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Samuel Umtiti, l’un des symboles de la dérive du sport de haut niveau sur la santé

Etienne Goursaud

Publié le

Samuel Umtiti, l'un des symboles de la dérive du très haut niveau sur la santé
Photo Icon Sport

SPORTS – Le défenseur international Samuel Umtiti n’a pas disputé le moindre match depuis le 21 janvier 2024. Symbole d’un corps qui lâche dans un sport de haut niveau toujours plus exigeant.

Samuel Umtiti a joué le Mondial 2018 avec un genou touché et n’a jamais retrouvé son niveau

Il a cassé la démarche en 2018, lors d’un but ô combien important contre la Belgique en 2018, lors de la demi-finale de Coupe du monde. Les Bleues remporteront quelques jours plus tard leur deuxième étoile. Samuel Umtiti a été un élément plus que précieux de ce sacre historique. Surtout, le défenseur central, passé par l’Olympique Lyonnais, a disputé tout le mondial avec un genou en grande délicatesse. Choisissant de repousser l’opération, pour disputer le grand rendez-vous, avec les Bleus : « J’ai pris un risque, parce que la Coupe du monde, c’est tous les quatre ans et on n’est jamais sûr de la rejouer », expliquait l’intéressé en 2021, dans un article de nos confrères de RMC Sport.

Et si, dans ce même article, le médecin des Bleus de l’époque, Franck Le Gall, explique que le Français n’a pas été sacrifié dans la conquête de ce titre mondial, les chiffres sont malheureusement éloquents, quant à la suite de la carrière du joueur de 31 ans. Qui n’en avait que 25 lors du Mondial 2018. Quinze matchs en 2018-2019, dix-huit en 2019-2020, et seize en 2020-2021, même pas un tiers du calendrier.

Et prié de trouver un autre club, devenu indésirable au FC Barcelone. Et si on a cru à un retour en forme avec Lecce, avec 25 matchs de Serie A et une saison plus solide, son passage à Lille s’avère compliqué. Arrivé en 2023, il n’a disputé que sept matchs avec les Lillois, avant de se faire opérer du genou début février. Il n’a plus joué un match depuis le 21 janvier, soit presque un an en dehors des terrains de football. Il semblerait que la fin de son aventure dans le nord de la France soit bientôt actée.

Rythme intensif et corps cassé

Samuel Umtiti est loin d’être un cas isolé dans le sport de haut niveau. Si le sport, et particulièrement le sport-santé, ont des effets bénéfiques sur le corps humain et sur l’esprit, c’est tout l’inverse pour le sport de haut niveau. Entre entraînements très intensifs, cadences infernales des calendriers et divers chocs, les corps sont de plus en plus sollicités. Et les progrès en préparation physique, s’ils permettent aux sportifs d’optimiser toujours plus leur performance, avec des sportifs qui vont plus vite, sont plus musclés et plus endurants, c’est une tout autre histoire en matière de blessures. À cela s’ajoutent, dans certains sports comme le football, des infiltrations, pour tenir son rang malgré des douleurs. Et ce sont les corps qui lâchent et des sportifs à la retraite qui peinent dans leur vie de tous les jours.

On a forcément en tête, les récentes déclarations du tennisman argentin Juan Martin Del Potro. Qui a mis un point final à sa carrière. Se confiant sur les douleurs qu’il subit au quotidien. « C’est un cauchemar sans fin (…) J’ai reçu plus de 100 injections dans la jambe, la hanche et le dos. C’est une souffrance (…), Je n’ai plus jamais gravi de marches sans douleur, je fais un voyage de 4 heures en voiture et je dois sortir pour me dégourdir les jambes, j’ai du mal à dormir ». Pour revenir dans le monde du ballon rond, Luis Suarez, l’ancien attaquant de Liverpool et du FC Barcelone, avait également témoigné de ses difficultés. Lui aussi victime d’un genou qui le fait souffrir : « Je ressens un pincement constant ». Et avec cette déclaration terrible : « Mon fils me demande déjà de jouer au football avec lui, mais je ne peux pas ». 

Rafael Nadal, qui n’a pas pu avoir la fin de carrière espérée, est un autre exemple. Le rugby, avec les conséquences des commotions cérébrales, a aussi ouvert les yeux en grand, avec des cas de maladies neurologiques chez certains, très jeunes et peu de temps après leur carrière.





Le cercle vicieux de jouer pour rester au sommet

Des études ont déjà alerté sur la pratique intensive du sport chez les jeunes, notamment sur le développement de la croissance et le développement osseux, ainsi que des risques concernant des pratiques alimentaires qui peuvent virer vers une anorexie. Mais chez des adultes, le risque est important. Et le cercle est vicieux. Dans un sport collectif, tout sportif veut jouer le maximum de matchs. Et il sait que, s’il ne joue pas, il s’expose à perdre sa place. Et sera prêt à tout, quitte à se mettre en danger dans son futur pour jouer. Dans un sport comme le tennis, ne pas jouer, c’est perdre des gros points ATP/WTA. Descendre dans le classement et avoir moins de portes d’entrée dans des tournois.

Et on ne peut pas dissocier les conséquences mentales, avec des sportifs soumis à une pression constante. Le corps et l’esprit sont liés. Certains, comme Florent Manaudou ou la handballeuse russe Anna Viakhireva ont pris des pauses dans leur carrière, avant de revenir. D’autres sportifs ont connu des fins de carrière prématurées. Et d’autres, comme Simon Biles et Michael Phelps, n’ont pas hésité à témoigner sur les difficultés mentales, voire la dépression, qu’ils ont dû affronter dans leur carrière. « Les projets sportifs, personnels et socioprofessionnels des athlètes peuvent être pourvoyeurs de troubles psychologiques », explique Sébastien Le Garrec, chef du pôle médical à l’INSEP, dans cet article du site Handicap.fr.

Et ça, c’est sans évoquer la tentation du dopage. Des sirènes auxquelles cèdent certains sportifs. Et qui ne sont pas sans conséquences au niveau santé. En cyclisme, on a les cas de Tom Simpson, mort à cause des amphétamines. Mais le dopage ne touche pas que le simple cyclisme. Et doper artificiellement son corps, pour lui faire atteindre des limites qu’il n’aurait pas atteintes sans cela, peut poser des problèmes. L’EPO épaissit le sang, les anabolisants effondrent le taux de testostérone et peuvent amener à une stérilité, sans parler des conséquences, en termes de tendinite. Si le sport est bon pour la santé, les dérives du haut niveau commencent à revenir en pleine face de certains sportifs, qui ont littéralement sacrifié leur corps sur l’autel de la performance. Le revers de la médaille, certains diront.

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