Téo Andant, vice-champion du monde du 4×400 m : « On ne veut plus lâcher le podium »
ATHLÉTISME – Entretien avec Téo Andant qui, avec ses camarades du relais 4×400 m, a apporté la seule médaille à la France aux Mondiaux de Budapest. Un symbole pour un collectif en pleine progression et qui rêve de grande médaille aux JO de Paris, l’an prochain. Le coureur monégasque se confie sur cette folle épopée, mais aussi sa progression individuelle en 2023, où il est passé de 45.99 à 45.18 sur 400 m. Téo Andant nous apprend également que, malgré son statut de double médaillé européen avant Budapest, il peinait à vivre de son sport et qu’il espérait que sa médaille allait changer les choses pour lui.
Téo Andant : « J’aurais signé pour une telle saison »
Par rapport à la première entrevue, pas mal de choses ont changé. Deux médailles européennes et une mondiale. Pas trop mal non ?
Téo Andant (vice-champion du monde du 4×400 m) : On peut même rajouter le titre de champion de France Élites (rires). Franchement, le bilan est plus que positif. Je ne pensais pas en arriver là. En 2022 on me dit : « L’année prochaine, tu auras une médaille mondiale et champion de France Élites », j’aurais signé, mais sans rire, j’y aurais difficilement cru. C’est vraiment super cool.
Par contre, cette médaille au relais, tu y croyais depuis longtemps.
On sait qu’on a des mecs forts et qui sont en devenir. Quand on voit un David Sombé ou Ludovic Ouceni. On peut même citer Fabrisio Saïdy, qui est actuellement blessé. Quand j’ai vu la densité en France, c’était sûr qu’on pouvait jouer la médaille et on aurait été déçus de ne pas l’avoir. C’était réellement un objectif. Et c’est la première grosse médaille, je l’espère, d’une longue série.
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— francetvsport (@francetvsport) August 27, 2023
C’est quoi le déclic de ce relais ? La médaille européenne à Munich ?
J’ai envie de dire que c’est même avant. Je n’y étais pas encore, mais ce relais est régulier aux championnats du monde. Cela fait depuis 2015 qu’il est constamment en finale. J’ai le souvenir d’un discours de Mame-Ibra Anne sur le Space (NDLR, les spaces sur X animés par MR Carter). Il expliquait que la régularité finissait par payer. J’en parlais avec Thomas Jordier. Dès Tokyo, il disait que le relais allait avoir un bel avenir et que les médailles allaient arriver. Le déclic s’est fait avant et on a confirmé à Munich. Depuis Munich, c’est un sans-faute. On fait trois grands championnats et on ramène trois médailles.
« On se positionne comme une vraie chance de médaille à Paris »
Qu’est-ce que cette médaille va changer pour toi et pour vous ?
Je pense que l’on va être davantage pris au sérieux. Une médaille mondiale, ce n’est pas une médaille européenne. C’est vraiment autre chose. On bat un record de France mythique, cela faisait vingt ans qu’il n’avait pas été approché. Il y a eu des chronos en 2:59, notamment à Pékin. Mais là, on a fait 2:58.45. On se positionne comme une vraie chance de médaille l’année prochaine à Paris. On a des mecs qui sont là depuis un moment, avec un niveau confirmé, des jeunes en pleine progression. Il y a un bel avenir.
Vous avez pu en discuter, après la course ?
On s’est vu et le mot qui ressortait, c’est que c’était une dinguerie (rires). Même si on s’y attendait, le faire c’est le plus dur. On a beau parler, mais si tu ne confirmes pas sur la piste, tu passes pour un clown. On n’était pas là pour blaguer.
En sachant qu’il y a eu un petit coup de pression en séries, avec de nombreuses nations qui ont fait de gros chronos.
C’est clair. Quand on entre sur la piste en séries et que je vois les chronos de la première course, je vois cinq nations en 2:59. Je me dis qu’il ne faudra pas qu’on blague et qu’il faut vraiment assurer la place dans les trois premiers, sinon on risque de ne pas passer au temps. Notre série était plus faible et il n’y avait pas les États-Unis. Ils servent de locomotive. Tu es derrière eux et tu n’as qu’à courir. Il ne fallait pas faire de blague. On a fait le taf en séries, en finissant 2e, ce qui est bien. L’an passé, à Eugene, on fait finale, mais on était passé au temps pour un centième. Cela nous a donné de la confiance. Le chrono n’est pas dégueu en 3:00.05. Cela nous a bien servi.

Téo Andant : « La dernière ligne droite était très longue »
De ton côté, tu prends le relais en 2e position et la France n’a toujours pas de médailles. Tu as senti le poids d’un pays sur tes épaules ?
