Romain Mornet : « Si je vais aux JO, ce n’est pas pour faire du tourisme »
ATHLÉTISME – Entretien avec Romain Mornet, champion de France Élite du 1500 m à Angers. Encore dans l’incertitude de sa qualification olympique. Il s’est confié sur sa course à Angers, mais aussi sur son parcours. Pas forcément prédestiné au plus haut-niveau chez les jeunes, il a finalement gravi les marches les unes après les autres. Jusqu’à devenir un vrai candidat à la qualification aux JO de Paris 2024.
(Interview réalisée dans la foulée de son titre de champion de France du 1500 m).
Romain Mornet : « J’ai eu du mal à retenir mes larmes »
On imagine ta joie, après ton titre aux Élites ?
Romain Mornet : J’ai eu du mal à retenir mes larmes, je n’y croyais pas vraiment. Je pense que je vais mettre plusieurs jours à m’en remettre et à revenir sur terre. C’est un rêve qui se réalise. Tout s’est bien décidé, j’avais encore des jambes de feu avant le dernier tour. Cela n’allait pas forcément très vite, donc pour tout le monde cela va être pareil. Tout le monde était à fond dans le dernier tour. Je réussissais à tenir et je sais que je finis plutôt bien.
Mais il y avait de gros clients en face. Mais j’y ai cru jusqu’au bout et je vois que je commence à passer tout le monde. Je n’arrivais plus à lever les genoux, mais c’était ma seule chance d’essayer d’être pris aux JO, car je n’avais pas fait les minima et que je suis limite au ranking. Montrer que je peux être intéressant en championnat. Quand on n’a pas le choix, cela donne des ailes. En plus, tous mes copains sont venus, j’étais quasiment à domicile et je n’avais pas le droit à l’erreur. J’étais actuellement 33 ou 34e au ranking et avec la semaine qui arrive, je peux être 32e. J’espère que mon titre va m’aider dans la décision.

Cela doit être incroyable dans la tête ?
Franchement, je n’y crois pas. J’ai fait deux sélections cette année. Dont les Europe qui, pour moi, avaient été bien réussi. Avec un gros niveau. À cela s’ajoute mon titre Élite cet hiver. C’était mon premier titre de champion de France, je n’avais jamais rien gagné chez les jeunes. Et là, en extérieur, sur ma distance phare. Il faut profiter, car ce ne sera pas tous les ans comme cela. Il fallait au moins finir sur une bonne note aujourd’hui. On sait que c’est dur de courir après les minima. Si je ne vais pas aux Jeux, il fallait bien figurer aujourd’hui. Je n’ai plus mon destin entre mes mains, j’ai fait ce que j’avais à faire et j’ai tout donné. On verra bien dans une semaine.
Romain Mornet : « Je me suis pris des raclées en stage au printemps »
Comment vis-tu le fait d’attendre un algorithme qui va décider ou non si tu es qualifié ?
C’est compliqué, mais je connais les règles du jeu, je les ai lues maintes et maintes fois. Je savais ce qu’il fallait faire et je n’ai pas réussi à faire les minima. Il fallait être présent sur les meetings, essayer de gagner comme à Madrid. Aux France, c’est une course complètement différente d’un meeting, il fallait réussir à répondre présent. D’autant plus qu’il y avait des gros clients, qui ont couru 3;30 et 3:32 cette année. J’ai tout donné et fait parler mon finish. J’ai essayé de pas trop décortiquer mon classement, mais bon, je l’ai fait quand même (rires). Je sais qu’un athlète va sauter, car il n’a pas couru cette année.
Qu’est-ce qui a changé entre le Romain de 2022 et celui de 2024 ?
Mon emploi du temps a changé et a été aménagé. Je suis passé à 50 % par rapport à avant où j’étais à 100 %. Cela me permet de mieux récupérer, même si ce n’est pas optimal, c’est déjà mieux. À force de côtoyer les meilleurs français, cela donne envie de faire comme eux. Au printemps dernier, je suis parti avec Azeddine (Habz) en stage. Je me suis pris des raclées comme jamais. Cela m’a fait comprendre que le chemin était encore long, mais que si je m’accrochais, cela pouvait le faire. Car je faisais tout correctement. Cela a payé aujourd’hui. Il faut profiter, peut-être que les années futures seront différentes. J’ai réussi à gagner sur les deux courses.
