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Tir à l'arc

Pierre-Julien Deloche : « Le sport français se retrouve dans une situation d’urgence »

Nico

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Un an après notre dernier entretien, c’est avec plaisir que nous échangeons à nouveau avec Pierre-Julien Deloche : sa saison, le tir à l’arc en France ou encore Paris 2024, on aborde tous les sujets sans aucune retenue. 

Pierre-Julien, comment vas-tu ?

C’est un peu chaud encore, je suis toujours très pris par ma vie privée, à régler des affaires qui concernaient ceux qui ont quitté ce monde. C’est très dur de lier la vie telle que tu entends vouloir la vivre, et la vie procédurière d’une famille brisée qui doit faire face et tenir les chocs. Mon corps est comme compressé en permanence, broyé par les effets d’un stress qui ne me quitte plus. Heureusement, j’ai un mental qui m’aide à voir la suite meilleure, en tout cas sereine et dédiée à ce que je veux créer dans le sport et dans l’industrie.

Quel bilan global fais-tu de ta saison ?

Dans ce contexte chaud bouillant, je ne peux qu’être fier de ce que j’ai accompli, battre des records, sortir en quart de finale de Coupe du monde avec le second meilleur score du terrain, atteindre le carré final d’un championnat d’Europe, faire partie de l’équipe de France pour chaque voyage, et pour la grande finale de la Coupe du monde, une saison archi-complète. Le bilan ne peut qu’être positif, malgré***…

Voilà, je suis fier, simplement, je me suis bien battu et c’est une saison très psychologique que je viens de terminer. Je mesure peu à peu quelle est la force de l’esprit pour la réussite d’un parcours, je trouve cela passionnant et j’en veux encore pour connaître les effets positifs qu’aura cette saison sur les prochaines.

Tu as battu ton record de France avec 714 points. C’est un très grand moment ?

Alors là, je ne suis pas peu fier ! Un très grand moment, du beau tir à l’arc comme j’adore. C’était un sacré pari. Deux semaines avant cette compétition, je changeais un paramètre de mon arc, l’allonge, mais pas en millimètres, en centimètres ! J’ai eu envie d’amplitude, parce que ma tronche me le dictait, j’ai suivi mon instinct sans écouter quiconque autour de moi, le genre vraiment têtu. Ce jour-là, il y avait un poil de vent en cible, il fallait rester très concentré pour anticiper la déviation des trajectoires de flèches. Et comme dans chaque compétition nationale, ça se tire la bourre.

Bref, je suis parti comme une balle et je suis resté dans mon truc jusqu’au bout. Je faisais mon décompte de points perdus jusqu’à la flèche joker qui tapait dans le 9, c’est-à-dire la limite à ne pas dépasser pour espérer battre le record, mon record vieux de six ans. A douze flèches de la fin, je prenais mon joker. Si j’étais plutôt loquace avant ces deux dernières volées de six flèches, je ne l’étais plus du tout pour la fin. Je devais faire le plein, taper le parfait. Je l’ai fait et cela m’a coûté une énergie phénoménale que j’ai adoré dépenser.

Le champion n’est jamais très loin, mais cette fois, il est carrément sorti du plumard pour aller battre ce record. Un grand moment oui, je me suis éclaté, la tâche noire formée par mes flèches en cible correspond vraiment à ce que je cherche dans le tir à l’arc : de la beauté, de la précision, du plaisir. C’est une belle récompense, et un beau pari, réussi !

Vice-champion d’Europe par équipes, 4ème en individuel, es-tu satisfait de ces résultats ?

Oui, je ne crache pas dans la soupe, combien d’archers auraient aimé être à ces places ? Je ne peux pas dire que ce n’est pas bien. C’est bien ! En fin de saison, dans les conditions que nous avons rencontrées en Pologne, du froid et de la pluie, alors qu’en France nous avions plus de 30°C et du soleil en permanence, on a beau dire, il fallait s’adapter. Nous avons réussi à aller glaner cette médaille d’argent par équipes alors que nous étions susceptibles de perdre notre flèche de barrage dès le premier tour. Ce n’était pas facile, ni d’arriver à se hisser en finale, ni de la perdre, c’est évident. Nous sommes à l’heure d’un changement dans l’organisation de notre équipe, il faut du temps pour organiser une pérennité dans le haut niveau.

Tu as aussi participé à la finale de Coupe du monde en fin d’année, avec une défaite face aux Coréens. Est-ce une déception pour toi ?

