Skeleton : l’incroyable histoire de Simidele Adeagbo


Me croirez-vous si je vous dis qu’avant le 12 septembre 2017, Simidele Adeagbo n’avait jamais touché à un skeleton ? Pourtant, il y a une semaine, elle est devenue la première Africaine à se qualifier pour le skeleton aux Jeux Olympiques. Elle représentera le Nigeria avec ses trois compatriotes qualifiées en bobsleigh.

Née au Nigeria, Simidele Adeagbo, 36 ans, y a vécu jusqu’à l’âge de 6 ans. Elle a ensuite grandi entre les Etats-Unis et le Canada. Elle vit depuis un peu moins de cinq ans à Johannesburg en Afrique du Sud où elle travaille chez Nike en tant que manager marketing.

 

© Molly Chomamontie/Supplied

Une passionnée de sport

Elle a toujours aimé le sport. Elle a pratiqué différents sports avant de se spécialiser en athlétisme comme les bobeuses. A l’université de Kentucky, elle a fait du sprint, de la longueur et surtout du triple saut. Elle a été nommée à quatre reprises dans la meilleure équipe « All-American » du Championnat NCAA d’athlétisme division 3 pour ses résultats en triple saut. Elle a détenu le record de son école en triple saut. Pendant plusieurs années elle a bien été classée au niveau national américain et elle a participé deux fois aux sélections olympiques américaines en triple saut. Son rêve était de participer aux Jeux Olympiques et elle a failli atteindre son but en 2008 mais avec 13m99, elle s’est classée quatrième et ce sont les deux premières Shani Marks (14m38) et Erica McLain (14m20) qui ont obtenu leur ticket. Elle a alors arrêté l’athlétisme et enterré tout espoir de participer aux Jeux Olympiques.

2016 : l’appel des pistes de glace

En décembre 2016, elle a entendu parler de l’équipe de bobsleigh du Nigeria et a directement été inspirée par leur objectif audacieux de devenir la première équipe africaine à se qualifier pour les Jeux Olympiques d’hiver. En lisant des articles sur cette équipe, elle s’est dit « pourquoi pas moi ? ». Initialement, elle pensait être le quatrième membre de l’équipe et les a contactées en ce sens mais elles lui ont appris qu’en bobsleigh, si chez les hommes ils sont 4, chez les femmes elles ne sont que 2. Elle est tout de même restée en contact avec les membres de la fédération qui venait juste de se créer. Au mois d’août 2017 étaient organisées les sélections olympiques nigérianes pour le bobsleigh et le skeleton à Houston. Elle a donc décidé de faire le voyage de 22h depuis Johannesburg jusqu’au Texas et est arrivée le matin des sélections. Ces sélections se sont très bien passées puisque les tests portaient sur des aspects qu’elle maîtrisait lorsqu’elle pratiquait l’athlétisme : la vitesse (sprint de 45m), la puissance (lancer de poids) et l’explosivité (saut en longueur sans élan). Quelques semaines plus tard, elle recevait un appel de la fédération lui demandant de participer à un camp d’équipe au Canada (pour enfin pratiquer sur les pistes avec de la neige) au cours duquel elle s’est essayée au bobsleigh et au skeleton. Et c’est finalement dans le skeleton qu’elle a vu une opportunité d’exprimer son talent.

Le 7 octobre dernier elle a contacté un ami, Tobie Hatfield, Directeur sénior « athlete innovation » qu’elle a rencontré à ses débuts à Nike lorsqu’elle était chef de produit chaussures, pour qu’il la conseille. Il a déjà conçu des pointes pour le skeleton pour des athlètes Nike comme Tristan Gale, qui a remporté l’or aux JO de 2002, Katie Uhlaender ou encore des chaussures de bobsleigh pour le Prince Albert de Monaco pour les JO de 2002. Il lui a proposé de concevoir des chaussures pour elle avec son équipe de 25 designers et ingénieurs. Après plusieurs heures de travail (déjà 60h rien que pour sculpter et aiguiser chaque pointe), Simidele Adeagbo a pu utiliser ses chaussures lors de ses troisième et quatrième courses qualificatives Park City (Utah) les 28 et 29 novembre. Elle lui a fait quelques remarques et il travaille toujours sur la version finale des pointes qu’elle portera en Corée du Sud.

 

© Fast start athletics

Lake Placid : le rêve devient réalité

Pour pouvoir participer aux Jeux Olympiques de PyeongChang, Simidele Adeagbo devait être dans le top 45 et avoir participé à cinq courses qualificatives sur trois pistes différentes lors de la saison 2016/2017 ou 2017/2018.

Le 11 janvier dernier à Lake Placid (New York), elle a participé à sa cinquième course, synonyme d’éligibilité. Mieux que ça, elle a remporté le bronze à l’issue des deux manches, réalisant le meilleur départ de la journée (5.29 secondes) et le deuxième meilleur temps sur l’ensemble des manches (58.11 secondes). Le jour suivant, elle a récidivé en remportant une nouvelle fois le bronze lors de sa sixième course de la saison (59.88 secondes). C’est la première Africaine à se hisser sur le podium d’une compétition internationale de skeleton.

Si elle est actuellement 71e au classement IBSF (International Bobsleigh and Skeleton Federation) elle est tout de même qualifiée pour les Jeux Olympiques. En effet, chaque continent devant être représenté, après élimination des athlètes dont le pays a atteint sa limite de quotas, des quotas doivent être attribués au pays hôte et aux continents non représentés.

Une femme courageuse

En plus de ses obligations professionnelles, Simidele Adeagbo est restée impliquée et déterminée pour réaliser ses objectifs. Et tout ceci, elle l’a accompli sans l’aide d’un entraîneur. « J’ai littéralement dépoussiéré mes anciens livres d’entraînement que j’avais à l’époque où je faisais de l’athlétisme » a-t-elle déclaré. Elle a consigné chacun de ses entraînements réalisés. Elle passe peu de temps sur la glace (il n’y a pas de piste de glace à Johannesburg) et n’a jamais foulé la piste de PyeongChang mais elle réalise une importante préparation mentale : « J’étudie la piste de près et je me visualise sur la piste autant que possible« . Quand elle le peut, elle voyage au Canada pour s’entraîner. Le reste du temps, sa routine est la suivante : 2-3h à la salle de gymnastique d’abord sur la piste (exercices de sprint sur 30 à 40m) puis dynamophilie et entraînement au saut.

 

Je représente cette nouvelle génération de leaders africains qui a la responsabilité de briser le plafond de verre, d’ouvrir des portes et d’ouvrir la voie aux générations futures. En tant que première athlète de skeleton nigériane, je veux être un exemple et inspirer les gens en leur montrant ce qui est possible. […] je crois qu’il est temps que le monde voie des femmes africaines fortes, intelligentes, enjouées, courageuses, belles et ambitieuses, pionnières du sport.

Arlette

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