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Athlétisme

Quentin Bigot (marteau) : « Il y avait un vrai risque pour ma santé »

Etienne Goursaud

Publié le

Quentin Bigot (marteau) : "Il y avait un vrai risque pour ma santé"
Photo Icon Sport

ATHLÉTISME – Entretien avec Quentin Bigot, désormais retraité après une longue carrière en lancer de marteau et une médaille d’argent mondiale. Le Messin se confie et évoque sa retraite, précipitée par une blessure au dos qui aurait pu avoir de très lourdes conséquences. Il revient sur sa carrière, la médaille d’argent mondiale, ses concours à Tokyo et Eugene en 2021 et 2022. Il revient également sur son contrôle positif en 2014. Et évoque aussi la suite désormais. Un long entretien avec Quentin Bigot.

Quentin Bigot : « Ma décision de prendre ma retraite a été travailée pendant plusieurs mois »

On est à moins de trois semaines des Mondiaux de Tokyo. Cela ne t’a pas fait bizarre de ne pas être dans un cycle de préparation pour ?

Quentin Bigot : « Non, cela ne m’a pas fait bizarre. Ma décision a été travaillée pendant plusieurs mois, après mon échec d’aller aux JO de Paris. Cela m’a mis un petit coup psychologique. Je suis reparti en prépa jusqu’en 2025. Préparation entamée en septembre 2024. Le problème, c’est que j’ai vite vu que j’avais des difficultés, par rapport à ma hernie discale, avec des douleurs au dos qui sont revenues. Mes médecins m’ont dit que si je forçais, il y avait un vrai risque pour moi.

En sachant qu’il y a les élections municipales qui vont arriver (NDLR : il se présente à Gandrange) et que je voulais me lancer. Est-ce que cela valait le coup de prendre le risque de se blesser plus fort. Je me suis dit que non. J’avais aussi envie de continuer à lancer le marteau en loisir. Si cela pétait, il y avait le risque de ne plus jamais pouvoir lancer. C’était un choix en toute conscience. Même si cela ne fut pas simple. Mais les mois un peu compliqués ont aidé ma décision. Cela ne m’est pas tombé dans le coin de la tête comme cela.

La première fois qu’on s’est croisé, tu m’avais dit que tu mourrais un marteau dans la main. Finalement, c’est le marteau qui a un peu eu raison de toi…

Oui (rires). Mais je peux encore lancer, mais à des intensités beaucoup plus faibles. Cela permet de me faire plaisir et c’est tout ce qui m’importe aujourd’hui.

Quentin Bigot : « Quand je me blesse, je ne me dis pas que c’est grave ».

Tu vas pouvoir redécouvrir ton sport d’une autre manière

Et bien oui et cela me plait. Je vais y aller pour me faire plaisir et chercher de la sensation. Sans rien d’imposé, sans programme. Cela fait longtemps que je n’ai pas vécu le sport de cette manière-là, en faisant du loisir. Même si j’ai encore l’esprit de compétition. Quand il y a des jeunes à l’entraînement que je peux encore battre, je ne m’en prive pas. Mais je redécouvre un peu ma discipline.

Cette blessure au dos intervient à Munich en 2022, est-ce que tu sens que c’est grave ? Ou tu penses que ça va juste planter ta finale des Europe ?

Franchement, la deuxième option. J’avais déjà eu des petits pets au dos, des pincements de nerfs. Une chose qui arrive à tous les athlètes. Je me dis que cela arrive le mauvais jour et au mauvais moment. En sachant que j’étais plus en forme qu’à Eugene (NDLR : aux mondiaux de la même année). Les indicateurs à l’entraînement étaient même meilleurs qu’aux USA, où je fais un super concours. Je pense que je pouvais battre mon record le jour de Munich. Avec Pierre-Jean (NDLR : Pierre-Jean Vazel, son entraîneur), on voit que, les jours avant, c’est super solide. La médaille se joue à 79 m, c’est totalement jouable. Sans parler de titre.



Quentin Bigot : « Des douleurs à en pleurer en 2023 »

Je me blesse, mais je me dis que j’ai passé une super saison, en faisant plusieurs fois 80 m, dont le jour J à Eugene. C’est la saison de ma vie. Je me dis : « Ce ne sont que des Europe et il y a Paris dans deux ans ». Je ne pouvais pas me dire que tout allait mal. Et je fais une IRM en septembre 2022. Ils voient une hernie. On prend un peu de repos, du kiné et cela va se résorber. Je fais quand même une infiltration.



