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Rugby à XV

Rugby International : États-Unis et Canada, les raisons d’un déclin

Nicolas Mezine

Publié le

Rugby International États-Unis et Canada, les raisons d'un déclin
Photo Icon Sport

RUGBY INTERNATIONAL –  Ce samedi à 21h30 (heure française), les Eagles des Etats-Unis affronteront les All Blacks à Washington. Ce test-match entre toujours dans l’optique de développer le rugby aux USA, en affrontant la meilleure nation au monde. Cette semaine, les États-Unis ont annoncé le souhait d’organiser une Coupe du monde dans les 10 ans à venir. Le pays sera-t-il au niveau ? 

Dimanche soir, les All Blacks se déplacent une nouvelle fois sur le sol américain pour y affronter les Etats-Unis dans un match organisé à Washington. Grâce à ce test match, la fédération américaine de rugby espère développer le rugby dans le pays. Cependant, lorsque les États-Unis ont affronté les All Blacks en 2014 à Chicago (défaite 74-6), on nous avait annoncé que c’était le début d’un mouvement de grande ampleur permettant au rugby américain de devenir une nation forte du rugby mondial. Alors, sept ans après, le pays a-t-il tenu parole ?

Des nations moins dominantes sur le continent

Il y a quelques semaines avaient lieu les matchs de qualifications pour la Coupe du monde Rugby 2023 sur le continent américain. Ces qualifications se déroulent en plusieurs étapes. Lors du troisième tour de ces qualifications, le billet Amérique 1, synonyme de qualification pour la Coupe du monde 2023 avec une place dans la Poule A, était en jeu entre l’Uruguay et les États-Unis, dans des matchs aller-retour. À l’aller, les USA se sont imposés timidement sur le score de 19-16. Au match retour, les Uruguayens ont complètement renversé la tendance, s’imposant sur le score de 34-15, dans la furia de Montevideo. Sur le score cumulé des deux matchs, l’Uruguay l’emporte donc 50-34 et s’est donc qualifiée pour la Coupe du monde 2023. Les États-Unis devront passer par l’étape de repêchage pour tenter de remporter le ticket Amérique 2, pour être dans la Poule D de la Coupe du monde 2023. Ils affronteront le Chili.

Les Chiliens ont disposé des Canadiens. Vainqueur à l’aller 22-21 grâce à une pénalité inscrite à la sirène, le Canada est passé totalement à côté de son match retour, s’inclinant 33-24 à Valparaiso. Le Canada est donc éliminé des qualifications et ne disputera pas la prochaine Coupe du monde. Les Canadiens étaient pourtant présents lors de la Coupe du monde 2019 au Japon et à celle en Angleterre, en 2015. Il y a encore 2 ans, le Canada a battu le Chili 59-0 en Americas Rugby Championship, le Six Nations américain. Un an auparavant, les États-Unis avaient battu l’Uruguay sur le score cinglant de 61 à 19.

Lorsque l’on jette un coup d’œil au palmarès du Six Nations américain, les États-Unis ont remporté la compétition en 2017 et 2018, et ont terminé troisième en 2019, derrière l’Argentine B et l’Uruguay. De son côté, le Canada a terminé 4ème de la première édition ayant eu lieu en 2016. Sauf que depuis, les Canucks ont toujours terminé derrière l’Uruguay, étant même dépassés par le Brésil en 2020 qui a terminé 5ème.

À la lecture de ces derniers événements, il parait effarant de constater que les nations nord-américaines ont été rattrapées en terme de niveau par leurs homologues sud-américains. Il y a encore quelques années, Américains et Canadiens ne luttaient pas dans la même catégorie que le Chili, l’Uruguay ou le Brésil. Sauf qu’en 2021, le Canada se fait éliminer par le Chili, et les États-Unis par l’Uruguay. Quelles sont les raisons de ces échecs ?





Le COVID, mais pas que

Après la défaite face à l’Uruguay, Gary Gold, le sélectionneur de l’équipe américaine, avait tenté de trouver des explications à cette défaite plutôt surprise. « Depuis la dernière Coupe du monde, nous avions effectué très peu de rassemblements avec tous les joueurs de la sélection. Il y a trois ans, nous battions des équipes comme l’Uruguay et le Chili de 70 pts. Oui, les sud-américains progressent bien, mais cela ne veut pas dire que nous ne travaillons pas de notre côté. Les équipes sud-américaines effectuent plus de tests matchs que nous. Nous avons eu deux matchs cette année avant les éliminatoires, alors que les All Blacks et les Wallabies par exemple en ont joué 10 ou 12 ».

