Romain Grégoire : « Je me sens beaucoup plus fort que l’année dernière »
CYCLISME – Victorieux à trois reprises en quatre jours entre samedi et mardi, Romain Grégoire (Conti Groupama-FDJ), 19 ans, crève l’écran en ce mois d’avril. Celui qui a remporté Liège-Bastogne-Liège espoirs représente un grand espoir du cyclisme français. Le champion d’Europe et vice-champion du monde juniors en 2021 a répondu, aux côtés de nos confrères de l’Est Républicain et France 3 Franche-Comté, à nos questions.
Comment vous sentez-vous après ce week-end de folie ?
Je suis très fier, je commence à réaliser petit à petit que j’ai réalisé quelque chose de pas mal. Ça a pris beaucoup d’ampleur, mais je suis très fier de ce qu’on a réalisé avec l’équipe.
Ça vous a pris du temps de redescendre de votre nuage après votre troisième succès ?
J’étais très content d’avoir réussi à faire ce que je savais faire, j’ai fait ma course comme on avait prévu de la faire avec l’équipe. Après, quand je me suis reconnecté avec le monde extérieur, que j’ai vu l’ampleur sur les réseaux sociaux, j’ai compris que ça devait être quelque chose de beau ce qu’on avait fait. J’ai couru comme je l’ai toujours fait, mais là, tout s’est parfaitement goupillé, et au final, ça fait trois succès.
Lors des deux courses italiennes, vous avez réussi à finir en solitaire. Quel était votre état d’esprit dans ces moments-là ?
Alors à Liège, on est arrivés au sprint à sept ou huit. Donc j’ai dû rester concentré jusqu’à la ligne d’arrivée. Mais sur les deux courses italiennes, c’était à chaque fois le même scénario : une bosse finale à 15 km de l’arrivée, puis une fin de parcours descendante, donc on savait que c’était propice à voir partir un homme seul. Toute l’équipe a fait le job pour me mettre dans les meilleures dispositions dans la montée finale, après c’était à moi de faire le job et d’appuyer le plus fort possible jusqu’à la ligne d’arrivée. Donc c’était un sentiment assez fort sur les 10 derniers km, de tout donner pour l’équipe, qui avait fait le travail auparavant.
Et même à la troisième course, vous étiez prêt à tout donner ?
J’ai la chance de me connaître de mieux en mieux. Avec mon coach, on avait vraiment visé ce week-end de compétition. Il a réussi à m’y mener au meilleur de ma forme. De plus, j’ai un staff qui est très professionnel, qui nous fait bien récupérer entre chaque course, ce qui fait que j’étais encore bien lors de la troisième course.
Êtes-vous prêt à débuter toutes vos courses avec l’étiquette de grand favori désormais ?
C’est une situation que j’ai déjà connue chez les juniors, je suis un petit peu habitué à ça. Mais on a une équipe très solide, et peut-être que le fait que je sois marqué de près permettra à d’autres de se montrer à l’avant, donc ce sera une bonne chose.
Justement, la Conti Groupama-FDJ en est déjà à dix succès cette saison. Vos victoires créent de l’émulation ?
C’est vraiment une fierté collective. Toute la dynamique est bonne dans l’équipe. Le groupe sprinteurs/rouleurs avait décroché des succès dès le début de saison, et ça avait lancé l’équipe dans une spirale positive. On est six coureurs à avoir déjà gagné cette année, je pense que c’est quelque chose d’assez rare.
Vous allez disputer le Baby Giro en juin. L’objectif, c’est une victoire d’étape ou le général ?
Je vais déjà avoir un mois de mai orienté vers la préparation pour le Baby Giro. Ça passera par la Flèche Ardennaise, un stage en Italie, et le Rhône-Alpes-Isère Tour. Je ne sais pas encore exactement ce que je jouerai là-bas. Dans un premier temps, une victoire d’étape, c’est sûr. Ce serait déjà une belle satisfaction. Et je vais voir derrière si le classement général suit ou pas. Parce qu’on a aussi Reuben Thompson qui sera sûrement bien pour le général, donc on verra ce qu’on peut faire.
Au vu de vos succès récents, est-ce que Groupama-FDJ a changé son fusil d’épaule sur votre programme ?
Pour l’instant, non. Et je ne pense pas que ce serait bon pour moi. J’ai fait un choix en début de saison d’intégrer l’équipe continentale et je vais rester là-dessus. Mais, c’est motivant de voir que des coureurs d’un an de plus que moi gagnent déjà des classiques, ça tire vers le haut [en parlant de Magnus Sheffield, récent vainqueur de la Flèche Brabançonne à 19 ans, NDLR]
Vous êtes-vous déjà senti aussi fort qu’aujourd’hui ?
Non, je me sens beaucoup plus fort que l’année dernière, je crois que j’ai progressé, notamment grâce aux schémas de course depuis le début de saison. Je sens que j’ai plus de force, que j’arrive plus à peser dans le final des courses, ce que je n’aurais pas pu faire l’an dernier. C’est clair que l’entraînement a bien été fait cet hiver. Avec mon entraîneur [Maxime Latourte, NDLR], on avait un plan à long terme pour me faire franchir les paliers un à un, et je pense qu’on est bien dans les temps de passage pour l’instant.
Quel type de coureur espérez-vous devenir à l’avenir ?
C’est une question que je me pose aussi, et c’est ce à quoi me sert cette année. J’ai vu que sur des classiques comme Liège-Bastogne-Liège, je pouvais répondre présent, donc c’est forcément des courses qui vont m’intéresser à l’avenir. Et des courses comme le Baby Giro en juin vont me permettre de savoir si je peux figurer sur des courses à étapes, et plus tard sur des grands tours.
Sur Liège-Bastogne-Liège Espoirs, vous succédez notamment à Guillaume Martin et Anthony Turgis. Ça vous donne une idée du type de coureur que vous pourriez devenir ?
Oui, ça donne une idée. Les coureurs qui marchent à Liège-Bastogne-Liège chez les pros sont souvent ceux qui performent sur les grands tours, mais je sais qu’il me reste pas mal de marches à franchir avant de pouvoir jouer avec les professionnels sur ces courses-là.
En mars 2022, vous déclariez ne pas comprendre l’engouement médiatique à votre propos. Vous comprenez mieux désormais ?
[Rires] En tout cas, c’est sûr que je ne vais pas calmer l’engouement médiatique ! Mais je sais que les Français attendent un nouveau coureur capable d’aller gagner les plus grandes courses du monde. Moi, j’essaie de rester calme parce que je sais que j’en suis encore loin et que rien n’est gagné.
L’exemple Thibaut Pinot, un coureur autour duquel il y avait beaucoup d’attentes qu’il n’a pas toutes comblées, c’est quelque chose auquel tu fais attention de ne pas reproduire ?
Déjà, je pense que Thibaut n’a pas fait une mauvaise carrière, loin de là. Mais pour un Français, un coureur comme lui, dès qu’on commence à parler de Tour de France, l’engouement médiatique est énorme, je pense que c’est compliqué à gérer. Mais j’ai la chance d’avoir 19 ans et d’être déjà confronté aux médias, donc je m’y habitue petit à petit. Je vois que ça pèse, que ça coûte de l’énergie, donc il faut savoir gérer ça.


