Stany Delayre, l’esprit libéré
Quelques jours après l’annonce de sa retraite, nous avons rencontré Stany Delayre qui revient sur cette décision mais aussi sur ses souvenirs de carrière.
Stany, quelques jours après l’annonce de ta retraite, comment te sens-tu ?
Je me sens bien et libéré ! C’était un poids de garder cette décision donc cela fait du bien de le dire et ça me permet de l’accepter encore un peu plus. Je profite des moments de la vie et je me concentre sur mes nouveaux projets personnels et professionnels.
Pourquoi avoir pris cette décision ? A quel moment l’as-tu prise ?
La première chose, c’est que j’étais vraiment fatigué physiquement et mentalement par ce que l’aviron me demandait. C’est un vrai engagement qui requiert beaucoup d’absences notamment, et ce n’est pas possible de faire les choses à moitié. J’ai des projets personnels, donc mes objectifs ont changé et c’est vrai que ma famille a pris beaucoup plus de place dans ma vie avec l’âge, je n’ai plus 20 ans. Ce n’est jamais des décisions faciles à prendre mais c’est vrai qu’en 2015, je pensais faire l’année olympique et 2017 en plus puis m’arrêter. C’est vrai que les choses ne se sont pas forcément passées comme cela, donc toutes les cartes ont été redistribuées. Je me suis demandé si j’avais envie de repartir pour une olympiade, mais je me suis rendu compte petit à petit qu’il y avait des choses dans la vie plus importantes que le sport de haut niveau.
La retraite de Jérémie [Azou] a-t-elle influencé ton choix ?
Non, elle n’a pas directement influencé ma décision mais cela m’a fait me poser encore plus de questions, car j’étais relancé dans le projet du double. Mais malgré cela et après le break des championnats du monde, je ne me sentais pas de repartir, l’envie n’était plus vraiment là.
Même si tu es à nouveau devenu champion du monde en 2017 à 4, est-ce que finalement, quelque chose s’est vraiment cassé au printemps 2016, sans pouvoir se réparer ?
C’est vrai qu’il y a eu une vraie cassure avec le double suite à la sélection pour les Jeux Olympiques. Nos relations avec Jérémie ont été différentes suite à cela, car il devait être dans son nouveau rôle vis-à-vis de Pierre [Houin], donc il était sur la défensive, un peu mal à l’aise et il a sûrement voulu me protéger de certaines choses. Nous passions moins de temps ensemble car nous n’étions plus dans la même chambre ou dans la même embarcation et de ce fait, il n’y avait plus nos échanges habituels. Même si le fond de notre relation n’a pas changé, il y a forcément eu cette cassure là.
J’ai appris à me détacher de tout cela et à profiter des moments qui se sont présentés, même s’ils étaient différents. Avec Jérémie, nous avons tellement pris de plaisir à ramer ensemble que c’était plus compliqué de retrouver ces sensations dans un autre bateau. Quand il a pris sa retraite, cela devenait certain que tous ces moments de plaisir avec lui n’étaient plus que des souvenirs. Même si un jour on refait du double ensemble, l’état de forme et les sensations ne seront plus les mêmes.
Sans Jérémie, ni toi, penses-tu que Pierre va pouvoir trouver un équipier pour rester en haut de la hiérarchie mondiale ?
Je l’espère, mais cela va prendre du temps car il y a un vrai travail de reconstruction à faire. Trois des quatre premiers du dernier championnats de France bateau court poids léger ont arrêté, donc cela va forcément laisser un vide. Pierre, même s’il est champion olympique, il n’a pas l’expérience de Jérémie, donc il va falloir être patient et prendre le temps d’accepter cette épreuve de reconstruction.
Ton meilleur souvenir de sportif dans ta discipline ? Et hors titre, quel souvenir garderas-tu de ta carrière ?
La facilité serait de dire le titre de champion du monde à Aiguebelette, mais je vais dire la course des championnats de France en 2012 où je termine deuxième et qui m’a permis de rentrer dans le double. C’est grâce à cette course que j’ai pu vivre la quatrième place aux JO ou le titre de 2015. Sans cette performance, je n’aurais pas été essayé avec Jérémie, nous n’aurions pas gagné Lucerne et ainsi de suite.
Et ce que je retiendrai, hors des résultats, ce sont les rencontres que j’ai pu faire comme Jérem, qui est devenu parrain de mon fils ou la relation que j’ai aujourd’hui avec mon entraineur, Alexis. Grâce à l’aviron j’ai pu rencontrer des gens formidables avec qui j’ai vécu des émotions énormes.
La suite pour toi, c’est quoi ? Vas-tu rester proche de l’aviron ?
Je vais être proche de ma famille, nous allons terminer de rénover la maison que nous avons acheté. Professionnellement, je deviens responsable sportif du sport nautique de Bergerac, je prends la suite des frères Rousseaux qui m’ont formé quand j’étais plus jeune. Je vais essayer d’apporter aux jeunes ce qu’on m’a apporté quand j’étais plus jeune pour continuer à ce que le club de Bergerac soit sur des podiums nationaux et internationaux.


