Sylvain Taillandier : « Mon projet pour le hockey français »


Nous avons rencontré Sylvain Taillandier, journaliste sportif à Tours pour la Nouvelle République, instigateur du Hockey Franco. Il s’agit d’un Tour de France du hockey pour rencontrer ceux qui font et suivent ce sport dans le but d’améliorer, notamment, son exposition médiatique. Retour sur son parcours et sa passion du hockey.

Tout d’abord Sylvain, peux-tu nous parler de ton parcours pour devenir journaliste sportif ?

Depuis tout petit, je voulais être bibliothécaire ou journaliste. Je pense que c’est une passion, bien ancrée en moi, qui m’a été transmise par mon père. Il ne travaillait pas du tout dans ce milieu-là mais était vraiment très intéressé par la culture générale, les voyages et la lecture. J’en ai énormément profité quand j’étais jeune, donc cela a dû naître à ce moment-là je pense. Par conséquent, j’ai passé un bac littéraire car j’étais aussi intéressé par l’écriture. A la sortie du bac, j’ai fait une faculté d’histoire qui m’a permis, à côté, de préparer les concours d’écoles de journalisme que je visais, c’est-à-dire les IUT. En fait, mon objectif était de rentrer le plus vite possible dans le monde du travail, d’avoir une formation costaud, dense, pour me permettre d’être rapidement sur le terrain. J’ai passé les concours des trois écoles qui étaient reconnues à l’époque par la profession, c’est-à dire Bordeaux, Tours et Lannion. J’ai été pris dans cette dernière et j’y ai effectué mes deux ans d’IUT.

Pour la troisième année, certains faisaient la licence mais moi, j’ai passé cette année-là au Québec. J’avais un accord avec l’Université de Laval au Québec pour passer ma dernière année d’étude là-bas. En rentrant, je n’ai pas souhaité faire ma licence et j’ai cherché directement du travail. J’ai bossé un petit peu à la Voix du Nord, avant d’être embauché à la Nouvelle République, le journal dont je suis encore aujourd’hui salarié. J’ai d’abord été embauché à Blois au service des sports avant d’aller à Tours. Je connaissais déjà le coin car je suis de Châteauroux. J’y ai fait mes études, dont la fameuse année de fac, et j’étais correspondant sportif à Châteauroux au service des sports.

Tu as donc tout de suite commencé en tant que journaliste sportif, et non pas journaliste généraliste avant de migrer aux sports ?

Quand je suis passé à la commission de recrutement de la Nouvelle République, je leur ai dit : « Je préfère être franc-jeu. J’ai deux passions : le journalisme avec l’écriture et le sport. J’accepterai le poste que vous me proposerez si vous m’en proposez un, mais je suis un vrai passionné de sports et je sais que c’est un créneau où je serais compétent, motivé et où je pourrais apporter mon savoir-faire et mes connaissances en la matière. » Cela fait maintenant 12 ans que je suis au service des sports de la Nouvelle République.

Tu es un grand amateur et connaisseur de hockey. D’où te vient cette passion pour ce sport car en France, ce n’est pas le sport le plus populaire ?

Déjà, il faut replacer cela dans le contexte. J’étais à Châteauroux donc le hockey, c’est pas très connu et le sport se limite à la Berrichonne (NDLR: le club de foot). Le hockey est arrivé dans ma vie comme pas mal d’entre nous avec les jeux vidéos, avec des jeux sur la NHL. Du coup, je me suis vraiment intéressé à tout ce qu’il y avait derrière : les résultats, mais aussi les stars de ce sport. De fil en aiguille, j’ai suivi cela, mais vraiment que la NHL au départ. Et le hockey français est arrivé un peu plus tard, dans le cadre du travail, mais j’avais déjà un vrai intérêt pour ce sport. Quand j’ai rencontré celui qui allait être mon chef des sports, il m’a demandé si ça me dérangeait de reprendre le hockey. Grâce à cela, j’ai donc associé le hockey français à la NHL pour avoir le tableau complet.

Une question qui revient souvent pour les amateurs de hockey. Est-ce que tu y as déjà joué ?

Je n’ai jamais mis les patins. Ou alors, une fois en colonie de vacances, mais le résultat n’a pas été brillant. Du coup, c’est uniquement côté passionné et analyste, et non le côté joueur. En fait, ça m’a jamais trop attiré d’en faire, surtout en n’étant pas la personne la plus adroite de la terre. Mais si un jour je suis amené à vivre au Québec, je retenterai peut-être cela, comme un défi, au moins tenir en équilibre car à force d’en regarder et de suivre, ça me titille un peu.

Tu as donc créé un groupe Facebook sur le hockey (Hockey !). Quelle était ton idée à la base ?

A la base, ce n’était pas amené à se développer de façon professionnelle. En fait, en tant que passionné de hockey, je partageais beaucoup de contenus sur mon compte personnel. Or, j’ai dans mon entourage des gens qui ne s’intéressent pas spécialement au hockey, cela devait commencer à les ennuyer. Du coup, je me suis dit qu’il y avait une communauté de passionnés et j’ai créé un groupe privé. J’ai choisi de le faire privé pour contrôler les partages et le contenu. Cela me permet également d’éviter la diffusion de vidéos de bagarres que je supprime à chaque fois. D’ailleurs, je ne suis pas pour interdire la bagarre dans les matchs, mais il faut éviter de la médiatiser. Et ceux qui viennent dans les patinoires pour en voir ne sont pas au bon endroit. Il y en a de moins en moins dans les matchs professionnels, ce qui est une bonne chose. Après, c’est comme au rugby, il y a rarement des générales en Top 14.

