Stéphane Houdet : « Le tennis fauteuil doit devenir un sport ouvert à tous »
Nous avons rencontré Stéphane Houdet, champion français de tennis fauteuil, qui aimerait que son sport s’ouvre à tous.
Stéphane, peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Stéphane Houdet, je suis joueur de tennis fauteuil à la suite d’un accident de moto en août 1996, qui a entraîné l’amputation de ma jambe gauche en 2004. J’ai du arrêter ma profession de vétérinaire et désormais, j’occupe un poste au ministère des armées. Indirectement, l’accident m’a replongé dans le monde du sport, et, après quelques années sur les greens de golf, j’ai eu la chance de revenir à mon premier amour, le tennis !
Comment as-tu commencé le tennis fauteuil ?
C’est une rencontre avec Johan Cruyff sur les greens de golf en 2004 qui a été décisive et qui m’a permis de devenir joueur de tennis fauteuil. Il m’a parlé de ce sport car sa fondation était engagée dans le développement du circuit mondial. A la base j’avais pour idée de créer la même chose pour le golf.
Tu as conservé le titre en double au British Open avec Nicolas, quel sentiment domine après ce nouveau succès ?
Nous sommes très contents de ce succès. Cela fait maintenant des années que nous jouons ensemble et que nous nous battons avec les meilleurs. Cela faisait plusieurs fois que nous rencontrions les anglais en finale mais ce coup-ci ils avaient été éliminés en demie. Cela montre à quel point le niveau est dense en tennis fauteuil et que chaque victoire est dure à aller chercher. Rien n’est fait à l’avance donc nous savourons chaque victoire.
Il y a un an tu décrochais une nouvelle médaille d’or aux jeux paralympiques de Rio, quel regard portes-tu sur cette victoire 1 an après ?
Je pense que c’était la médaille de la sagesse et de l’expérience ! Nous étions les grands favoris pour ce tournoi. Nous savions que les anglais jouaient de mieux en mieux mais nous venions de les battre sèchement au British Open justement. Nous avons été solides pendant le tournoi. En finale, j’ai eu une petite baisse à cause de douleurs au dos mais Nicolas m’a soutenu à chaque fois. Nous voulions vraiment cette victoire et nous sommes allés la chercher !
Tu as remporté de nombreux beaux tournois et de belles victoires, si tu devais en ressortir une du lot ? Pourquoi ?
Roland Garros 2013 ! En 2012 je le gagne pour la première fois dans un match hyper serré, 7/6 au troisième set. Ensuite je gagne l’US Open en septembre 2012. Et en 2013 quand j’arrive à Roland Garros, je ne suis plus dans la peau du challenger mais de l’homme à battre, c’est à moi de confirmer et je gagne dans une finale contre le même adversaire, à nouveau 7/6 au troisième set !

Stefan Olsson, Stéphane Houdet, Shingo Kunieda et Gustavo Fernandez lors de la finale du double au tournoi de Surbiton.
Quels sont tes objectifs pour la fin de saison ?
Il y a l’US Open qui se profile avec pour objectif de gagner en double et de bien figurer en simple, et pourquoi pas gagner aussi ! 🙂
Le tennis handisport et plus généralement l’handisport fait son chemin en France, que penses-tu de cette évolution sur les dernières années ? Quels sont les chantiers principaux pour poursuivre le développement du handisport ?
Je pense qu’il y a eu un tournant depuis les Jeux de Londres en 2012. La bascule c’est au niveau psychologique, l’identification à des champions handisport est difficile car personne ne souhaite qu’un de ses proches soit handicapé. Mais aujourd’hui les gens arrivent à voir la force mentale que les athlètes handisports possèdent et commencent à suivre et supporter ces athlètes. On peut dire que les mentalités avancent donc oui l’handisport avance mais j’aimerais que les choses aillent encore plus loin. Comme l’avait dit Stéphane Diagana, le succès de la fédération handisport sera de disparaître. J’entends par là que j’aimerais que le tennis fauteuil soit un sport à part entière. Aujourd’hui notre sport est réservé à une population de déficients alors que je souhaiterais pouvoir affronter et battre des personnes valides. Je pense que le tennis fauteuil doit montrer l’exemple et prendre un virage en s’ouvrant à tous. Pour moi la fédération handisport doit avoir pour mission de faire découvrir la pratique de certains sports mais pour ce qui est des compétitions handisports nous devons nous tourner vers les fédérations sportives.
Si on parle plus globalement du handicap, il y a aussi des avancées en France, cela prend du temps, trop selon toi ?
Oui cela prend du temps car nous sommes dans une société moderne où il y a beaucoup de lois et d’assurances qui bloquent certaines avancées. Pour donner un exemple, dans certains pays en développement si un court de tennis n’est pas accessible les personnes posent une planche pour qu’il le devienne mais en France ceci n’est pas aussi simple car on doit répondre a un cahier des charges. Ces lois et ces assurances rendent les choses très complexes alors que dans d’autres pays ils arrivent à le faire de manière très simple. Je pense que ces contraintes découragent certaines personnes à rendre des structures accessibles. Après c’est aussi à nous de rendre l’handisport plus lisible pour les spectateurs et même pour la presse car aujourd’hui il y a trop de compétitions différentes en fonction de chaque handicap, c’est illisible.
Si tu pouvais passer 30 minutes avec le sportif ou la sportive de ton choix ?
J’ai déjà pu échanger avec Roger Federer. Aujourd’hui je choisirais quelqu’un avec qui je peux échanger sur ma vision global du tennis et du sport. Je crois que je choisirais Laura Flessel. J’aimerais pouvoir lui expliquer clairement ma vision pour le tennis fauteuil et qu’elle puisse m’aider dans ma démarche.