Romain Mornet : « Je pars vraiment de rien »
Qu’est-ce que tes deux sélections t’ont apporté ?
Au niveau des mondiaux de cross, cela m’a apporté de l’expérience, au niveau de l’environnement. Savoir gérer la chambre d’appel avec beaucoup plus de rigueur, avec des adversaires étrangers. C’étaient parmi les meilleurs. Lors des Europe, c’était vraiment la concurrence. J’arrive en finale, je fais une course correcte, je fais un petit 3:34 et je me fais éclater. C’est là que j’ai compris que le niveau européen était stratosphérique.
À l’image d’Azeddine en stage, je me suis dit : « Tu fais peut-être partie des meilleurs européens et encore, mais il y a encore énormément de chemin ». C’est ce qui me permet d’être à ce niveau-là. Pour ceux qui me connaissent, je pars vraiment de rien. J’étais réellement très bas. Je galérais à aller aux championnats de France jeunes. Je me souviens qu’à l’époque, Baptiste était déjà là et il me mettait des raclées. Et il est encore là.
Tu te transformes en gagneur.
Probablement que, sans prétentions, je progresse d’un point de vue physique et mental. Sur l’approche des compétitions, j’ai moins de stress négatif et j’arrive à me dire que, même si je me loupe, il y en aura d’autres. C’est pour cela que j’ai été régulier cette saison. Malgré le fait que je n’arrivais pas à faire les minima, j’y croyais toujours. Et malgré cela, j’étais toujours régulier. Je ne me suis jamais planté sur mes courses et j’ai toujours couru entre 3:35 et 3:34. J’étais dans de bonnes eaux. Le fait d’arrêter de me mettre des barrières m’a aidé.
😱 Dernière ligne droite de folie !
🥇 Romain Mornet (Ac Roche-Sur-Yon) crée la surprise en arrachant la médaille d’or du 1500 m en 3’43 »76 à Angers !
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— FFAthlétisme (@FFAthletisme) June 29, 2024
Romain Mornet : « Si je vais aux JO, ce n’est pas pour être sur la piste et faire bonjour à la famille »
Est-ce que tu considères que ta saison est réussie quoi qu’il arrive ?
Honnêtement oui ! Si jamais je n’avais pas fait podium et que je n’allais pas aux JO, cela aurait été une déception, malgré mes championnats d’Europe. Le titre vient récompenser tous les entraînements et tous les efforts. Pour moi, un titre, c’est tellement immense, c’est le premier en extérieur en Élite.
Le défaut de cette chasse aux minima, c’est d’avoir enchaîné beaucoup de courses. Si tu es qualifié, comment vas-tu faire pour remettre de la fraîcheur ?
Je l’ai toujours dit à mes partenaires d’entraînement. Si je vais aux JO, ce n’est pas pour être sur la piste et faire bonjour à la famille. Je n’ai pas envie de passer pour un moins que rien. J’ai enchaîné, en deux semaines, avec Rome, Finlande et Madrid. Et j’ai été surpris d’avoir bien récupéré à chaque fois. Je pense aussi que, avec mon entraîneur, on a bien bossé au mois d’avril. Depuis, je suis à 80 bornes par semaine, je ne fais que du qualitatif pour ne pas monter en charge au niveau physique. Et à chaque fois, j’ai réussi à récupérer. Même ici aujourd’hui, j’avais de bonnes jambes. J’avais peur après les séries. Le matin, je n’étais pas terrible.
Tu bats un Azeddine Habz qui a gagné en Diamond League ?
Azeddine, contrairement à moi, avait vraiment la pancarte de favori. C’est encore autre chose à gérer pour lui, même s’il en a l’habitude. À mon avis, à chaque championnat, c’est compliqué, la même difficulté. J’avais un rôle de chasseur, ce n’est pas la même pression et je n’avais rien à perdre. Si je finissais 4 ou 6e, c’était pareil. C’est une bonne chose d’avoir gagné.
