoir organiser les championnats du monde en France sur le Stab Vélodrome de Roubaix en un temps record. C’est à partir de ce moment-là que la course contre-la-montre s’est lancée.

En premier lieu, il a fallu apprendre la nouvelle aux institutions, aux Ministres, pour qu’ils ne l’apprennent pas par voie de presse et qu’ils ne se retrouvent pas devant le fait accompli. Il a donc fallu coordonner tout cela avant l’annonce médiatique puisque nous avions besoin outre un soutien financier – sans lequel nous n’aurions pu organiser cet événement – d’un soutien appuyé sur le plan sanitaire, pour que la compétition soit déclarée sous le motif impérieux pour ainsi éviter aux nations de subir des quarantaines à leur arrivée sur le sol français.

Les fondements de l’organisation de ces championnats étaient de trouver un accord avec l’UCI sur la répartition des risques financiers, trouver des accords de subventionnement auprès des collectivités et de l’État. Au regard du délai pour livrer cette compétition, la FFC a fait appel, de manière inédite, à un sous-traitant attitré que l’on avait défini et rencontré à l’avance pour tous les événements qui arrivent sur l’Olympiade.

Quel a été le budget global attitré pour l’organisation de ces championnats du monde ?

Pour cet événement, nous sommes à un million d’euros, soit 40% de moins que la somme qui sera allouée pour le championnat du monde de cyclisme sur piste 2022 à St-Quentin-en-Yvelines (78), sur le vélodrome national. Les droits UCI ont été coordonnés et réduits suite à ce sauvetage, entre guillemets, des championnats du monde pour qu’ils se déroulent dans de bonnes conditions sur le sol français.

Quels moyens humains ont été mobilisés pour l’organisation de cet évènement ?

Grâce au sous-traitant que j’ai évoqué précédemment, nous avons pu limiter le coût humain de cette opération. Nous avons une coordinatrice piste en la personne d’Aude Lefort, une assistante multidisciplinaire en la personne de Laetitia Monzo, un logisticien Loïc Pesche et moi-même qui suis Directeur des évènements de la fédération, toutes disciplines confondues. Physiquement, à la fédération, ce sont uniquement ces quatre personnes qui ont travaillé sur le déploiement de ces championnats du monde. Nous avons pu gérer le reste via la sous-traitance de l’agence Spartner.

Quels ont été, selon-vous, les plus grands défis auxquels vous avez dû faire face lors de l’organisation de ces championnats du monde ?

Le plus grand défi et pour tous les organisateurs d’événements sportifs depuis 2 ans, c’est l’aspect sanitaire qui a pris pratiquement 50% du temps. Le protocole sanitaire imposé par l’Etat se substitue au protocole sanitaire de l’UCI. Il a fallu gérer et coordonner le bon sens sanitaire, les requis imposés par l’Etat et le bon sens économique puisque les protocoles sanitaires coûtent de l’argent. Nous avons déployé un laboratoire de tests Covid avec lequel nous aurons effectué près de 3000 tests de dépistage sur le site et dans les hôtels cette semaine. À ce jour (Dimanche ; ndlr), aucun test PCR positif signalé, ce qui est plus que remarquable. C’est ce qui nous a pris le plus d’énergie au final. Il a fallu rédiger un protocole sanitaire long de 30 pages, qu’il a fallu tenir sur place de manière opérationnelle, ce qui est toujours le plus compliqué.

Un autre défi majeur qui s’est imposé à nous en cours de route. Nous avons effectué une première visite du site début septembre. C’est seulement 15 jours plus tard, lors d’une deuxième visite sur la piste le mercredi 21 septembre où l’UCI était présente, que cette dernière a estimé que la piste n’était pas apte à recevoir un championnat du monde. Cela faisait environ 9 ans (depuis la construction du STAB) que la piste n’avait pas été poncée. L’hydrométrie étant trop faible dans le vélodrome, le bois travaille beaucoup à cause de cette sécheresse. À cause de cela, la piste était pleine d’échardes râpeuses.