Une finale de Coupe du monde, c’est très particulier… J’en suis à ma cinquième, je commence à savoir comment l’aborder : si tu pars en te disant que tu vas gagner, tu perds et ça peut faire super mal à l’égo. Si tu y vas en te disant que tu vas faire partie du spectacle, ça change les choses, et là tu peux jouer. Car c’est cela la grande finale, c’est du show. Tu changes de pays, tu t’entraînes un peu, pour potentiellement tirer une quinzaine de flèches et rentrer chez toi. Tu peux perdre dès le premier tour. Le niveau est énorme, chacun des archers présents fait partie de la crème mondiale, tu espères quoi en te disant que tu vas gagner ? Est-ce considérer que tu es au-dessus de ceux-là ? La vanité ne doit pas grignoter l’ambition. Tout le monde veut gagner.

A Samsun, je venais pour terminer une bonne saison, et prendre du plaisir. Je n’ai gagné aucun terrain de finale cette saison, ce n’est pas là-bas que j’allais commencer à revoir ma copie. C’était autre chose que je cherchais, et j’ai trouvé, du plaisir, du jeu. Je me suis bien entraîné avant cette compétition, en commençant par… prendre des vacances. Des années que cela n’était pas arrivé. J’y suis arrivé le tronche un peu moins en travers que d’habitude, c’était bien. Mes tirs de chauffe étaient très bons, tout comme ceux des autres concurrents, sauf celui qui gagne, Chris, qui s’arrachait les cheveux sur le terrain de practice. Et tu vois les résultats ensuite. Il y a eu du déchet, de l’écrémage, des surprises, et du beau tir.

Je suis content de ma « prestation » sur le pas de tir devant les caméras. Les conditions changeaient beaucoup d’un jour à l’autre : pluie, pas de vent, froid, chaud, puis vent et lumière… Le jour J, c’était gros vent et grand soleil de face, cibles à l’ombre, chaleur. Le réglage viseur entre terrain de chauffe et terrain officiel devait être corrigé, mais comment ? En tirant et en observant le résultat en cible, seulement à ce stade, les points comptent. Voilà comment j’ai perdu contre Kim : je perds des points au départ, avant de régler mon viseur et taper dans la gamelle. Par contre, je suis allé jouer avec lui, en tenant le match jusqu’au bout. Ma dernière flèche n’avait qu’un seul but : le faire craquer par mon attitude et par ma précision, le pousser au barrage.

Et, gagné ! J’ai eu mon barrage. Le vent en cible était fort, j’ai parié sur une zone de visée à droite et j’ai perdu mon pari, et mon match, mais surtout mon pari. Tu vois la notion de jeu ? Donc, pour finir parce que j’en parlerais des heures, je ne suis pas déçu, à ce niveau de compétition, j’avais toutes mes chances pour perdre tête haute en me laissant l’envie intacte d’y revenir, ou bien pour gagner la compétition car mon niveau était excellent.

2019 va vite arriver, quels seront tes objectifs ?

***Malgré, c’est mon prochain objectif : ne plus employer ce terme, ça me gonfle de trouver des excuses en fait, la situation que je vis depuis 2014 est simplement dingue, folle, désastreuse ou incroyable. A force de prendre des chocs en pleine tête qui n’ont rien à voir avec le tir à l’arc, je me rends compte de l’importance, trop importante, que l’on peut mettre au crédit de choses qui ne le méritent pas. Par exemple, se ronger les os parce qu’une compétition arrive à grands pas.

Keep cool Bill, mon objectif est de me concentrer sur une construction dont l’objectif est de tirer sans entrave à ma performance. Le stress lié à la compétition elle-même, à la peur de gagner, a totalement disparu. J’ai de l’adrénaline, ça oui, et c’est super bien, c’est de la bonne énergie, celle qui se pointe quelques semaines et jours avant le départ, celle qui me motive pour m’entraîner et partir en compétition, en faisant les choses correctement.

Mon objectif principal est là, et ensuite, pour coller à une façon plus « institutionnelle » du terme objectif, si je n’emploie plus le malgré, compte-tenu de mon expérience et de mon niveau de performance alors sous entraves, j’ai bon espoir que ma petite étoile rayonne à nouveau sur les plus hautes marches des podiums, et pourquoi pas tous ? Bien entendu, tout n’est pas que « glamour ». Ma détermination est réelle et à la hauteur des épreuves que j’ai dû traverser juste pour rester au niveau du top 10 mondial.

Tu es un champion de haut niveau mais pas que, tu es engagé dans plusieurs projets à côté de ça. Peux-tu nous en dire un peu plus ?