Romain Mornet : « Ma direction a été hyper conciliante
Est-ce que tu sens un engouement autour de toi en Vendée ?
En termes de médiatisation, notamment depuis cette année et les Europe, cela a changé. Le fait de passer à la télé, en zone mixte. On me reconnait beaucoup plus, on passe sur France Télévisions en direct. C’est totalement différent d’un article dans le journal. Après, ce n’est pas ce que je recherche, mais je me dis que si on me reconnait de plus en plus, c’est bon signe, car cela veut dire que je performe plutôt bien. Je sens que cela grimpe de plus en plus. Il faut que cela dure et que cela aille encore plus loin.
Tu as une chance d’avoir une certaine sécurité de l’emploi, cela a été une force dans ta préparation ?
Oui et non. Oui, dans le sens où ma direction a été hyper conciliante. Pendant ces deux semaines, j’ai vadrouillé en Europe, pour chasser ces fameux minima. Ils ont été hyper indulgents avec moi et m’ont dit d’aller au bout de mon rêve et de faire ce que j’avais à faire. Ils m’ont accompagné et se sont arrangés avec les élèves. Les élèves m’ont d’ailleurs regardé à la télé quand je suis revenu en début de semaine. J’ai fini les cours avant-hier. Les élèves étaient à fond quand je suis revenu. Ils m’ont tous dit qu’ils avaient regardé et ils étaient comme des fous.
C’est vrai que cela pousse, on se dit qu’ils sont derrière nous. Cela peut paraître bête, mais c’est hyper important. Je n’avais pas envie de les décevoir. Pour eux, ce sont des jeunes, il n’y a que les JO qui comptent. Tous les jours, j’avais au moins vingt élèves qui venaient me voir, pour me demander si j’étais qualifié aux JO. Je leur ai dit que je le saurai que le 8 juillet. Mais ils revenaient à chaque fois (rires). Après, ce sont des gamins, dont ce n’était pas une pression supplémentaire. Cela me donne du courage et je n’ai pas envie de les décevoir. Même si je n’y vais pas, ils ne m’en voudront pas.
🔝 Romain Mornet en finale !
🇫🇷 Au finish, le jeune demi-fondeur se qualifie pour la finale du 1500 m. Sa cinquième place en 3’44″28 lui permet de rentrer dans le top 12 final.
💻 La compétition est à suivre en DIRECT sur @francetvsport#Roma2024 pic.twitter.com/9QypKz4P1f
— FFAthlétisme (@FFAthletisme) June 10, 2024
Romain Mornet : « Je galérais à aller aux France jeunes »
Cela a été une pression dans le sens, que j’ai pris des risques financiers. Je ne gagne pas ma vie avec l’athlétisme. Heureusement que j’ai des partenaires qui m’aident. Mais j’ai pris des risques à passer à 50 %. C’était un peu quitte ou double. Je me suis dit : « Tu tentes, si tu n’y arrives pas, c’est comme cela. Si tu y arrives, tant mieux, cela peut m’ouvrir des portes ». J’espère que cela va être le cas. J’y suis allé progressivement et je ne me suis pas mis un coup de butoir en me disant de tout quitter d’un coup, avec le risque d’être mal si je me loupe, avec rien après. À la rentrée prochaine, je passe en disponibilité complète. Je me dis que cela a été le bon choix.
Tu aurais imaginé cela, il y a deux ans
Pas du tout. Déjà, quand j’étais gamin, aller aux France Élite, c’était déjà fou. Je me souviens de l’époque des Dimitri Pasquereau, Kevin Hautcoeur, tous les gars de mon groupe et de mon club, sur le 800 m à La Roche/Yon. Ils ont gagné des France Élite, ont fait des sélections pour certains. Moi, j’étais gamin, je galérais à aller aux France jeunes. Au fur et à mesure des années, je fais 5e de mes premiers Élites, puis 3e. Avant de me prendre une petite claque, galérer en finale l’année dernière. Je me suis dit que j’allais essayer de ne pas me faire avoir cette année, ne pas m’affoler.


