Rétro Vélo #1 : Giro 1990 ou le chef-d’œuvre de Gianni Bugno
CYCLISME SUR ROUTE – Premier volet de notre série sur les légendes de la Petite Reine avec un focus sur un Grand Tour à la symbolique particulière : le Giro 1990.
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L’air est doux sur Bari pour le grand départ du Tour d’Italie 1990. En ce 18 mai, les Tricolores sont à la fête avec les deux grands favoris au départ : Laurent Fignon (Castorama), vainqueur sortant, et le très régulier Charly Mottet, tout frais vainqueur du Tour de Romandie. De quoi espérer un sacre tricolore face à une concurrence dépourvue des Américains Greg Lemond et Andrew Hampsten, du Néerlandais Erik Breukink ou encore de l’Espagnol Pedro Delgado, qui se réservent tous pour le Tour de France. Quant à la contingence italienne, elle est reléguée au rang d’outsider et apparait nettement en retrait sur les Grands Tours depuis le retrait des Saronni, Moser ou autres Battaglin.
La sensation Gianni Bugno
Alors, quand s’élancent les coureurs pour la première étape, un contre-la-montre de 13 km dans les rues de la capitale des Pouilles, personne n’aurait misé un sou sur le scénario qui allait se dessiner. Gianni Bugno, homme tout terrain spécialiste des classiques vallonnées, créait la surprise en s’adjugeant l’épreuve chronométrée devant de purs spécialistes tels Thierry Marie ou Lech Piasecki. Le coureur de Chateau d’Ax confirmait deux jours plus tard sur les pentes du Vésuve, en terminant second derrière l’Espagnol Edoardo Chozas, et augmentait un peu plus son avance au classement général. Après l’abandon de Fignon sur chute, un boulevard s’offrait au Transalpin. Jugé trop lourd pour la haute montagne par ses pairs, Bugno écrasait la concurrence et remportait l’étape prestigieuse de Vallombrosa.
Par suite, l’Italien, jamais inquiété, a contrôlé tranquillement les débats. Prenant l’ascendant sur les exercices chronométriques, il impressionne encore davantage sur les pentes du Pordoï. En duo avec Charly Mottet, il prend en charge le rythme, ne demandant aucun relais au Drômois, puis, grand seigneur, lui laisse la victoire d’étape. À l’arrivée à Milan, Gianni Bugno termine avec 6:30 d’avance sur son dauphin français. De son rang d’outsider au départ, il remporte son seul et unique Grand Tour avec la manière, en portant le maillot rose de bout en bout.
En chrono comme en montagne, Gianni Bugno domina le Giro 1990. pic.twitter.com/WZQCqqaQUm
— David Guénel (@davidguenel) September 28, 2022
Italie : nouvelle vague
De fait, la coupe est pleine pour le futur double champion du monde puisqu’il s’adjuge également la défunte Coupe du Monde avec notamment un succès sur Milan San Remo et termine la saison numéro 1 mondial. Si, par la suite, il tombera toujours sur un os sur les Grands Tours en la personne du roi Miguel, il ne cessera de rester dans l’imaginaire collectif avec son maillot Gatorade de champion national. Il étoffera son palmarès de classicman avec son double titre de champion du monde (1991, 1992) et un Ronde (1994).
Au-delà de l’éclosion plus ou moins soudaine de Gianni Bugno, c’est tout un pays qui a le vent en poupe en ce début de décennie. Derrière le natif de Brugg, la nation italienne retrouve des couleurs par l’avènement de coureurs sur le tard comme Claudio Chiappucci ou des retours gagnants tels celui de Moreno Argentin. Des trajectoires parfois surprenantes comme pour le cas de Giancarlo Perini, coureur inconnu avant de prendre la huitième place du Tour de France 1992 à l’âge de 33 ans. Bien sûr, tout ceci pose question surtout qu’avec le recul, nous pouvons désormais estimer les premières prises d’EPO à cette époque. Néanmoins, cela ne suffira pas à entacher la maestria de Bugno sur les routes italiennes en ce mois de mai 1990.