C’est bizarre ce que je vais dire, mais je n’aimais pas cette position. C’est super ce qu’a fait David, mais j’aurais presque préféré qu’il me le donne en 3e position et derrière quelqu’un (rires). L’Américain était trop loin, c’est comme si je courais tout seul. J’ai fait le lièvre et tout le monde me courait après. Et je préfère courir après quelqu’un en mode chasseur. J’avoue que j’y ai pensé. Je me suis dit qu’il ne fallait pas que je me loupe et que j’assure. Ce n’était pas la chose à faire, mais j’ai pensé aux mecs derrière moi.
Mais j’étais obligé. Ceci dit, je me suis surpris, car j’ai couru assez relâché. Je suis même surpris du chrono lancé, car je pensais avoir couru plus lentement, je ne me sentais pas rapide. J’en avais gardé dans la dernière ligne droite, pour ne pas me faire remonter. Ce qui est stressant, c’est que tu n’entends pas les mecs, tu ne sais pas où ils sont. Je me suis interdit de regarder l’écran, car je ne voulais pas les voir, pour que cela me crispe. Bon, quand j’arrive à dix mètres de la ligne, je sais que c’est bon. Mais la dernière ligne droite était super longue.
Tu as senti, au-delà de tes coéquipiers, un soulagement dans le camp français ?
Je ne sais pas. Je pense que cela a fait plaisir à tout le monde. On a vu des supporters français en pleurs dans les tribunes. On a vu passer énormément de choses sur les réseaux sociaux. Que ce soit les athlètes ou les supporters. Tout le monde. Et cela fait vraiment du bien de procurer des émotions aux gens. Je l’ai dit, c’est la médaille de toute l’équipe. Et cela me rend super fier de ramener cette médaille. On a été beaucoup critiqué pendant ces championnats et cela n’a pas été facile.
« Je suis sûr et certain qu’on aura des médailles à Paris »
Ces critiques, tu les as lues ?
Je les ai lues. Mais cela ne m’atteint pas trop. Limite, cela me fait rire. Comme dit David (Sombé), ils critiquent de leur canapé. Ils ne savent pas ce qu’est l’athlétisme. Pour moi, c’est le sport le plus dur au monde, car il est le plus universel. Tu as une concurrence qui vient de tous les pays. Évidemment que c’est dur de ramener les médailles. Mais on est là. Et même si là, le bilan n’est pas ouf, je suis sûr et certain qu’on aura des médailles à Paris. Dans nos têtes, on est matrixé par cet objectif. On va tous perfer là-bas.
De ton côté, il y a eu une grosse progression cette année. Quel a été le déclic ?
Les relais de l’année dernière m’ont beaucoup servi. Cela m’a mis sur une super dynamique. Mais j’ai eu un hiver assez frustrant, car je visais une qualification individuelle aux championnats d’Europe en salle à Istanbul. J’ai fait 46.63, mais ce que je faisais à l’entraînement, cela ne valait pas 46.63, mais largement mieux. Il y a eu la médaille collective, mais j’aurais voulu goûter à une sélection individuelle. Mais la salle, c’est vraiment différent. Tu ne peux pas construire ta course comme tu la construis en extérieur.
On a fait un stage en Afrique du Sud, au mois de mars. Et ce stage m’a beaucoup servi. J’ai fait des entraînements que je n’avais jamais faits auparavant. Cela te met en confiance, tu sais ce que tu vaux. Même si le plus dur est de le refaire en compétition. Je fais ma rentrée, le chrono est déjà correct, ça aussi, cela te met en confiance. La dynamique est bonne.
Téo Andant : « Une concurrence très saine dans ce relais »
Voir les autres battre leur record, ça apporte un surplus de motivation ?
Oui, clairement. Au deuxième tour des interclubs, Thomas Jordier et David Sombé claquent directement moins de 46 secondes. Cela te booste. Gilles Biron descend son record en 45.05. Toi, tu as envie d’être là, tu ne veux pas être lâché. Et sortir ta performance. Il y a une concurrence hyper saine entre les coureurs de 400 m. On veut aller le plus haut possible, car l’objectif commun est de glaner l’or l’année prochaine. On y croit dur comme fer, on sait qu’on en est capable.
David explose cette année, Gilles est présent. Dans la foulée, je fais 45.18. Même Thomas fait rapidement 45.52. Cela crée un truc entre nous. C’est super cool et cela peut être encore mieux. Fabrisio était blessé, je suis sûr que Ludovic valait bien mieux que son chrono de la saison, mais il se blesse aussi aux Europe Espoirs.
« Envie d’entrer en finale des Europe »
La médaille va apporter un surplus de motivation à un an de Paris.
