Steve Chainel : « J’ai toujours la même passion, la même envie et la même hargne »
Alors que la saison 2020-2021 de cyclo-cross approche de son épilogue, nous avons échangé avec Steve Chainel, coureur et fondateur de la Cross Team Legendre. L’ancien coureur professionnel sur route fait un premier bilan de cette saison, évoque les deux stars de la discipline, Mathieu van der Poel et Wout Van Aert mais aussi son nouveau rôle à l’UCI et la place du cyclo-cross en France.
Steve, même si la saison de cyclo-cross n’est pas complètement terminée, quel bilan en fais-tu ?
Le bilan, il faut être honnête n’est pas à la hauteur de mes espérances, mais aussi de l’espérance de l’ensemble de l’équipe. Nous avons beaucoup de belles choses à notre compteur en cette fin de saison, mais aussi pas mal de déceptions… C’est ainsi. Notre fil rouge qui est habituellement la Coupe de France n’a pas eu lieu, et il est forcément compliqué de tirer un bilan, alors que nous avons été courir quasiment toute l’année à l’étranger. J’ai tout de même gagné en Suède à Stockholm et avoir levé les bras m’a fait un bien fou.
Que vises-tu sur les dernières courses de la saison ? Seras-tu au départ des deux X2o et du dernier Super Prestige ?
Je vais faire les trois derniers week-ends en Belgique, c’est important pour moi, car je suis un spécialiste du cyclo-cross, et ce n’est pas parce que le championnat du monde est passé qu’il faut s’arrêter. C’est un petit peu la mode en France, on s’arrête un petit peu précipitamment, c’est normal compte tenu des saisons route qui en général s’enchaînent rapidement.
Pour le Team Legendre, il y a eu le titre de champion de France espoirs d’Antoine Huby et le podium de David Menut. Quel premier bilan fais-tu de la saison de ton équipe ?
Le titre de champion de France, ainsi que les deux médailles de David et Florian, viennent évidemment confirmer que nous sommes le team numéro un en France. Aucune équipe n’a fait mieux, et c’est un moindre mal compte tenu de notre situation actuelle puisque nous sommes également la seule équipe de cyclo-cross pro inscrite à l’UCI.
Tu côtoies de près van der Poel et Van Aert, les deux phénomènes du cyclo-cross. Que penses-tu de ces deux champions ? Ils apportent de la visibilité au cyclo-cross, encore plus depuis qu’ils sont aussi sur la route, est-ce que c’est perceptible pour toi en tant que patron d’équipe, notamment pour les sponsors ?
Je les côtoies évidemment, et c’est toujours intéressant de pouvoir discuter avec eux, de savoir quel regard ils portent sur la discipline, mais aussi de discuter avec eux de l’avenir du cyclo-cross. Ce sont de véritables stars du cyclisme en général. Étant de l’école de formation cyclo-cross, je suis très content qu’ils puissent continuer dans les sous-bois, malgré leur contrat de travail qui doit être certainement assez cher, surtout pour la pratique de la route. Avec mon frère et Rodolphe, nous avons évidemment l’envie d’avoir avec nous dans les prochaines années le nouveau VDP ou Van Aert.
Tu viens d’être élu à l’UCI à la commission des athlètes, quel sera ton rôle exactement ?
Je suis le représentant des coureurs pour le cyclo-cross à la commission des athlètes. S’il y a des informations, des choses à faire remonter dans cette commission, je suis le représentant avec la concurrente tchèque Kateřina Nash.
Congratulations to @katkanash and @chainelsteve who have been elected to the UCI Athletes’ Commission as cyclo-cross representatives for 2021-2025 👏
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— UCI Cyclocross (@UCI_CX) February 2, 2021
Comment vois-tu la suite de ta carrière ? As-tu encore envie de courir quelques années ?
Bien évidemment j’ai encore envie de faire du vélo, j’ai toujours la même passion, la même envie et la même hargne. Pas 10 ans, c’est une certitude, mais l’envie est encore là. Et c’est d’ailleurs incroyable d’avoir toujours autant cette envie, je crois même que j’ai plus envie de faire du vélo maintenant, que lorsque j’étais professionnel. Mais comme énormément de coursiers, et de sportifs en général, je crois que c’est lorsque tout est fini, que l’on se rend compte qu’on n’a peut-être pas fait le maximum pour être le meilleur.
Le cyclo-cross pourrait, à terme, entrer aux Jeux Olympiques d’hiver, que penses-tu de cette idée ?
Cela serait légitime, même si je ne suis pas objectif à répondre à cette question, étant un amoureux inconditionnel de ma discipline. Je sais pertinemment que pour faire son entrée aux Jeux Olympiques d’hiver, il faut que le sport soit pratiqué sur la neige ou la glace. C’était l’une des envies de la part de notre fédération internationale en proposant une Coupe du monde en Suisse qui aurait dû avoir lieu si la Covid n’était pas passée par là. J’espère de tout cœur que nous serons un sport olympique un jour, car cela ne pourrait apporter que des bonnes choses.
Quel regard as-tu sur la situation du cyclo-cross en France ? Certaines voix, dont celle de Cyrille Guimard, parlent d’un abandon de la discipline en France. As-tu un peu le même ressenti ?
Le cyclo-cross en France se porte très bien, puisque de nombreux Team se sont construits, et l’ensemble des Coupes de France jeunes avoisinent les 200 participants. Là où Cyrille Guimard veut en venir, c’est l’apport de la fédération dans la discipline. Le constat est simple, le cyclo-cross n’étant pas une discipline olympique, et la fédération vivant uniquement sur les apports de notre Ministère par rapport aux médailles olympiques, il est tout à fait compréhensible d’imaginer que les budgets sont bien plus conséquents pour la piste, la route, le VTT ou le BMX…
C’est grâce à nos médailles olympiques, que la fédération pourra avoir ainsi plus de budget. En revanche, il y a fort à parier que de nombreux crossmen seront les futures stars du cyclisme sur route demain, et je trouve ça dommage de ne pas plus se servir de cette discipline comme détecteur de talents. L’idée du cross Team Legendre, c’est justement d’emmener les meilleurs Français au plus haut niveau.