Oui exact, je travaille aussi avec les marques qui me sponsorisent et m’emploient. J’ai dû passer par là pour continuer la compétition, tout un micro-système à créer, c’était chaud patate quand même et un sacré pari. Maintenant, je conseille les marques pour la création de matériel, je peux aussi dessiner des pièces (au crayon papier façon gaminou, mais c’est déjà ça, et je le donne à ceux qui savent le faire sur un ordinateur), faire des belles photos des produits pour en faire leur promotion ou donner des avis, gérer les sites web, gérer des dossiers de sponsoring, de partenariat, des investissements industriels, des sociétés…

Bref, un peu de tout, je mets de l’ordre dans tout ça et quand j’aurai finalisé mon canevas, je serai en mesure de déléguer des tâches pour me concentrer sur d’autres trucs que j’ai en tête. Pour le moment, je ne fais pas que du tir à l’arc et tant mieux. Au moins, quand j’ai la main sur l’arc, c’est bien, le téléphone est loin de moi, et je prends l’air, même si j’adore ce que je fais, j’ai aussi décidé d’ajouter une touche toute nouvelle à ma vie : celle de prendre régulièrement des vacances, chose totalement inédite dans mon fonctionnement. Le repos fait partie de la préparation.

Entre industrie et sport de haut niveau, c’est excellent de voir les passerelles se créer entre ces deux mondes.

Si on parle de ton sport en France, as-tu l’impression que cela va dans le bon sens ?

Question fédérale, isn’t it ? Il y a beaucoup de changements en ce moment, pas sur le prix de l’essence, mais au sein de la fédération : nouveau président, nouveau DTN, nouvelle équipe cadre, mais les mêmes archers ou presque. Je pense que la vraie question à se poser est de savoir si les sportifs en lice sont déjà au maximum de leur performance, ou s’ils en ont encore sous le pied, et dans ce cas, comment leur apporter un vrai soutien et une vraie plus-value à leur pratique.

Là je parle des champions en herbe, ou des champions tout court. Le cadre d’emploi du temps, de gestion des médias, de gestion de la famille, des déplacements, des entraînements, est absent, il n’y en a pas. On apprend à tirer à l’arc, même si on n’est pas là par hasard, et voilà. En dehors de ça, on fait notre job perso chacun de notre côté, ou nos études n’ayant bien souvent rien à voir avec le sport de haut niveau, et on s’appelle sportif de haut niveau parce qu’on part à l’étranger faire une compétition. Mouais. Alors dans le bon sens, non, je ne crois pas. On se préoccupe de remplir les objectifs de médailles au prochain championnat, mais pas du comment est formé le petit gars dans son club. Dans le tir à l’arc, on demande beaucoup au bénévole dans son coin qui fait ce qu’il peut. Mais, j’aime bien le mais qui arrive toujours à un moment qui embête un peu : les cadres du tir à l’arc font aussi ce qu’ils peuvent avec les moyens humains, techniques et financiers qui leurs sont accordés.

L’élitisme doit s’ouvrir aux plus jeunes, aux néophytes, je ne m’entraîne pas à l’INSEP, j’essaie au contraire de varier les plaisirs. Surtout en hiver lorsque j’ai le plus de temps, je vais à la rencontre des clubs, je participe à des compétitions locales et je discute avec les gens. C’est hyper sympa et ça me laisse un esprit ouvert, ça donne un sens à ce que je fais. Je n’aime pas être enfermé, je l’ai été pendant quinze ans dans l’armée, j’ai pris la mer, maintenant je prends l’air. Selon moi, il faut bouger pour se bouger correctement, faire preuve d’ouverture d’esprit, de mobilité pour s’adapter, expérimenter, se former et ce, dès le niveau d’entraîneur 1. Seulement voilà, parfois, la bonne volonté est réprimandée par manque de connaissance ou d’expérience, on croit rêver… Comme si nous avions le luxe de refuser des petites mains désireuses d’aider. Les formations sont longues et fastidieuses, c’est un blindage administratif, à quelle fin ? Nous parlons simplement de sport, juste de sport.

En élargissant à un global du sport en France : je suis inscrit sur liste de SHN (Sport de Haut Niveau). C’est bien. Ce que cela m’apporte ? Quelques primes supplémentaires basées sur les performances que j’ai pu réaliser lors de la saison précédente. Ce qui me rebute, ce sont les mails que je reçois, les fichiers à remplir qui n’ont qu’une seule direction : la porte de sortie ! Depuis 2008, je suis SHN, et depuis cette date, majeur, vacciné et ayant un emploi rémunéré, je n’ai droit à aucune aide et par contre, je sais tout de la reconversion. Alors on va me dire « il faut te rapprocher de ta région pour en connaitre davantage sur le soutien que tu es en mesure de demander, certaines régions en font plus que d’autres ». Mais, j’ai pas envie de bouger ma maison pour glaner 500 balles imposés. Et à quoi bon demander à la région alors que nous représentons, ou sommes susceptibles de représenter, la nation ! De surcroît, va trouver la bonne file pour causer aide et soutien avec la région, la maison qui rend fou par les restrictions budgétaires du sport.gouv.fr, et j’ai passé 30 balais, alors le gamin talentueux, il fait comment du haut de ses 18 ans ?

