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Ségolène Lefebvre : « Mon but ultime, c’est de réunifier les quatre ceintures »

Sébastien Gente

Publié le

Ségolène Lefebvre Mon but ultime, c'est de réunifier les quatre ceintures
Photo Fenech Media Boxe

BOXE ANGLAISE – Championne du monde WBO des Super-Coqs, Ségolène Lefebvre a malheureusement dû renoncer à défendre son titre le 29 octobre prochain, à cause d’une blessure à la main subie à l’entraînement. Pour Dicodusport, elle revient sur ce fâcheux évènement, sa carrière, ses objectifs et la place de la boxe en France.

Bonjour Ségolène, tout d’abord, comment ça va ?

Moyennement. Le physique, mais surtout le moral sont touchés. Ce n’est pas évident, un Championnat du monde annulé à cinq semaines de la date, c’est contrariant.

Comment est arrivée la blessure ?

J’étais en Belgique, je faisais un combat sparring avec Delphine Pierson. C’était le neuvième round, il devait rester 10-15 secondes, c’est de ma faute, elle m’a accroché, la main a tourné, et le pouce a absorbé tout l’impact (elle souffre d’une fracture déplacée d’un métacarpe de la main droite, NDLR). Cela aurait pu arriver n’importe quand, mais c’est arrivé là.

Qu’en est-il de la tenue du combat du coup ?

Normalement, je garde mon titre, puisque j’ai toutes les justifications médicales. Le combat en lui-même sera reporté, mais je ne sais pas encore à quelle date, ni même si ce sera contre la même adversaire. Mais quoi qu’il en soit, ce n’est pas annulé, je défendrai ma ceinture, mais l’année prochaine. Par contre, j’étais le main event de la soirée, donc c’est dommage. En plus, c’était dans mon club. Le combat sera remplacé par un autre combat pro, mais c’est impossible de remplacer un Championnat du monde par un autre en si peu de temps.

Outre la ceinture WBO, tu détiens la ceinture WBC Silver. De quoi s’agit-il exactement ?

En fait, c’est comme une demi-finale mondiale dans une autre fédération. Avec cette ceinture, on a beaucoup plus de chances d’avoir une chance mondiale dans la fédération en question, ça vous met sur le devant de la scène. Le fonctionnement est un peu compliqué, même nous parfois, on ne comprend pas tout. Mais ça peut donner une chance mondiale en WBC, donc ce n’est pas mal.

Quelle fédération est la plus prestigieuse ?

Je ne saurais pas dire, il y a quatre fédérations majeures (WBA, WBC, WBO et IBF, NDLR), mais c’est selon les préférences. Je crois que c’est la WBA la plus ancienne. Mais peu importe, tout le monde a un ressenti différent sur le sujet.

Comment tu en es arrivée à la boxe ?

C’est mon grand frère, qui est un peu plus âgé que moi, qui a commencé la boxe en premier. Je l’ai suivi parce que je voulais faire comme lui. De fil en aiguille, on a continué, on a gagné des combats, puis des titres, et puis aujourd’hui je suis là devant toi (rires) !

Mais comment on passe de boxer en pro à avoir une chance mondiale ?

J’ai commencé comme tout le monde en professionnel, j’ai fait beaucoup de combats pour monter dans les classements. Puis j’ai eu la chance de signer avec MTK Global, promoteur de Tyson Fury pour ne citer que lui. Puis, c’est grâce à mon entraîneur Robert Pantigny que j’ai pu avoir une chance pour une ceinture WBO. Le boxeur doit travailler énormément, bien entendu, mais il y a tout un travail en amont, il faut que le promoteur pousse au cul si je puis dire. Mais il faut travailler pour mériter cette chance, parce que des fédérations comme la WBO ne donnent pas leur chance à n’importe qui. Cela pourrait porter préjudice à leur image s’ils mettent n’importe qui sur le ring.

Comment tu fonctionnes pour ton entraînement ?

J’appartiens au Douai Boxing Club, et il y a plusieurs entraîneurs. Mais je suis principalement sous les ordres de Robert Pantigny, qui est le leader de la team. Je ne m’entraîne jamais toute seule, il y a d’autres pro avec moi, il y a les boxeurs loisirs, la boxe éducative, on s’entraîne tous en même temps, mais je suis prise en charge plus particulièrement.

Mais tu ne possèdes pas un staff personnel étoffé ?

Robert gère toute la partie boxe et préparation. Au niveau alimentaire par exemple, je me débrouille toute seule, je sais ce que je dois faire pour être au bon poids le jour du combat. Mais dernièrement, je me suis entourée d’une bonne équipe médicale, qui m’a pris en charge quand je me suis blessée à la main, ce qui fait que j’ai été rapidement opérée, et que je suis déjà en pourparlers pour la rééducation de ma main.

Et du coup, tu connais déjà ton indisponibilité ?

Je me suis fait opérer lundi (il y a une semaine), on m’a posé deux broches. J’ai une attelle sur mesure que je dois garder six semaines. Ensuite, je me ferai réopérer pour enlever les broches, puis la rééducation. Cela dépend de la guérison, au minimum ce sera trois mois, mais je pense que ce sera plus. Ensuite, il faudra reprendre les entraînements, au début je pense que je ne serai pas forcément confiante pour remettre des impacts. Pour une récupération totale, je table sur 4 à 6 mois.

C’est ta première grosse blessure sérieuse ?

Oui, c’est la première qui fait que je ne peux pas boxer. Des blessures, tous les boxeurs en ont, des contusions ou autres, mais c’est la première sérieuse.

Comment se fait-il que tu ne sois pas plus exposée médiatiquement ? Il n’y a pourtant pas beaucoup de champions du monde français.