Au moins de novembre, je peux m’entraîner à nouveau normalement. Au début du mois de janvier, je pars en stage en Afrique du Sud. En remontant une barre de squat, je sens le dos qui re-vrille. Mais un peu plus costaud qu’à Munich. Tout est très contracté. Je fais huit jours un peu dans le vent, je me fais soigner par les kinés sur place, mais cela ne passe pas.

En rentrant, dans l’avion, en me levant du siège, je sens une douleur qui va du dos jusqu’à mon orteil. Je sentais que c’était une douleur nerveuse. Là, je me dis que le nerf est super touché. La douleur a été crescendo, mais vraiment crescendo. Je me suis mis à boiter puis je ne pouvais plus marcher. J’étais allongé dans mon lit, avec des douleurs atroces de chez atroces. Rien ne me soulageait. C’était à en pleurer. Je vais voir un médecin qui me dit : « Monsieur Bigot, que vous soyez sportif ou non, il faut opérer. Vous avez un déficit de force ». Je ne pouvais plus me lever sur mon mollet. Je me fais opérer très vite en février. Et je commence ma rééducation pour lancer de nouveau. En sachant que le chirurgien me fait comprendre que ce n’est pas sûr que je puisse retrouver un bon niveau.

Quentin Bigot : « Je n’avais plus de connexion nerveuse dans le mollet droit ».

Le nerf avait été tellement touché que personne ne savait comment j’allais récupérer. Il est vrai qu’aujourd’hui, j’ai encore des crampes horribles et que sur la jambe droite. J’ai un gros déficit de force sur le mollet. Je me souviens que, quand j’ai repris le marteau, je posais mon pied droit. Avant, j’arrivais à l’activer, comme quand on écrase une cigarette sur le sol. Là, je n’arrivais plus à le faire, car je n’avais plus de connexion nerveuse. Ce qui est le pire ! Les docteurs me disaient qu’il y avait un risque que cela ne revienne pas. On a tout fait avec Pierre-Jean, pour aller aux Jeux. Et c’est pour cela que je n’ai pas de regrets par rapport à l’échec. Je savais d’où je partais. J’arrive à lancer à 77 mètres à l’entraînement. Cela ne s’est jamais concrétisé en compétition, car on a eu des conditions pourries en compétition.

Mon niveau n’est pas dégueulasse. Pierre-Jean me disait : « Tu te rends compte, tu fais 77 mètres avec une jambe de bois ». Je n’ai jamais été aussi fort physiquement en musculation. Des indicateurs qui valaient 82, voire 83 mètres. Mais j’étais handicapé sur la technique et sur le physique. Car je suis un petit lanceur, par rapport aux autres. Je ne pouvais pas jouer sur mes grands bras ou autre. J’étais obligé de lancer très bien. Et là, j’étais bloqué par ce problème résiduel. Qui me poursuit aujourd’hui. Les médecins m’ont clairement dit que si je prenais des risques, cela pouvait devenir chaud pour moi. Tu te dis que tu as déjà le mollet en vrac. Il fallait arrêter les frais.

J’ai le sentiment du devoir accompli. J’ai franchi la barre des 80 mètres, qui était le rêve de ma vie. Et le faire le jour d’un grand championnat. Aucun français ne l’avait fait auparavant. Même si je suis 4ème, mais je retiens que je fais un concours de malade et que j’étais à la bagarre avec les meilleurs mondiaux. Je suis médaillé mondial en 2019 et 5ème aux JO en 2021, dans le concours le plus relevé de l’histoire. Avec ma perf de Tokyo, je suis sur le podium à Paris. Le grand public ne retient que les médailles, mais les passionnés d’athlétisme savent ce que vaut mon concours. Je suis en paix avec moi-même. Je n’ai pas de regrets sur ma carrière et je suis content de l’avoir menée. Avec les hauts et les bas. Je suis heureux d’arrêter là-dessus.

Quentin Bigot : « Une médaille olympique, cela aurait été l’énorme cerise sur le gâteau »

On parle beaucoup des croisés ou des fractures, mais quand on voit Arthur Fils ou Thibaut Pinot, cela donne l’impression que le dos, c’est pire que tout.

Comme on dit, la colonne vertébrale reste la colonne vertébrale (rires). Je n’ai jamais eu de problème ailleurs. Ni à l’épaule, ni au genou. Je n’ai que cela.