Pour développer son rugby, la Major League Rugby avait été créée fin 2017. Le but était de créer un championnat annuel mettant aux prises neuf équipes représentatives des États-Unis et Canada, lors de la première édition qui a eu lieu en 2018. Chaque année, d’autres équipes viennent s’ajouter, comme les Toronto Arrows en 2019 notamment. En 2020, en raison de la pandémie de Covid-19 aux États-Unis, le board de la MLR avait décidé dans un premier temps de suspendre la compétition, avant de définitivement l’annuler sept jours plus tard. En Amérique du Sud, certaines compétitions nationales ont été jouées. Cet arrêt de la compétition fut un coup d’arrêt considérable pour la progression des jeunes joueurs américaines, amenés à se développer grâce à cette compétition.

Il y a également eu de lourdes conséquences sur le budget de la fédération américaine, chargée de développer la Major League. En mars 2020, le conseil administration d’USA Rugby a même voté pour déposer le bilan en raison de contraintes financières insurmontables. Quelques mois après, une solution fut tout de même trouvée avec le tribunal des faillites du Delaware : échelonner le remboursement des dettes sur 5 ans afin de permettre à la fédération de sortir de la faillite.

Pour Gary Gold, il existe une seule solution : il faut jouer plus de tests pour être au niveau. « Notre prochain objectif n’est pas de jouer trois ou quatre matchs de qualification de Coupe du Monde par ci par là et ne rien jouer ensuite. Nous devons avoir un calendrier substantiel de 13 à 16 matchs internationaux par an afin de passer du temps ensemble, pour nous améliorer tous ensemble ».

Ce samedi, les Eagles affronteront la Nouvelle-Zélande avec une équipe très amoindrie. Ce match est en dehors de la fenêtre internationale de World Rugby, et du coup, les meilleurs éléments tels que Joe Taufete ou AJ MacGinty n’ont pas été libérés par leur clubs respectifs. On se dirige donc vers une nouvelle large victoire des All Blacks, les fans espèreront tout de même que les USA marqueront quelques points, mais on se demande vraiment quel est l’intérêt sur le plan sportif d’affronter l’une des meilleures nations au monde. Cela permettra certes de renflouer un peu les caisses grâce à la vente de billets, et aux All Blacks d’encaisser entre 3 et 5 millions de dollars, mais certainement pas de séduire des jeunes sportifs américains de se lancer dans cette discipline.

Le rêve d’organiser une Coupe du monde de rugby

Les explications du développement assez lent du rugby nord-américain peuvent être nombreuses. Un des nombreux facteurs de cet échec est aussi lié à la popularité de cette discipline sur le sol américain. Le rugby doit combattre avec le basket et la NBA, le football américain ou encore avec le baseball ainsi que le soccer, qui s’est enfin encré dans le paysage sportif aux États-Unis. Certes, l’équipe de rugby à 7 dont Perry Baker est la tête de gondole est connue pour certains de ses exploits sur les tournois du circuit mondial, mais l’équipe de rugby à XV aura du mal à être au niveau du soccer en terme de popularité, si des progrès ne sont pas effectués dans les années à venir.

Cependant, comme à son habitude, les États-Unis voient grand. Cette semaine, ils ont lancé leur campagne de candidature afin d’organiser la Coupe du monde 2027 ou 2031 sur le sol américain, ainsi que la Coupe du monde féminine en 2029. En cas de succès, ce serait la première fois qu’un Mondial serait organisé sur le sol américain. En 2006, le Canada avait organisé la Coupe du monde féminine tandis que San Francisco était la ville hôte de la Coupe du monde de rugby à 7 en 2018. Un slogan a même été initié autour de cette candidature : « United By Rugby ».

Pour essayer d’augmenter le nombre de pratiquants aux États-Unis, la fédération compte séduire les jeunes via des stages de détection qui ont été organisés en mai et juin dernier, dans le but de dénicher une nouvelle génération de talents masculins et féminins. Sept stages ont donc été mis en place dans le cadre du programme « USA Rugby High Performance Pathways »,  en partenariat avec World Rugby. Ces stages ont été ouverts aux joueurs de moins de 18, 20 et 23 ans, afin de renforcer les équipes de Major League.

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