La boxe en elle-même n’est pas spécialement médiatisée, donc cela a un impact. Le fait d’être une femme aussi a un impact. Dans n’importe quel sport, les femmes sont moins suivies, moins médiatisées. Tout ça fait que je ne suis pas très reconnue. Lors de mon dernier Championnat du monde, il y avait quelques médias qui sont venus comme Stade 2, c’était cool, mais il reste beaucoup de travail à faire en amont pour la boxe anglaise en France.

Que ce soit pour les hommes ou pour les femmes, on est en retard par rapport à certains pays. En Angleterre, les boxeurs sont reconnus, médiatisés, ils gagnent leur vie. En France, ce n’est pas le cas, il y a un problème médiatique, et je pense que la fédération ne travaille pas assez pour ses boxeurs.

C’est vrai que c’est compliqué de voir des combats de boxe…

Il n’y a pas grand-chose, il y au eu Canal+ avec Tony Yoka, c’est bien parce que ça permettait de parler de la boxe, mais c’est tout. Il y a eu Nordine Oubaali (ancien champion du monde, NDLR) qui était allé boxer au Japon. Je suis allé au Japon, j’ai vu comment ça se passait. Il y avait des médias du monde entier, mais pas un seul média français. Pourtant, il est champion du monde WBC, mais il n’y a pas eu de diffusion. Il part au Japon, il bat le Japonais chez lui, mais c’était passé quasi inaperçu. Seuls les suiveurs de la boxe l’ont su. Il y a eu un article sur le site de la FFB et encore. Je ne sais même pas quoi dire à ce sujet.

Ce manque d’exposition t’empêche de gagner ta vie correctement ?

Plus tu as d’exposition, plus tu as de médiatisation, et plus tu as d’argent. On ne peut pas dire que je vis de la boxe, parce qu’à côté, je suis éducatrice sportive. Quand je peux travailler, je travaille, après quand je suis en préparation de combat, j’ai la chance de pouvoir me concentrer là-dessus. Mais c’est triste que des champions comme Nordine, comme moi ou d’autres ne puissent pas gagner leur vie et se concentrer pleinement sur leur carrière de sportif. Dans les autres pays, un boxeur est un boxeur. Nous, ce n’est même pas considéré comme un métier, c’est parce qu’on est passionnés que l’on fait ça aussi. Moi, je ne cherche pas la renommée, mais une fois que j’arrêterai, je tomberai aux oubliettes.

Ton surnom, Majestic, ça vient d’où ?

(rires) Ah ça remonte, je ne saurais même plus expliquer le pourquoi du comment, c’est venu tout seul. Au début de ma carrière, un ami m’a dit que j’avais boxé de façon majestueuse, à l’anglaise quoi. Et puis c’est resté, au début je le disais en rigolant. Et puis tout le monde a un nom de scène, et puis j’ai fait un bandeau avec marqué « Majestic » pour monter sur le ring, donc maintenant tout le monde m’appelle « Majestic » (rires). Mais ça va c’est cool comme surnom !

Au total, tu as remporté combien de titres mondiaux ?

Alors il y a les fédérations majeures et mineures, même si pour moi un titre de championne du monde, c’est un titre de championne du monde. Il y a des fédérations mineures où parfois l’adversaire est de meilleure qualité. Mais j’ai déjà eu la WBO, la WBC et l’IBF. Et donc en plus la WBC Silver.

Cela pourrait être un objectif d’aller chercher le titre en WBA et donc d’avoir acquis le titre dans toutes les fédérations majeures ?

Je n’en parle pas vraiment, mais mon but ultime, c’est de réunifier les quatre ceintures. Si c’est en même temps tant mieux, comme ça je fais un combat, j’ai les quatre, je suis tranquille (rires). Mais réunifier les quatre ceintures (WBA, WBO, WBC, IBF) et avoir en plus la ceinture The Ring (ceinture décernée par Ring Magazine, qui récompense le meilleur boxeur incontestable de sa catégorie, NDLR), c’est ça mon but ultime. C’est compliqué pour beaucoup de raisons, mais c’est ça mon but. Si je suis championne WBO, c’est que j’ai les qualités pour le faire. Après, il y a bien sûr des problèmes d’organisation pour y parvenir. Parfois, il y a des championnes qui ne veulent pas s’affronter, et des combats de réunification n’ont jamais lieu.

Selon toi, sur les autres détentrices de ceintures mondiales, laquelle serait la plus compliquée à boxer ?

Cela va te paraître bizarre ce que je vais te dire, mais je n’ai jamais vu aucune des autres championnes boxer. Je ne regarde jamais le combat de mes adversaires.

C’est une approche originale.

Je dois être une des rares à faire ça, je sais qu’en général, tous les boxeurs regardent les combats de leurs adversaires pour analyser. Moi on le fait à ma place, et ensuite on m’explique ce qu’il faudra faire pour les battre. Mais j’aurais jamais vu de mes propres yeux comment ça boxe en face.

Mais c’est une volonté de ta part ?

Oui, c’est une volonté de ma part, j’ai toujours fonctionné comme ça, et pour l’instant, ça a marché pour tous mes combats, donc on continue !


John Stockton, Gianni Bugno, Zinedine Zidane, Steffi Graf, Frode Andresen, Stéphane Stoecklin, Davis Kamoga, Primoz Peterka, Werner Schlager et Aurélien Rougerie. Point commun entre ces sportifs? Ils m'ont fait rêver et ont bercé mon adolescence. Je suis un fondu de sports et j'essaie de retranscrire ma passion à travers mes articles. Originaire du Périgord, ma passion pour les Girondins, les Jaunards et les Jazzmen transpire dans mes écrits.

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