Tu évoques Tokyo et Eugene, deux gros concours de ta part. Cela ne bascule pas. Tu parles de fierté d’avoir été bon le jour J. Tu n’as aucun regret, notamment à Tokyo ?

Forcément, quand on voit le niveau des autres Jeux Olympiques, forcément, on se dit que cela aurait pu le faire. Mais le sport de haut niveau, ce n’est pas du mérite. Tu peux être un enfoiré de première, le plus roublard de tous et quand même prendre une médaille olympique. Et passer devant un mec qui l’a mérité. Et il y en a plein, dans l’histoire de l’athlétisme, qui méritaient une médaille olympique et qui ne l’ont jamais eue. Des mecs plusieurs fois champion du monde et qui n’ont jamais été médaillés olympique. Une médaille olympique, cela aurait été l’énorme cerise sur le gâteau. Une médaille mondiale, cela cause. Mais quand tu dis que tu es médaillé olympique, c’est encore autre chose.

Mais quand je fais le compte-rendu de l’année 2021, j’ai le Covid en mai, trois mois avant les JO. Je me blesse au dos en stage à Kobe, avant les Jeux. La meilleure performance que je fais en stage, c’est 76 mètres. Pierre-Jean me disait : « Ne t’inquiète pas, confiance, confiance ». On a été jusqu’au bout et je sors 79 mètres le jour de la finale. Les gens ne connaissent pas les coulisses, ne savent pas les doutes que j’avais, deux semaines avant les Jeux. Quand je sors avec la perf et la 5ème place, j’étais le roi du pétrole. J’ai mené ça parfaitement. Et quand on remet les choses dans le contexte, c’est une énorme réussite.

Quentin Bigot : « Une fierté d’avoir été médaillé mondial »

Le niveau mondial a considérablement augmenté.

Clairement. Le niveau mondial a explosé après le Covid. C’est devenu fou. Les jeunes sont arrivés, certains anciens ont commencé à arrêter. J’ai réussi à suivre la dynamique, en étant parmi les 5-6 meilleurs mondiaux, pendant 4-5 ans. On s’est tous un peu cuits. Certains ont des prédispositions un peu plus avantageuses que moi. J’ai regardé les statistiques. Sur 130 hommes qui ont lancé à plus de 80 mètres, seuls 4 faisaient moins de 1.80 m. Dont moi. Je ne suis pas aidé (rires). Quelque part, j’en suis d’autant plus fier d’avoir su tirer mon épingle du jeu, avec le physique que j’avais. Et une fierté de battre des grands costauds qui faisaient près de deux mètres. Cela me plaisait bien.

Il faut se plaindre auprès de tes parents alors.

C’est déjà fait (rires). Eux sont tous les deux plus petits que moi et ils m’ont déjà dit que je n’avais pas à me plaindre, car j’étais le plus grand de la famille (rires).

Tu es un des rares français médaillés au niveau mondial. C’est une fierté ?

Oui, complètement. Le concours de Doha était particulier, avec la chaleur. On était tous dans un mouchoir de poche. Je suis vice-champion du monde pour 1 cm. J’aurais pu être 3ème. Les huit premiers se tiennent en 50 cm. Je suis fier d’avoir réussi à tirer mon épingle du jeu, avoir gardé mon sang-froid. Des médaillés mondiaux, il n’y en a pas 100 000 et je suis le seul chez les hommes en lancers. J’ai bon espoir pour Yann Chaussinand. Avec les performances qu’il fait, s’il n’est pas médaillé un jour, je ne comprends rien. Mais tant que cela n’est pas fait… Entre vouloir, pouvoir et le faire le jour J, ce sont des choses différentes. Dans l’histoire du marteau français, on en a eu plein, des mecs favoris pour être médaillés, mais qui n’ont jamais rien fait en championnat.

Quentin Bigot : « La Fédé se met en quatre pour nous ».

Le risque, c’est qu’il soit 4ème, avec 81.50 m.

Totalement. Le niveau du marteau cette année, c’est complètement dingue. Avec trois mecs à 83 mètres. Mais Yann est là, avec presque 82 mètres. Tokyo sera un championnat particulier, avec le décalage horaire. Sa réussite va dépendre des décisions qu’il va prendre dans les semaines précédentes. Tout le monde sera dans sa meilleure forme le jour J, tout le monde sait se préparer. Mais il faut prendre les bonnes décisions, pour gérer le décalage horaire, l’hydratation, c’est ce qui fera la performance, le jour J. Pierre-Jean était très là-dessus et cela nous a aidé à Tokyo, comme à Eugene, avec aussi le décalage et la chaleur. Il faut tout prendre en compte. Ce n’est pas que soulever des barres et lancer des marteaux. Comme, pour les autres athlètes, courir vite ou passer des haies.