D’autre part, je reçois sans cesse des mails de la part d’arcanes tentaculaires du sport français, genre « lis donc ça, regarde comme on va bien t’aider », pour ne lire que la même chose à chaque fois : « voici la porte de sortie ». Je ne plaisante pas ! Ce sont des invitations à des rencontres avec les entreprises, avec les institutions de reconversion, comment préparer sa future carrière professionnelle etc… Ok, cela intéresse sûrement des sportifs qui sont de passage dans les compétitions, mais ceux qui font des saisons ont un autre centre d’intérêt : celui de la formation à un monde inconnu.

Mon exemple, qui est commun à beaucoup de sportifs tout sport confondu : j’arrive dans le tir à l’arc, je suis formé dans un club, je précise ma formation en regardant les champions sur le web, je suis sélectionné en équipe de France. Super cool. Je gagne une médaille mondiale dès la première compétition. Photo, caméra, interview, test anti-dopage… mais aussi, nouvelle sélection à venir, inscription sur liste, absence du travail, de la famille, finances réduites.

Je ne sais pas comment : gérer mes absences du travail, gérer les conflits naissant avec mes collègues ou chefs, gérer un planning international, gérer une interview, gérer mon domicile et mes déplacements, gérer le stress en compétition, aborder des concurrents internationaux et comme tout ce qui touche à la pratique du haut niveau qui ne soit pas la pratique du sport en lui-même, tous les à-côtés qui sont à 90% les raisons qui poussent un sportif à arrêter. Rien, on se débrouille, et il faut le dire, on est aussi super forts pour ça maintenant. Alors le bon sens, oui nous l’avons, mais de qui parle-t-on ?

Plus globalement, le sport en France est au cœur des débats, mais pas au cœur de notre société. C’est quelque chose qui te préoccupe ?

Oui, la reconnaissance est parfois choquante. L’imposition des primes à la performance, l’État te récompense pour le rayonnement que tu offres à la nation, et ensuite il te taxe dessus. Sur l’expérience, passage de diplôme obligatoire, pas de passerelle simple et gratuite pour reconnaître de une, ta compétence certaine dans un domaine appliqué et de deux, ton investissement pour une cause. Ça craint ! Forcément ça donne envie de causer, d’en débattre.

Ce qui fait surtout causer, c’est la suppression de postes de conseillers techniques, l’imposition des médailles olympiques d’été comme celles d’hiver, et la gestion des sports olympiques. C’est le système pour aller chercher des médailles. Cela concerne une minorité de l’élite touchant une majorité de sportifs et de professionnels du sport.

Si tu veux causer de la philosophie du Français à aimer se bouger au quotidien pour aller faire du sport et se sentir bien, c’est sûr que là, on a du taf. J’aime voir des parcours de santé qui naissent ici et là, c’est super bien. Sans parler de sport « de licence », mais simplement de bien-être, nous n’en sommes pas au point des USA qui eux, ont un vrai problème avec ça. Le Français reste tout de même généralement bien dans sa peau ou cherche à l’être.  Oui, c’est un sujet qui me préoccupe, car je vieillis d’un an chaque année, et il faut s’entretenir, parce que ça fait du bien, parce qu’on se sent bien après, parce que cela prévient des complications ultérieures etc… Ce n’est pas qu’une question de vouloir fédérer les gens, juste celle du bien-être.

Bien entendu, s’il s’agit d’une pratique régulière, il vaut mieux se mettre en club pour être encadré, et là on revient à l’État et ses suppressions de postes, et ne pas se blesser par une mauvaise pratique régulière… Le chien se mord la queue. Dans ma région, on voit pas mal de salles qui ouvrent leurs portes. Elles ne sont pas des clubs, pas de licence demandée, pas de contrat mensualisé. Tu veux tester un sport ? Tu y vas et tu paies pour ta séance encadrée. Tu te défoules et tu rentres content, du bon sport dans les veines. Je trouve ça super. On cause pas membre, pas licence, pas attachement, juste défouloir et sport. On a du progrès à faire de ce côté-là encore.