Il a donc fallu réagir assez rapidement auprès de la Région, propriétaire de cet équipement, mais aussi pour trouver une entreprise experte apte à le faire dans un délai de 7 jours et dans un tarif acceptable. Nous avons finalisé la rénovation de la piste seulement 10 jours avant le début de la compétition.

Nous avons pu remarquer une belle mobilisation des bénévoles cette semaine dans l’enceinte du Vélodrome, cela doit aussi être une satisfaction pour vous ?

Oui bien sûr, c’était la première fois que la FFC faisait appel à une plateforme en ligne appelée qo.ezion qui est aussi en lien avec d’autres plateformes. Au total, nous avons eu 249 candidatures, nous en avons retenues 170 sur les gens les plus disponibles sur la durée pour éviter de devoir réattribuer des tâches en pleine semaine. Pour cet événement, je souhaitais vraiment quelque chose d’intergénérationnel, ce qui est le plus dur à faire aujourd’hui dans le bénévolat. Généralement, ce sont surtout des tranches d’âges de retraités, qui ont du temps à donner et ce qui est riche selon moi, ce sont les échanges intergénérationnels. Nous avons donc fait le choix de prendre des bénévoles à partir de 16 ans pour permettre aux jeunes d’échanger avec les plus âgés et de permettre de partager leurs expériences.

Décrocher 170 bénévoles, en si peu de temps, c’est une très grande satisfaction. Nous avons dédié très peu de postes à des acteurs d’expérience. Seule une dizaine de postes ont été fléchés au centre piste, le reste était ouvert aux velléités des bénévoles engagés. Je crois qu’à l’avenir, nous renouvellerons ces appels sur plateforme. Nous allons essayer de noter les bénévoles pour que ces notes entrent dans la cotation pour les volontaires Génération Paris 2024. Pour moi, c’est très important que les volontaires des JO de Paris 2024 (environ 10 000 au total) ne soient pas des volontaires d’un jour, mais de récompenser les volontaires acteurs quotidiens des fédérations sportives pour les récompenser, mais aussi les engager sur la durée.

Quel bilan tirez-vous de cette semaine sur le plan de l’organisation ?

Le bilan, c’est que la France a une capacité d’organisation très importante. Un championnat du monde se programme habituellement entre 16 et 24 mois à l’avance pour lever des fonds et des bénévoles, mais aussi lever des prestataires à des coûts raisonnés. En seulement 7 semaines, c’est un gros défi que nous avons relevé. Cela montre bel et bien que la France a une puissance organisationnelle très forte, même si on le savait déjà. Nous avons réussi à le faire avec beaucoup de sérénité puisqu’il n’y a pas eu de grosses tensions dans l’organisation de l’évènement, c’est une grosse satisfaction. L’UCI nous faisait déjà confiance, mais je pense que cet évènement jouera en notre faveur à l’avenir pour les évènements mondiaux futurs.

Le calendrier 2022 sera très chargé puisque nous accueillerons trois championnats du monde en France. Il y aura le BMX à Nantes fin Juillet, le VTT aux Gets avec la descente et le cross-country fin août, et donc du 2 au 16 octobre le retour de la piste à St-Quentin-en-Yvelines (78) sur le site olympique. Nous avons également de grandes ambitions comme être acteurs des Jeux Olympiques et Paralympiques sur les 5 disciplines olympiques du cyclisme, ce qui va énormément peser sur les décisions auprès de Paris 2024, puisque l’UCI et les autres fédérations parleront de cet évènement.

Même après les Jeux, nous aurons pour objectif de conserver cette pente ascendante derrière pour conserver un héritage avec de l’empreinte humaine et matérielle et de l’expérience. Après Paris 2024, nous avons pour objectif d’accueillir de nouveau les championnats du Monde de cyclisme sur route, d’ici 2027-2028, ce qui n’a plus été le cas sur le sol français depuis 2000 à Plouay.

Malgré la taille restreinte du Stab Vélodrome de Roubaix comparé au vélodrome de St-Quentin-en-Yvelines, la salle s’est avérée plutôt vide en début de semaine avant de se remplir petit à petit ces derniers jours. Êtes-vous satisfait de l’ambiance présente au Stab Vélodrome cette semaine ?