Mais il faut dire que la Fédération a fait beaucoup ces dernières années. On n’avait pas ça pour Doha, avec la chaleur. La cellule de la haute-performance a beaucoup, beaucoup (il insiste) aidé en 2022-23-24. Beaucoup de choses ont été faites pour les athlètes. J’ai fait crisser des pneus, quand je le disais, mais la Fédé se met en quatre pour nous. Pour les potentiels finalistes et médaillables et sélectionnables, on est dans une petite bulle. Mais il faut que l’athlète soit pleinement engagé dans son projet. Je peux le dire maintenant, je m’en fiche (rires). Le premier acteur de la performance, c’est l’athlète. Il ne faut pas se tromper de combat.

Quentin Bigot : « Quand j’étais jeune, j’aurais tué père et mère pour la performance ».

Tu as connu le très haut et le très bas, avec l’athlétisme. Maintenant que tu as du recul, comment juges-tu ta carrière ?

(Il rigole). Je suis très content de ce que j’ai fait. Fier de mon parcours. On va venir à cet épisode du dopage en 2014. Quand j’étais jeune, j’étais quelqu’un qui aurait tué père et mère pour lancer loin le marteau. Et quand tu es prêt à faire cela, tu es prêt à te doper. J’ai franchi le pas, largement aidé par mon entourage en 2012. Je me fais contrôler positif et cela a été une chance pour moi. J’étais jeune, 20 ans à peine. Les bonnes personnes ont pu m’accompagner après ce contrôle antidopage. Ils m’ont remis sur les rails, ils m’ont fait progresser. J’ai eu la chance de rencontrer Pierre-Jean Vazel. Cela m’a fait devenir conducteur de train, mon rêve d’enfant que j’avais abandonné pour le marteau. Pendant ma suspension, je suis parti en formation et je suis donc devenu conducteur de train.

Le fait d’être conducteur de train m’a fait rencontrer ma femme, avec qui on a deux beaux enfants aujourd’hui. C’est une succession de choses qui sont liées à ce contrôle positif, qui a changé ma vie radicalement et dans le bon sens. Oui, je ne peux pas le cacher, parfois, c’est un fardeau, c’est difficile de le porter. Il y a encore des gens durs avec moi. Mais le temps fait son effet, car les gens finissent par oublier. Surtout, je n’ai jamais cherché à cacher ce qu’il s’était passé. J’ai toujours fait le maximum pour en parler. Aujourd’hui, depuis quelques années, pour essayer d’endiguer le dopage. Je ne suis pas pour la répression.

Quentin Bigot : « Cela fait un an que je sollicite l’AFLD autour de projets ».

La répression, ce sont les contrôles, le rôle des instances anti-dopage. Je pense que le meilleur levier qu’on peut avoir, c’est l’éducation. Si j’ai fauté, quand j’avais 19 ans, c’est parce que j’étais matrixé par des personnes autour de moi. On ne nait pas futur dopé, on le devient par l’entourage et l’éducation. Je trouve qu’il n’y a pas assez d’éducation et je peux le dire. Cela fait un an et demi que je sollicite l’AFLD autour de projets. Pour l’instant, cela ne prend pas.

Il y a peut-être un manque de moyens ou d’envie, je n’en sais rien. Mais je suis demandeur et rien ne se passe. Il y a vraiment une lutte antidopage à deux vitesses. Je ne veux pas rentrer dans le complotisme. Je crois quand même qu’on va globalement dans le bon sens. On est passé des années 80 à là avec de moins en moins de dopage.

Même s’il ne faut pas se leurrer. Il faut aussi se dire qu’il y aura toujours du dopage et qu’il faut en avoir conscience. C’est dans la nature des hommes de tricher sur plein d’autres domaines. Tu vas faire tes courses, tu veux rouler plus vite et on ne respecte pas le Code de la route. D’autres trichent sur leurs impôts et ne respectent pas la fiscalité. Il y a aussi le code antidopage que des gens ne respectent pas. Cela fait partie de la nature humaine de franchir les limites.