Paris 2024 est un très bel événement mais il va falloir se donner les moyens de réussir. Qu’est-ce que le sport français doit (rapidement) mettre en place pour ne pas passer à côté ?

Oui, c’est très bien, on a les Jeux, félicitations. J’ai le sentiment que la Haute Administration s’est confondue en erreur de novice : celle du compétiteur qui ne vise pas plus loin que la sélection en compétition. Et une fois sélectionné, il se retrouve un peu comme un imbécile devant le nouvel objectif. C’était joué d’avance Paris 2024, je le pense. Le sport français se retrouve dans une situation d’urgence alors qu’il pouvait largement anticiper. Rien n’est arrangé par les réactions du gouvernement. Bien, je vais faire court, comme tous les sportifs français, olympiques ou non, on est pas très causant pour ce genre de chose.

De toute façon, par l’absence de bon système, nous avons créé le nôtre, celui de la démerde et de l’entraide. A Paris 2024, les instances pourront se congratuler entre elles pour les bons résultats obtenus, sans se mélanger vraiment à ceux qui porteront les couleurs et les médailles, ceux qui auront trouvé la bonne voie pour aller à la rencontre de leur gloire. Les champions olympiques de 2024 ont déjà trouvé leur voie vers leur médaille d’or. Les moyens, nous les avons déjà dans nos veines, il manque du confort, de la sécurité, et de la reconnaissance de tous ceux qui causent.

Nicolas Jacquemard


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Tir à l'arc

Comment choisir l’équipement idéal pour du tir à l’arc sportif ?

Nico

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Vous souhaitez démarrer le tir à l’arc sportif et vous ignorez encore comment vous y prendre pour choisir le matériel qu’il vous faut pour réussir ? Plusieurs critères existent et devront influencer votre décision dès que vous serez prêt à acquérir votre équipement. Lisez donc cet article qui vous renseigne sur ces différents paramètres à connaitre. 

Tenez compte du modèle et de votre niveau dans ce sport

Pour pratiquer cette activité, vous devez nécessairement trouver un arc pour débuter dans ce sport intéressant. Il existe principalement 2 grandes familles qui sont les plus prisées dans ce secteur à cause de leur efficacité.

L’arc recurve

Cet arc est la plupart du temps utilisé pour apprendre le tir à l’arc sportif aux débutants afin de les initier dans le domaine. Il est très pratique, simple à manier et facile à démonter. Vous pouvez aussi en faire usage pour des compétitions si c’est celui que vous maîtrisez le plus. Toutefois, il se dégrade vite avec le temps puisqu’il est fabriqué avec des matériaux naturels.

L’arc à poulie

Également connu sous le nom d’arc compound, cet équipement très apprécié par les archers professionnels vous permet de tirer confortablement. Vous pouvez de même l’utiliser si vous êtes amateur ou débutant, mais vous devez vous faire accompagner par un coach pour des mesures de sécurité.

À défaut de son usage en sport, ce matériel peut aussi vous servir pour la chasse et vos divers loisirs. Malgré la complexité de son mécanisme, il reste le plus rapide, le plus précis et le plus résistant. Vous trouverez ce qu’il vous faut que vous soyez gaucher ou droitier.

Tenez compte de la puissance

Mis à part les différents types d’arcs, vous devez tenir compte de la puissance pour choisir votre équipement. Cette dernière est exprimée en livre. La forme courbée de l’arc recurve lui offre une très bonne vitesse qui va de 15 à 20 livres. S’agissant du second type, vous trouverez sur le marché des accessoires de 25 à 75livres.

Il est donc le plus rapide. Néanmoins, il existe des petits modèles pour enfants de 10 à 20 livres. Ce qui leur permet de réussir les tirs sans générer de grands efforts. Renseignez-vous alors dans ce sens avant de chercher à acquérir votre matériel.

Prenez en compte les accessoires pour arcs et le prix

L’achat des munitions par exemple est incontournable si vous souhaitez acquérir un arc. On peut citer les accessoires comme : les lunettes de visée, le berger-button, etc. Vous devez veiller à ce que ces équipements soient de qualité pour garantir votre sécurité.

Vous serez ainsi à l’abri des dysfonctionnements réguliers et du manque de précision dans vos tirs. Pensez également à prendre quelques outils pour entretenir votre matériel afin de freiner sa détérioration. Prévoyez donc un budget raisonnable pour ne pas être surpris.

En résumé, pour effectuer du tir sportif, vous aurez nécessairement à choisir un équipement approprié. Cette opération se fera entre l’arc recurve et celui à poulie. Toutefois, vous devez tenir compte de la puissance de votre outil. N’oubliez pas aussi d’acquérir les accessoires essentiels pour votre matériel.

