Nicolas Prodhomme, l’exemple qu’il n’est jamais trop tard pour briller
CYCLISME SUR ROUTE – Auteur d’une saison 2025 remarquable, Nicolas Prodhomme (Decathlon-AG2R La Mondiale) s’est révélé à 28 ans et montre qu’on peut encore exploser à la face du cyclisme même sur le tard.
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Tout vient à point à qui sait attendre. Un dicton longtemps vrai en cyclisme — sport qui exigeait une certaine maturité — mais qui l’est de moins en moins dans une ère où tout va plus vite. Alors que les discussions tournent autour des jeunes cracks comme son coéquipier Paul Seixas ou encore Albert Philipsen (Lidl-Trek), tous deux auteurs d’une grosse première saison alors qu’ils viennent à peine de fêter leurs 19 ans, d’autres coureurs montrent qu’il est encore possible de performer sur le tard. Nicolas Prodhomme (Decathlon-AG2R La Mondiale) en est l’illustration parfaite. Le grimpeur français sort d’une saison 2025 exceptionnelle, alors qu’il a fêté ses 28 ans au mois de février dernier.
Six victoires en 2025, les six premières de sa carrière
Avant la saison 2025, Nicolas Prodhomme était déjà reconnu comme un bon coureur. Un excellent grimpeur, mais souvent cantonné à un rôle de coéquipier de luxe. Il avait été l’un des éléments moteurs de la victoire de Ben O’Connor lors de l’UAE Tour 2024. Parfois présent dans des échappées, il n’avait jamais pu conclure par une victoire. À chaque fois, il manquait un petit quelque chose. Trois top 10 en 2024, six en 2023… La victoire se refusait à lui.
Tout a basculé en 2025. Sur ce qui est presque une offrande de Paul Seixas. Tous deux échappés lors de la dernière étape du Tour des Alpes 2025, le jeune tricolore a offert la victoire à son aîné (ou c’était une décision d’équipe). Ce dernier, qui avait beaucoup travaillé pour le collectif tout au long de la semaine, a été récompensé. À l’époque, de nombreux débats ont entouré cette victoire. On pensait même que c’était l’occasion pour le coureur de 28 ans de lever les bras une fois — et peut-être la seule. D’où le choix de sacrifier la potentielle première victoire pro de Seixas (qui n’a finalement pas levé les bras en 2025, malgré une saison monumentale).

Nicolas Prodhomme en pleine lumière à Luz-Ardiden
Finalement, cette victoire a servi de déclic pour le grimpeur français, qui a signé une fin de printemps exceptionnelle. Il a enchaîné avec une victoire sur le Tour d’Italie : en échappée, il a remporté la 19ᵉ étape vers Champoluc. En faisant exploser de sa roue Carlos Verona, Antonio Tiberi et Igor Arrieta, s’il vous plaît. Plus que cette victoire, il a ajouté deux top 5 et terminé 15ᵉ du classement général. Fin juin, il enchaîne avec une victoire à Luz-Ardiden lors de la Route d’Occitanie, dont il remporte le général. Ce jour-là, il creuse de gros écarts (Davide Piganzoli, 2ᵉ, est repoussé à 1:53). Lors de sa reprise en août, il ajoute une victoire (et une deuxième place au général) sur le Tour de l’Ain, avant de remporter la Polynormande et de prouver qu’il est aussi performant sur les parcours vallonnés.
Quelles perspectives en 2026 ?
Fort de ces victoires, Nicolas Prodhomme pointe à la 70ᵉ place du classement UCI 2025 avec 1 108 points. Devant des coureurs comme Santiago Buitrago, Enric Mas ou encore Ben O’Connor, son ancien leader. Cela en fait le troisième meilleur scoreur de son équipe, derrière Felix Gall (22ᵉ avec 2 216,43 points) et Paul Seixas (67ᵉ avec 1 128,33 points). Malgré le gros recrutement, Nicolas Prodhomme pourrait encore jouer un rôle central dans le projet de l’équipe, qui deviendra Decathlon CMA CGM. Il aura sans doute des opportunités de leadership, dans une formation qui ne comptera pas trente grimpeurs.

Que ce soit sur des courses comme la Route d’Occitanie, mais aussi sur des courses World Tour d’une semaine, certaines peuvent lui convenir. Avec ses progrès, il peut viser des top 10 au classement général et/ou jouer la victoire d’étapes. Notamment sur les épreuves sans contre-la-montre individuel, son point faible. À l’heure où nous écrivons ces lignes, son programme 2026 n’est pas encore connu. Il pourrait très bien faire partie de la garde rapprochée d’un Paul Seixas, qui pourrait découvrir le Tour de France dès 2026, dans une perspective de briller comme en fin de saison 2025.
Une émergence tardive, un phénomène désormais rare
Tadej Pogacar a remporté le Tour de France à même pas 21 ans en 2020, Remco Evenepoel a gagné la Clasica San Sebastian en 2019 à 19 ans, Isaac Del Toro a failli remporter le Giro à 21 ans, Juan Ayuso est monté sur le podium de la Vuelta quelques jours avant ses 20 ans. On peut aussi citer Paul Magnier (21 ans) ou encore Arnaud De Lie (23 ans). L’ère est à l’émergence de cracks qui figurent déjà parmi les meilleurs mondiaux avant leurs 22 ans. On est loin des années 2000, où voir Andy Schleck terminer 2ᵉ du Giro 2007 à 21 ans était perçu comme exceptionnel. Aujourd’hui, on parlerait presque d’éclosion tardive.
Peter Sagan avait explosé en World Tour en 2010, à tout juste 20 ans. À l’inverse, la professionnalisation précoce du cyclisme (dès les rangs juniors) rend de plus en plus rares les cas comme celui de Nicolas Prodhomme, encore plus dans un contexte de disparition d’équipes. Les coureurs doivent être performants de plus en plus tôt, sous peine de retomber dans les rangs amateurs.

À l’inverse, AG2R La Mondiale (puis Decathlon) a laissé le temps au grimpeur français, passé pro en 2018, de progresser petit à petit. La formation tricolore est récompensée d’avoir pris son temps. Comme la formation Jayco AlUla a eu raison d’être la première équipe World Tour à faire confiance au Britannique Paul Double (29 ans), qui a remporté ses cinq premiers succès pros cette année. Ce type de contre-exemple risque néanmoins d’être de plus en plus rare dans le cyclisme moderne. Et c’est bien dommage, car les équipes risquent de passer à côté de grands talents plus tardifs. Car la précocité n’est pas donnée à tout le monde… et tous les jeunes cracks ne seront pas forcément performants à l’approche de la trentaine.