Mais on doit limiter, comme on a limité le nombre de morts sur les routes et comme on a limité la fraude fiscale. La lutte limite de plus en plus le dopage. Mais c’est difficile d’imaginer qu’on arrivera à 0. Ou alors, cela peut-être au prix de certaines libertés individuelles. Mais je ne suis pas sûr que ce soit la meilleure solution.

Quentin Bigot : « En reprenant le marteau, je savais que je repartais d’une page blanche ».

Tu en as parlé, mais ta rencontre avec Pierre-Jean Vazel est déterminante pour toi et je pense pas que d’un point de vue sportif.

En tant qu’homme aussi. En tant qu’athlète, ce que j’avais fait, mon potentiel, n’était pas lié qu’au dopage. Il m’a récupéré à la petite cuillère, dans un état pitoyable.

Tu ne lançais même plus à 50 m, c’est ça ?

J’ai repris le marteau avant de le connaître. Mais quand il m’a récupéré, je ne lançais pas très loin. On ne savait pas si je pouvais lancer à plus de 70 mètres. C’était aussi le côté beau du défi. Combien Quentin pouvait faire proprement ? Il a fallu faire face au débat sur la mémoire musculaire, après le dopage. Pierre-Jean est assez pointu là-dessus et m’en a parlé. Je voulais savoir si cela avait eu un impact sur ma carrière d’après. Il aurait fallu, d’après ce que j’ai compris, que je ne m’arrête pas plusieurs mois, comme je l’ai fait, pour bénéficier des effets. Et maintenir mon niveau. Quand je me fais contrôler positif, j’arrête le sport, mais globalement. Je ne fais plus rien pendant six mois, je suis en dépression et je perds presque 20 kilos. La masse musculaire est partie.

En reprenant le marteau, je savais que je repartais d’une page blanche. Mon gros point fort, qui était la technique, était là. Et on n’apprend pas à lancer mieux techniquement, quand on est dopé. Cela amène la force et la qualité physique, mais pas la finesse technique. On a donc joué là-dessus. Renforcer cet atout en comblant les défauts. Pierre-Jean m’a redonné confiance et a fait de moi un autre homme. Il m’a aidé à découvrir plein de choses que je ne connaissais pas en athlétisme. Il m’a ouvert les yeux sur beaucoup de choses. Même s’il n’est plus à Metz et qu’il est à Monaco, où il a toute sa place, je pense, pour World Athletics, on reste vachement en contact. On s’écrit au moins une fois par semaine. Pierre-Jean est plus qu’un coach pour moi.

Quentin Bigot : « Pierre-Jean m’a aidé à m’ouvrir et m’épanouir sur le reste de l’athlétisme »

C’était un sacré pari, car il était ancien entraîneur de sprint. Toi, tu ne savais pas où tu en étais.

C’était un pari, mais Pierre-Jean s’en fout des codes. Un mec qui revient de suspension, quelque part il s’en fout. Il m’a vu en tant que personne. Ce n’était pas simple, pour lui, publiquement, d’avoir quelqu’un comme moi. Mais il a donné beaucoup de crédit à mon retour en compétition. Bon, je ne suis pas venu le chercher pour cela, je m’en foutais. Avec le recul aujourd’hui, je sais qu’il m’a beaucoup aidé auprès des gens et des entraîneurs.

Du coup, te vois-tu entraîner des sprinteurs un jour ?

Pas du tout (rires). Pierre-Jean est comme il est, il est capable d’entraîner du cyclisme sur piste dans 10 ans, chose que je lui ai dit quand il est parti. Je lui ai dit qu’on se reverra, mais dans un autre sport. Autant moi, je suis très marteau. Chose qui lui a plu également. Il m’a ouvert à toutes les disciplines de l’athlétisme. Quand je l’ai connu, je ne connaissais rien, à part dire que 10 secondes au 100 m, c’était pas mal. En revanche, j’étais pointu sur le marteau. Il m’a aidé à m’ouvrir et m’épanouir sur le reste de l’athlétisme et suivre les performances des autres athlètes.

Quentin Bigot : « Paul Crezevault est un gros potentiel au marteau »

Plus sérieusement, tu t’es occupé de Paul Creuzevault cette année. Coacher des lanceurs, cela peut devenir une vocation ?