Dicodusport


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Portraits

Pierre Julien Deloche, continuer à battre ses records

Nico

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Pierre Julien Deloche

On a rencontré Pierre Julien Deloche, spécialiste français du tir à l’arc, qui veut continuer à repousser ses limites en battant ses records.

Pierre-Julien, peux-tu te présenter en quelques mots ?

J’ai 35 ans et je suis originaire de Valence dans la Drôme. Je travaille comme professionnel du tir à l’arc, en compétition de haut niveau et dans la conception de matériel d’archerie. J’ai aussi été militaire de carrière dans la marine nationale à Brest, Toulon et Ajaccio, comme manœuvrier sur les bâtiments de guerre et ensuite comme sauveteur en mer dans les centres de coordination, pendant 14 ans. Je suis un passionné de matos de tir et de voitures, j’adore les bons films de science-fiction et les Marvels, la bonne musique comme le blues, le rock alternatif, et tous les trucs avec une bonne guitare, un piano, un harmonica…

Pour mes proches, je suis « attachiant » : j’ai mon caractère, assez trempé, cependant j’aime rendre service et passer de bons moments entre potes autour d’un bon plat (de montagne svp), et/ou dans un lieu sympa (peu bruyant).

Comment as-tu commencé le tir à l’arc ?

Quand j’étais gamin, nerveux, il fallait me calmer. On a tout essayé, les arts martiaux, le football, le rugby (LOL), sans succès. C’est ma mère qui m’a collé un arc dans les mains à l’âge de 9 ans, elle devait en avoir ras l’bol de racheter de la ficelle à rôtis qui je piquais pour construire mes arcs dans le jardin… J’ai pratiqué deux ans et je suis allé vivre pleinement mon adolescence, entre études, copains-copines et première vie professionnelle dans l’armée. En 2004, j’avais 23 ans et je suis revenu au tir avec un collègue du boulot, par hasard. J’ai rempilé direct en arc à poulies pour ne plus m’arrêter. En 2007, je rentrais en équipe de France et je compte aujourd’hui une quarantaine de sélections et au moins autant de médailles internationales.

Quel est ton plus beau souvenir comme archer ?

Ce n’est pas une compétition, mais un ensemble de compétitions et de tournois sur une période : 601 jours consécutifs à avoir tenu le rang de numéro 1 mondial entre 2013 et 2015. A ce moment-là, je remportais de nombreux titres et médailles par équipe et en individuel, à travers le Monde, avec des performances où le plaisir prenait la plus grande place.

Quels seront tes objectifs pour la suite de la saison 2017 ?

Le premier était de pouvoir reporter le maillot France pour les coupes du Monde extérieures après une année blanche consacrée à ma famille. Il me fallait reprendre l’arc, revenir vers la performance et donc m’entraîner au taquet, régler mon corps et mon matériel. Cet objectif est atteint puisque je serai avec l’équipe de France à Shanghai du 14 au 21 mai prochain pour la première étape de la coupe du Monde FITA (50 mètres).

Le deuxième objectif est de revenir dans un classement mondial correct, le top 10, synonyme de régularité dans le top 8 de chaque compétition internationale. Cela comprend aussi un entraînement sérieux et en rapport avec la performance requise pour atteindre ce niveau.

Le troisième objectif sera d’être en équipe pour le championnat du Monde FITA en octobre, à Mexico City. Nous avons en France de nombreux archers talentueux et performants. J’étais médaillé d’argent individuel et de bronze par équipe lors du mondial 2013. L’édition 2015 fût un échec et j’ai à cœur de tout faire pour balayer ce souvenir par de nouvelles médailles mondiales. Ma « pause » sportive et les évènements de ma vie ont renforcé ma détermination. Je suis désormais en mesure de voir plus loin, ce qui est un des éléments essentiels de la réussite.

Derrière les objectifs de classement et de médailles qui ne dépendent pas que de moi, il y a aussi la performance pure : je souhaite repousser mes limites, battre mes records. Cela se passe lors de compétitions normales, ou inter, dans la mesure où les conditions sont bonnes. Je dois ainsi atteindre au minimum 714 points sur 720 à 50 mètres, et réaliser le score parfait en salle, 600 sur 600. Sérieux, audace, opportunité et carte chance (puisqu’il en faut toujours un soupçon), et ça passera.

Comment se passe une semaine d’entrainement type pour toi ?

