Oier Lazkano, le baroudeur des temps modernes
CYCLISME – Oier Lazkano (Movistar) a remporté la Clasica Jaen en solitaire. Confirmant des qualités exceptionnelles de baroudeur. Qui se perdent dans le cyclisme actuel.
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L’erreur du peloton à la Clasica Jaen
Ce lundi, sur la Clasica Jaen, le peloton a commis une bien belle erreur. Celle de laisser plus de cinq minutes à l’échappée. Non pas que le nombre de coureurs devant était incroyable. Cinq hommes, cela peut se contrôler dans une configuration normale. Mais sur la classique andalouse, on était bien loin d’une configuration classique. Tout d’abord, le peloton était assez maigrichon, avec moins de 100 coureurs au départ.
Donc moins d’équipes et d’équipiers à l’avant pour contrôler et rouler pour réduire l’écart. Surtout devant, un homme, un sacré client, a pris la poudre d’escampette ; Oier Lazkano (Movistar), qui n’en demandait pas tant. Certains observateurs attentifs se sont rapidement étonnés du crédit donné au champion de la Movistar. Et qui a mené à son terme son exploit, même si ce fut dur sur la fin. Bien accompagné, il faut le dire, par un très solide Nicolas Prodhomme (Decathlon AG2R La Mondiale), finalement 5ᵉ de la course. Le champion d’Espagne, âgé de 24 ans, n’est pas n’importe qui. Il s’est déjà signalé en 2023 par des raids victorieux presque impensables dans le cyclisme moderne, hors champions comme Tadej Pogacar ou Remco Evenepoel.
Laisser 4min40 à Lazkano 🇪🇸 c’est dangereux #ClasicaJaen
— Vélofuté (@VeloFute) February 12, 2024
Oier Lazkano, révélé en 2023
Vainqueur de quatre courses en 2023, Oier Lazkano s’est révélé aux yeux du grand public, et notamment des suiveurs français, au mois de mai dernier. En remportant la première étape des Boucles de la Mayenne. Parti loin de l’arrivée, il a fait exploser la course, résistant ensuite aux équipes de sprinteurs pour finir le travail en solitaire. Quarante-et-une secondes devant le peloton. Un avantage qu’il a capitalisé pour remporter le classement général.
Mais l’Espagnol s’était déjà signalé deux mois plus tôt. Sur le très difficile À Travers la Flandre. Échappée matinale, il a été repris par les favoris. Cela ne l’a pas empêché de se montrer très remuant pour terminer 2e, derrière Christophe Laporte (Jumbo-Visma). Un podium en World Tour et des révélations de ses qualités. Il gagnera les championnats d’Espagne, mais aussi une étape du Tour de Burgos, cette fois-ci à la pédale.
Une résistance fantastique
Oier Lazkano fait partie de ces coureurs qui savent sentir les coups. Et qui, une fois dedans, ont des capacités physiques pour mener de grands raids. L’Espagnol n’est pas mauvais grimpeur, possède de la puissance qui lui permet de résister sur les pavés et dans les chemins. Et un supplément d’âme, quand il faut remettre une dent pour résister à un peloton lancé à sa chasse. Des qualités qui rappellent un certain Jacky Durand. Auteur d’un des raids les plus irréels de l’histoire du cyclisme, en allant remporter le Tour des Flandres 1992, en étant dans l’échappée matinale et après de nombreux kilomètres à l’avant.
🇪🇸 @ClasicaJaen@LazkanoOier torturando a sus compañeros de fuga en el primero de los cuatro ‘caminos de olivos’ 🐎#RodamosJuntos pic.twitter.com/ZyqGo2twSp
— Movistar Team (@Movistar_Team) February 12, 2024
Pour rester dans le comparatif avec les Français, on peut aussi citer Christophe Agnolutto, vainqueur du Tour de Suisse 1997 et d’une étape du Tour de France 2000, après d’invraisemblables raids en solitaire. On peut aussi ressortir de solides et polyvalents coureurs comme Jens Voigt, qui était capable de briller sur tous les terrains, de la montagne aux profils vallonnés et jamais aussi fort que quand la course est très usante. En bref, le peloton est désormais bien prévenu. Il ne faudra pas laisser trop de crédit à Oier Lazkano dans des grandes courses. Au risque de ne revoir le dossard de l’Espagnol, qu’après la ligne d’arrivée.