Je pense. Il y a beaucoup d’anciens athlètes qui finissent par entraîner, à leur manière. Je ne me vois plus comme un accompagnant actuellement. Avec Paul, on a une histoire un peu différente. C’était mon partenaire d’entraînement. Devenir, du jour au lendemain, son entraîneur, cela ne se fait pas comme cela. Je continue de lancer sur les séances avec lui. Son coach oui, mais je reste son partenaire d’entraînement. On a un peu inversé les rôles.

Il fait partie des jeunes prometteurs de la discipline.

Un gros potentiel qui a encore beaucoup de travail à faire sur la technique. Cela tombe bien, car c’est mon dada. Je n’ai rien à lui apprendre sur la force, il est déjà très fort, avec un bon physique. C’est quelqu’un qui a lancé à 73.50 m, ce qui est déjà une performance internationale. Même si ce n’est pas 80 mètres. Tout le monde ne fait pas 73.50 m. Je pense que, sur du moyen terme, qui peut aller aux JO 2028 ? Un gars qui peut lancer à 77-78 m.

Et si, le jour J, il performe, rentrer en finale olympique. C’est quelqu’un que j’ai envie d’accompagner. En revanche, pour l’heure, prendre des jeunes et les amener, cela ne m’intéresse pas trop. Je vais quand même le faire, parce que c’est important de transmettre ce que j’ai appris. J’ai appris à le faire occasionnellement. Mais pas au point de former un groupe d’entraînement. J’ai d’autres objectifs en tête et je ne veux pas m’éparpiller.

Quentin Bigot : « Une image des lancers et des lanceurs à changer »

On avait évoqué ensemble la place du marteau en France, quatre ans après, tu vois de l’amélioration ?

Oui, oui (il le dit deux fois). Parce qu’on a eu des résultats, avec Alexandra Taverrnier et Mélina Robert-Michon. On ramène tous des médailles. Cela a décomplexé les lanceurs. Notre image a joué aussi, avec des personnalités. J’essaie d’être naturel avec les gens, mais de ne pas dire de conneries sur les plateaux télés. J’essaie de montrer le bon côté de notre sport. Et d’enlever cette image du lanceur bourru, qui ne réflechit pas et qui a des muscles à la place du cerveau. Mais les lancers, cela n’a jamais été ça.

C’était soit ça, soit le gros nounours…

On peut être un gros nounours et en avoir dans le cerveau (rires). Cela continue, avec la relève de Rose Loga et de Yann Chaussinand. Ce sont de nouvelles générations et j’espère qu’ils sauront transmettre ce qu’on a transmis à l’époque. Je pense qu’on a eu une meilleure considération des athlètes de l’équipe de France, quand on a commencé à ramener des médailles. Quand je rentre de Doha, ce n’était plus pareil. J’ai senti que mon statut avait changé en équipe de France. J’étais médaillé des championnats du monde, en même temps que Pascal Martinot-Lagarde. Cela a permis d’échanger avec plein d’athlètes et casser notre image. Il faut briser nous-mêmes la glace. Je suis parfois gêné avec certaines personnes et certains entraîneurs qui se lapident eux-mêmes en disant : « On ne parle pas de nous, on est les parents pauvres ». Je déteste cette expression.

Qu’est-ce qu’ils font, pour ne pas être les parents pauvres de l’athlétisme français. Il faut savoir communiquer et se mettre en avant. Les lanceurs ont très mal géré leur communication, pendant des années. Alors que les sprinters étaient très bon. Oui, on n’a pas les mêmes moyens, les retombées ne sont pas les mêmes financièrement. Je pense que se lapider ne fait pas avancer les choses. Il faut sortir de cette bulle-là. Je vois encore des commentaires comme cela. Pourquoi ne pas créer des évènements autour du lancer, qui rassemblent. Je n’ai jamais entendu une personne, qui a vu du marteau à la télé, dire que c’était nul. Ils me disent que c’est impressionnant et incroyable. Et qu’à côté, mettre du 10000 m, c’était long. Il y a tout un travail de communication à faire.

Et se décomplexer. Oui, dans la pensée des gens, il vaut mieux ressembler à une Rénelle Lamote qu’à une Alexandra Tavernier (NDLR : elle le dit elle-même dans plusieurs interviews). Mais le constat aujourd’hui, c’est que les gens ressemblent plus à Alexandra Tavernier qu’à Rénelle Lamote. Il y a toute une image de la société à changer. L’envie des gens est peut-être de ressembler à un mec gainé et balèze. Mais la réalité, ce n’est pas ça (rires).

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