Je programme plus sur un mois que sur une semaine, compte-tenu d’autres obligations indépendantes de ma vie de sportif pur qui peuvent se présenter. Les semaines peuvent être ainsi mieux gérées selon les imprévus qui se pointent. Je m’entraîne ainsi sur des journées « pleines », en général deux jours d’affilée, qui seront suivis d’une journée de repos suivant l’intensité des entraînements. Ils peuvent être très soutenus, pendant 6 à 7 heures non stop. Je recommence ensuite cette session par une demie journée de chauffe où je déroule sans prise de tête, pour repartir sur deux jours à fond. Le premier est basé sur le quantitatif, le deuxième sur le qualitatif. Les week-ends sont réservés à la compétition, et je ne tire pas ou peu la veille d’une compétition.

Quand je ne suis pas derrière mon arc, je me consacre à la partie conception au service de mes sponsors, américains et français, le principal étant à Clermont-Ferrand (Arc Système). De cette façon je ne mélange pas le travail et le sport, je ne sais pas tirer en téléphonant 😉 Chaque domaine reçoit ainsi toute mon attention, c’est très important pour ne pas se disperser. Ainsi je suis moins disponible qu’avant, j’essaie cependant de garder des créneaux « réponse aux questions » une fois par semaine.

Sur un mois, les semaines peuvent glisser, être basée sur le foncier, sur la qualité par des recherches de performances, ou bien sur le réglage de mon équipement qui est une partie indissociable de la performance et très chronophage. Je suis content lorsque des projets professionnels aboutissent, et lorsque mes flèches sont « rangées en cible comme elles l’étaient dans le carquois », et ce, en toute facilité. La facilité demande beaucoup de travail, alors je travaille.

Quelles sont selon toi les 3 compétences indispensables pour être un bon archer ?

L’ambition, car sans objectif, il est difficile de motiver la bestiole au quotidien. Derrière un objectif ambitieux se cache une organisation logiquement planifiée et en rapport avec le niveau de compétition pratiqué. L’ambition permet le franchissement des limites que l’on se donne, ou les supprime avec une bonne dose d’audace.

Le sérieux, arriver sur une compétition en « pariant » sur les faiblesses des autres pour passer le tour n’est pas une bonne philosophie. Il supprime le doute, renforce la confiance, limite les problèmes potentiels et les blessures. Il favorise la curiosité, pour se tenir à jour des résultats des adversaires qui peuvent stimuler sa propre préparation. Le sérieux concerne aussi la réglementation qui évolue, et notre façon de communiquer dans le monde du sport.

Apprendre de soi. Le tir à l’arc n’est pas un sport où l’on va se mettre à crier à chaque flèche tirée, nous sommes en introversion permanente. Maîtriser ses émotions, les canaliser, pour connaître ses limites. Cela implique de les atteindre… pour trouver un moyen de mettre ses expressions de langage ou de corps sous cloche. Le tir à l’arc exige une discipline afin de se remettre en question au lieu de se trouver des excuses, nous en reviendrons au sérieux, et à la curiosité. Selon moi, atteindre une limite s’assimile à un sentiment d’échec, cela doit se transformer en sentiment de réussite puisque nous avons appris quelque chose sur nous. La persévérance bien aiguillée sera un atout certain pour gagner en connaissance de soi et en maîtrise.

A plus long terme, quels sont tes objectifs sportifs ?

Je voudrais consolider le circuit World Archery, avec les championnats internationaux et les coupes du Monde, en salle et en extérieur, c’est ce qui constitue mon plus grand réservoir d’expérience. Cependant, d’autres disciplines m’attirent beaucoup : le tir en campagne et le tir 3D, dispensés lors de compétitions « régulières » sur le circuit fédéral, mais aussi lors de compétitions professionnelles freestyle aux difficultés pimentées.

Avec les tournois américains notamment en saison hivernale où les formats changent à chaque tournoi mais se regroupant sous la forme d’un grand challenge, et ces compétitions inédites de plein air, ils représentent à mes yeux une curiosité passionnée pour le développement de nouvelles compétences. J’aime mon sport, et je veux pouvoir le pratiquer dans toutes ces déclinaisons. Alors si l’exercice du haut niveau reste ma priorité, ma bouffée d’air frais passe par la pratique au travers de la multitude de disciplines qui le compose.

Le tir à l’arc manque de visibilité et de notoriété en France, est ce un problème pour toi ?

Je ne suis pas vraiment d’accord avec toi, si tu me permets de développer mon point de vue : Sébastien Flute était champion olympique en 1992. 24 ans plus tard, en 2016, Jean-Charles Valladont devient vice champion olympique en pleine explosion médiatique du sport, alors que ses trois derniers matchs dont la finale étaient retransmis sur les grandes chaînes de télévision aux heures de grande audience. Les arcs sont présents dans les films récents comme Robin des Bois, The Avenger, Hunger Games, la série Arrow … Ils peuvent apparaître sous la forme primitive ou bien moderne.

