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Coupe du monde de football

Retro Coupe du monde 1930 : Héctor Castro, manchot divin au destin céleste

Maxime Cazenave

Publié le

Retro Coupe du monde 1930 Héctor Castro, manchot divin au destin céleste
Photo Icon Sport

RETRO COUPE DU MONDE 1930 – Il y a des surnoms qui restent gravés pour l’éternité, encore plus lorsque la personne qui le reçoit s’est donnée la peine de faire des grandes choses pour ne pas tomber dans l’oubli. C’est le cas de Héctor Castro, l’un des premiers héros qu’a connu la grande histoire de la Coupe du monde. Avec une main amputée mais deux pieds en or, le gamin de Montevideo aura été l’un des hommes clés de la première victoire de l’Uruguay en 1930.

Né en 1904 à Montevideo, celui qui va devenir l’un des joueurs les plus marquants du football uruguayen aurait pourtant pu connaître un sort bien différent. Comme beaucoup de jeunes sud-américains à l’époque, il grandit alors dans une extrême pauvreté.

Amputé de la main droite à seulement 13 ans

Dès l’âge de 10 ans, il doit ainsi travailler afin d’aider à subvenir aux besoins de la famille. À 13 ans, son destin bascule. En maniant une scie électrique, l’adolescent se blesse grièvement à la main droite, ce qui le conduit à une amputation totale de la main, et d’une partie de l’avant-bras. Une particularité qui sera à l’origine d’un surnom pour l’éternité : le manchot divin.

Effectivement, malgré ce handicap, le gamin pauvre de Montevideo a de l’or dans les pieds et se passionne pour le football. À cette époque, la fédération sud-américaine de football (CONMEBOL) vient d’être mise en place, et l’équipe nationale uruguayenne devient rapidement l’une des plus compétitives au monde, surpassant notamment les historiques européens.

En 1924, la Céleste participe pour la première fois aux Jeux Olympiques à Paris, et massacre la compétition. Entre-temps, Hector Castro se fait un nom au pays. À 17 ans, il rejoint les rangs du Club Atletico Lito, avant d’intégrer en 1924 une future institution du pays : le Nacional Montevideo. Le destin est en marche.

Une légende du Nacional Montevideo

Dans les rangs du club phare du pays, il s’impose rapidement comme un attaquant redoutable, au sens du but infaillible. En huit saisons, il dispute 231 rencontres et claque un nombre impressionnant de 145 buts, tout en raflant trois titres de champion d’Uruguay. Naturellement, cela va le conduire à rapidement intégrer l’équipe nationale, la fameuse Céleste. Il effectue ses débuts au lendemain des Jeux Olympiques en fin d’année 1924, et participe à une tournée européenne dès la saison suivante. Il intègre alors une sélection dominante disposant d’une génération dorée. Successivement, il rafle la Copa America 1926 et les Jeux Olympiques 1928.





Vient alors la Coupe du monde 1930, mise en place par le Français Jules Rimet, et disputée sur le sol uruguayen. La toute première de l’Histoire. En raison de la difficulté pour arriver jusqu’en Amérique du Sud, seules quatre équipes européennes effectuent le voyage pour porter le total de participants à treize. Pour l’occasion, l’Uruguay s’est également dotée d’un nouveau stade exceptionnel : le Centenario. Un retard de construction fera d’ailleurs que la Céleste débute son Mondial seulement cinq jours après le match d’ouverture, face au Pérou, le 18 juillet 1930.

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Premier et dernier buteur de la Céleste à la Coupe du monde 1930

L’occasion de marquer l’histoire est idéale, et Héctor Castro ne s’en prive pas. La Céleste l’emporte largement 4-0, et le Divin manchot en profite pour inscrire le tout premier but uruguayen dans la plus grande des compétitions, au sein du stade le plus mythique du pays. Rien que ça. Aux côtés du mythique capitaine José Nasazzi, ou encore de José Andrade, considéré comme le premier grand joueur noir avant l’avènement du Brésilien Leonidas dans les années 1930, Héctor Castro et l’Uruguay dansent le Candombe (danse traditionnelle) sur la compétition. Facilement qualifiés en demi-finales, les Sud-Américains font littéralement exploser la Yougoslavie (6-1) pour s’offrir un duel attendu face à l’autre cador continental d’alors : l’Argentine.

Portée par le premier meilleur buteur d’une Coupe du monde, Guillermo Stabile (5 buts), cette dernière met en difficulté le pays hôte, et mène 2-1 à la pause. Toutefois, avec le soutien d’un public acquis à sa cause, et sa force de frappe collective, la Céleste réagit. José Cea égalise avant l’heure de jeu, avant que Santos Iriarte ne fasse la bascule à la 68e minute de jeu. Puis, dans les dernières minutes du match, Héctor Castro vient inscrire un quatrième but de la tête, signe de délivrance.

À 25 ans, l’attaquant manchot est le roi du monde, et marque à jamais l’histoire. Malheureusement, il s’agira de son unique participation à une Coupe du monde, puisque l’Uruguay ne prendra pas part aux éditions 1934 et 1938. Elle reviendra uniquement en 1950 pour décrocher sa deuxième étoile en faisant au passage sombrer le Brésil, pays hôte, dans la dépression.

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Le manchot divin, tout un symbole

De son côté, Héctor Castro va lui poursuivre sa carrière jusqu’en 1936 avec le Nacional Montevideo, le tout entrecoupé d’une petite saison en Argentine avec l’Estudiantes de la Plata. Avec la sélection, il glanera tout de même une deuxième Copa America en 1935, histoire de bien renforcer un palmarès déjà bien rempli. Retraité des terrains à 31 ans, il prend ensuite place sur le banc de son club de toujours entre 1939 et 1943, puis en 1952. Cinq saisons qui seront couronnées de succès avec… cinq titres de champion. Il effectuera ensuite une courte pige en tant que sélectionneur de la Céleste en 1959.

La presse sera alors surprise de sa démission prématurée, mais trouvera une forme de réponse à cela dès l’année suivante. En effet, en 1960, alors âgé de seulement 55 ans, une crise cardiaque lui sera fatale. Plus de soixante ans après, le bonhomme est toujours considéré comme l’une des figures les plus marquantes de l’histoire du football uruguayen. Il reste également l’un des premiers symboles forts du surpassement d’un handicap par le sport.

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