Le Stab Vélodrome possède environ 1200 places assises en enlevant les emplacements caméras et journalistes, contre 5000 au vélodrome National de St-Quentin-en-Yvelines. Mon seul regret est que nous avons mis des tarifs un peu trop élevés. Nous nous sommes dit que, avec le peu de places disponibles dans l’enceinte, la salle allait se remplir rapidement. J’étais un peu contre ça au début, puisque le monde du cyclisme aurait pu nous le reprocher. C’est pour cela que nous avons mis en place un tarif licenciés largement inférieur pour compenser ce tarif élevé. Mais je pense cependant que nous aurions pu descendre un petit peu et remplir un peu plus mercredi, jeudi et vendredi pour donner l’accès à ce grand évènement sportif à un plus grand nombre de personnes au lieu de vouloir sécuriser les recettes, certes sur un budget global de l’évènement tendu.

Nous aurions pu également faire deux années de suite au vélodrome national, sauf que les collectivités ne nous auraient probablement pas accordé le même niveau de subventions pour l’évènement. Par ailleurs, le vélodrome est sous arrêté préfectoral, utilisé comme vaccinodrome en centre piste, et ce jusqu’à fin novembre. Nous n’aurions pas pu déclencher un arrêt de cet arrêté pendant 15 jours, c’était impossible. Notre choix s’est donc posé sur Roubaix puisque cette enceinte n’avait pas encore reçu de grande compétition sportive internationale, et c’est aussi important que la fédération répartisse géographiquement ses évènements sur le territoire pour que ce ne soit pas seulement Paris qui rayonne.

Sur la piste, nous avons vu de très belles performances françaises chez les hommes comme chez les femmes. Que retenez-vous de ces Mondiaux sur le plan sportif, notamment en tant qu’ancien cycliste et fan de vélo ?

Côté Français, il faut un peu exorciser l’échec de Tokyo. Cette semaine, nous avons vu des médailles, des titres de champions du monde. On a vu notamment une belle médaille avec Marie Le Net et Clara Copponi qui permet d’évacuer la déception des Jeux Olympiques et ainsi de repartir tout de suite sur de bonnes bases pour Paris 2024. Psychologiquement, c’est très important de se dire que l’on est performants et présents sur la scène internationale. En discutant avec les staffs, c’est le gros point positif de la semaine, d’avoir tout de suite eu l’opportunité d’inverser la tendance et de l’avoir saisie. Physiquement, nous savions qu’ils allaient être présents, qu’ils allaient être performants, ils le sont toute l’année.

Le cyclisme sur piste français voit arriver une nouvelle génération de jeunes coureurs brillants. Selon-vous, sommes-nous à l’aube d’une ère prospère pour le cyclisme sur piste français ?

On se dit souvent que la transition d’une génération à une autre est difficile, on se dit que ça y est, on a mangé notre pain noir. Mais je crois qu’il faut faire confiance aux jeunes et forcément, lorsque l’on a une génération en or, ils font briller les yeux des plus jeunes, ils inspirent et créent des vocations, et je pense qu’il ne faut pas être inquiet à partir de là. Nous avons de très bons entraîneurs qui font la transition et peuvent alors transmettre leur expérience aux plus jeunes qui arrivent. Je pense que le choix du président de conserver son DTN a été une décision très importante en ce sens.


Journaliste/rédacteur depuis novembre 2020 - Lionel Messi, Kobe Bryant, Lewis Hamilton. Quel rapport entre ces trois légendes ? Aucun, hormis leur statut de légende. Mais, pour moi, ces stars ont quelque chose en commun. Ce sont mes idoles, mes exemples et les grands créateurs de ma passion pour le sport. Malgré mon cruel manque de talent pour pratiquer le sport au haut niveau, mon amour et ma passion me poussent, chaque jour, à vous partager l’actualité au travers de ce que je sais probablement faire le mieux : écrire.

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