Les fédérations du Monde et la World Archery développent leurs plateformes de communication avec beaucoup de supports visuels ludiques. En France, beaucoup d’efforts ont été réalisés et cela va encore se poursuivre ! Nous sommes 75’000 licenciés pour le tir à l’arc « fédéré », c’est-à-dire celui qui aura vocation à la pratique en compétition officielle. Les clubs se développent à leur rythme, les magasins spécialisés également, en fonction aussi soit des subventions qui sont allouées au milieu associatif, et en fonction des charges qui pèsent sur les commerçants de France qui font partie du secteur spécialisé et non de la grande distribution.

Les plateformes médiatiques apparaissent de plus en plus pour proposer la découverte comme la spécialisation, entre blogs, forums, sites Internet et chaînes Youtube. Des lives font leur apparition pour faire vivre des évènements grandioses et sont retransmis sur des chaînes TV comme Sport+ ou Eurosport avec des images et mises en scène toujours plus spectaculaires.

Devenir un sport plus populaire serait un vrai problème actuellement, les subventions ne suivraient pas à hauteur du besoin : le tir à l’arc est un sport d’armes, les sportifs doivent absolument être formés par des spécialistes compétents, au sein d’infrastructures spécialisées et sécurisées. Avec le petit essor médiatique que nous connaissons, la majorité des clubs se demandent bien comment ils vont pouvoir repousser leurs murs, ou organiser leurs créneaux dans les gymnases municipaux. En tenant compte de notre état de sport non professionnel (nous ne sommes qu’une poignée à en vivre, et seulement deux dans ma catégorie en France), je pense que nous nous en sortons plutôt pas mal, et en progression ! Voici pourquoi je peux réagir en rectifiant le terme « manque de notoriété » par « notoriété saine et grandissante ».

Qu’est ce qu’il faudrait mettre en place pour remédier à cela ?

Tu auras compris que j’ai un point de vue global sur tout ce Chmilblik de médiatisation du tir à l’arc. Il faut pouvoir continuer à le pratiquer dans des bonnes conditions, sympas et sécurisantes.

Il y aurait certainement un lien à créer entre les marques de loisir qui proposent du matériel à la grande distribution, pour informer le monde du loisir de la présence de structures qui proposent une formation sportive et un accès à la compétition.

Dans les clubs, il y a des entraîneurs. Ce sont des personnes super-importantes ! Ils représentent le premier contact avec le néophyte. L’accès à ce brevet n’est pas si simple pour le monde du bénévole associatif et je suis convaincu qu’il pourrait être largement simplifié pour permettre d’accueillir les p’tits nouveaux dans nos clubs lors de créneaux horaires mieux répartis dans les semaines et weekend, avec un nombre d’entraîneurs plus importants.

Pour ce qui est de notre médiatisation pure et simple, je suis le seul à tenir un site Internet de sportif à jour. C’est beaucoup de boulot, certes, mais ça se fait bien si on reçoit un coup de main pour tenir la partie informatique. Je pense qu’il n’est pas obligatoire d’être un grand champion pour participer à la visibilité de son sport. Des personnes savent très bien communiquer de façon écrite ou visuelle en photo et en vidéo, cela peut contribuer à notre visibilité.

Je vais continuer à développer mon site personnel, qui est orienté sur le conseil des réglages de l’arc, sur les produits que j’utilise, et où je m’évade dans des récits de compétition ou d’étapes de ma vie que j’ai plaisir à conter. D’autres pourraient faire cela également, ce n’est pas une compétition que de vouloir contribuer à la publicité de son sport !

Enfin, je pense que l’accent est trop porté sur la discipline olympique, et donc trop restrictif. Il est évident que nous avons besoin de cette étiquette pour exister au sein d’un système national subventionné. Cependant, des images et films sur les différentes pratiques de plein air, excellentes et divertissantes, seraient bénéfiques pour adoucir l’image de rigueur du haut niveau. En touchant un peu de tous les milieux et ensemble, l’impact et la diffusion ne seront que meilleurs pour tisser notre toile sur la toile.

Le mot de la fin ?

Mmmm… J’adore mon sport, j’adore écrire aussi, pardonne-moi si je suis un peu long. Certains aiment les phrases courtes sur les réseaux sociaux, je leur laisse le soin d’exercer leur talent, je préfère prendre le temps d’écrire. Vous aimez le matos et la précision ? Faites du tir à l’arc 😉

 

 


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