C’est évident. On est dans le gratin mondial. On ne veut pas lâcher ce podium. On veut être champions olympiques. L’émulation va continuer l’année prochaine, on va avoir certainement des Français sous les 45 secondes. Avec cela, tu n’es plus très loin du titre olympique. Surtout à domicile, on sait comment cela va se passer et l’énergie qu’il y aura.
Quand on reprend la course de dimanche, les mecs ont été super forts tactiquement. Ludvy lance super bien Gilles. Gilles se rabat super intelligemment et gêne le Jamaïcain derrière. Il a couru en patron. On s’était dit qu’il fallait être dans les trois au 600 m, pour espérer la médaille, et on était 2e. Et même s’il coince un peu, il lance bien David et derrière, tout le monde est gêné. En plus, on sait que David a un finish de ouf et qu’il va finir le plus fort. Les trois ont fait le plus gros du travail et je n’avais qu’à finir. Ils ont été exceptionnels.
Quels sont tes objectifs de fin de saison ? Et pour 2024 ?
Si je n’ai pas trop de fatigue de ce championnat, j’aimerais aller chercher les minima olympiques (45.00). Cela me semble faisable au vu de ce que j’ai fait dans le relais. En 2024, il y a les Europe à Rome. J’ai envie d’entrer en finale et je pense que j’en suis capable. Mais je me dis qu’une finale en individuel aux JO, ce n’est pas totalement impossible.
C’est vrai que c’est relativement ouvert.
Les demies des Mondiaux étaient quand même vraiment chaudes. Tout le monde battait son record. Mais quand tu es dans le truc… Je pense qu’à Budapest, je pouvais faire moins de 45 secondes. Les conditions le matin étaient presque meilleures que le soir.

Téo Andant : « Je ne vis pas encore de mon sport »
Autant sur le tartan, tu as vécu une année de rêve, autant cela a parfois été plus compliqué en dehors. C’est un peu une revanche ?
Disons que la médaille m’apporte de l’exposition.
Tu ne vis pas de ton sport ?
Non. Et je vais même dire qu’heureusement que je suis à l’INSEP. Sinon, je ne pourrais pas me payer un appartement et être indépendant. Je n’aurais pas les moyens.
Ta famille et ton club sont derrière toi, mais c’est à peu près tout ?
J’ai un mécène, la Fondation Cédric et Christophe Flaujac.
Il n’y a qu’eux ?
J’ai un peu d’aides de la Fédération. Après, on ne nous avait rien promis de façon formelle. Mais on n’a reçu moins, après la finale de Eugene, que ce que les relayeurs recevaient avant. C’est un peu dommage, car les relayeurs avaient environ 800 € / mois d’aides auparavant. Mais on n’y a pas eu droit. On a eu un petit truc pour l’année, mais tu fais quoi avec cela ? Cependant, je tiens à dire que la Fédération me paye 90 % de l’INSEP à l’année. Cela représente 10 000 € environ. Il faut le dire aussi.
C’est prenant mentalement, de ne pas en vivre ?
Cela m’a un peu embêté au début. Tu te dis que tu n’es pas reconnu à ta juste valeur. Mais, cela m’a donné encore plus envie et de motivation. Cela m’a donné la dalle et ça m’a peut-être évité de m’embourgeoiser. Si j’avais eu tout d’un coup, des sponsors avec une somme d’argent tous les mois, peut-être que j’aurais été moins motivé.
Tu as des espérances après Budapest ?
J’espère que cette médaille va nous ouvrir des portes et m’ouvrir des portes. Je ne suis pas le seul du relais à galérer. David était déménageur avant. On nous demande des médailles, mais quand tu n’es pas 100 % focus sur ton sport, c’est plus difficile.
« Je suis professionnel dans ce que je fais »
Tu te définis comme un athlète professionnel ?
Je suis à l’INSEP et tous les jours, c’est entraînement. Je suis professionnel dans ce que je fais. Mais je ne le suis pas financièrement. C’est ma 7e année à l’INSEP et j’aimerais prendre mon indépendance. C’était mon projet en début d’année. Mais j’ai rapidement vu que je ne pouvais pas financièrement. Si c’est pour être dans un 10 mètres carré, pas confortable. Après, ce sont tout de suite des 900-1000 €, plus les charges. Si tu dois tout le temps penser à l’argent, tu ne peux pas être focus sur l’athlé.



Serra .y
30 août 2023 à 19h25
Beaucoup de lucidité de franchise et maturité chez teo
l article les questions des réponses pertinentes , et puis teo , comme je le connais un peu , il m aura enchanté dans cet interview bien mené
bravo