Ainsi, le groupe suscite maintenant un bel engouement, avec un réel intérêt pour le hockey français, chose à laquelle je ne m’attendais pas du tout. Mais c’est bien, ça veut dire qu’il y a une vraie base du hockey, qui aime partager et échanger. Il y a des Français, des Québécois mais aussi des Suisses. Là où je suis content, c’est qu’au départ, il a fallu faire la police de temps en temps à cause d’interventions pas très respectueuses voire injurieuses et là, je n’ai presque plus besoin de faire la police. Je pense que tout le monde a compris l’esprit du groupe, tout le monde peut penser ce qu’il veut, en respectant les autres malgré le nombre d’adhérents qui est croissant. C’est le fameux « viril mais correct ». Je suis partisan de la liberté de part mon métier : elle reste là où commence celle des autres.

Ce groupe est donc un lieu de rencontre et d’échange entre joueurs, arbitres, entraîneurs, anciens joueurs mais aussi de vraies pointures du hockey sur glace. Ils ont donc connu de près ce sport et savent de quoi ils parlent. Ce n’est pas juste l’amateur qui découvre et qui donne son avis un peu à chaud sur un truc. Il y a des gens qui ont vraiment l’expérience et la compétence pour répondre sur des sujets pointus.

On va maintenant revenir à ton projet. Alors, c’est peut être lié ou pas au groupe Facebook, mais comment as-tu eu l’idée de ce Tour de France du hockey ?

A la base, je voyais régulièrement passer pas mal de messages ou de remarques disant que le hockey était vraiment traité de façon négative, car même les médias qui ont les droits ne mettent pas ce sport en valeur, et ce, malgré la passion des commentateurs ou des gens dans les rédactions qui essayent de le défendre. A un moment, je me suis dit : « Tu peux continuer à être dans le camp des gens qui râlent ou tu peux passer à celui de ceux qui agissent, car c’est aussi ça ton métier, donc il y a peut-être un moyen de faire parler du hockey, d’aller faire les sujets dont tu regrettes qu’ils ne soient pas traités par d’autres médias. » C’est parti de là en fin de compte.

Aujourd’hui, il y a une galaxie de petits médias hockey, plus ou moins grands, qui existent et qui essayent de faire des choses et je pense qu’en mettant certains de ces acteurs-là ensemble autour de la table, en essayant de travailler en commun, on peut créer quelque chose d’hyper sympa, en gardant chacun sa patte et son identité tout en étant complémentaires. Surtout, je crois qu’il manque beaucoup de vidéos, de témoignages, des initiatives où on prend davantage le temps d’aller voir les gens, de les faire parler de leur vécu, de leur philosophie de jeu. C’est ça qui m’intéresse le plus en fait, et c’est là que je pense pouvoir apporter quelque chose.

Avant de décrire plus précisément le projet, peux-tu nous en dire deux mots ?

Il s’agit donc de faire un Tour de France lors d’une vingtaine d’étapes, au cours desquelles je vais rencontrer des acteurs du hockey : des dirigeants, des supporters, des arbitres, des joueurs mais aussi des joueuses. De chaque rencontre, je ferais une capsule vidéo visible gratuitement sur la chaîne YouTube du projet. Et puis, l’idée sous-jacente, c’est de créer, à terme, un média dédié au hockey sur glace.

Tu le disais, tu vas rencontrer des joueuses. Quel regard portes-tu sur le hockey féminin français, dont l’équipe de France qui accède dans l’élite mondiale avec le titre de championne du monde ?

Déjà, je pense que le sport féminin est très peu valorisé et mis en avant en France. Par exemple, en foot féminin, malgré le succès sportif de Lyon, la médiatisation prend du temps et est encore loin de celle des hommes. Et puis, il y a encore de la comparaison entre les hommes et les femmes qui n’a pas lieu d’être. Ça commence dès la pratique où on n’encourage pas forcément les filles à faire du sport, car elles sont parfois vues de travers quand elles en font. La société n’a pas forcément des images positives des sportives donc déjà, il y a ce contexte-là en France qui existe encore. Mais les choses bougent, les nouvelles générations fonctionnent différemment, et c’est tant mieux.

Après, si on s’intéresse à la question particulière du hockey féminin en France, on a une belle équipe de France, on a des joueuses dont beaucoup sont expatriées et qui réussissent bien à l’étranger, qui sont de fiers étendards de la France, donc ça c’est positif. Après, on a un gros problème sur le championnat féminin qui est extrêmement peu viable aujourd’hui, à plusieurs niveaux. Il y a beaucoup de choses à changer dans les mentalités, dans l’approche et je le souhaite fortement, je suis convaincu que le développement du sport féminin, c’est le vrai sujet du siècle. D’ailleurs, je suis à fond pour la pratique mixte jusqu’à un certain âge.

Dernière question sur une croyance populaire. Comme pour l’équitation, on dit que c’est un loisir onéreux pour bourgeois. Vois-tu des axes de travail sur ce point ?

Oui, c’est une évidence. L’enjeu majeur est de rendre ce sport plus accessible. D’autant plus que je suis persuadé qu’il y a quelque chose à faire dans les quartiers difficiles avec le hockey sur glace. Je pense que c’est tout à fait un sport qui peut correspondre à un contexte où les jeunes ont besoin de se défouler. Il y a déjà les sports de combat avec la boxe, qui s’est bien implantée dans ces quartiers-là, c’est un formidable propulseur de belles valeurs. Je pense que le hockey a une grosse carte à jouer, mais il faut absolument trouver un moyen de rendre les équipements abordables. D’ailleurs, j’ai discuté récemment avec un manufacturier de hockey qui se penchait sur cette question, et je soutiens cette initiative car c’est un enjeu crucial.

Damien Meunier

 

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