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Toni Kukoc « ne réalise pas encore » son introduction au Hall of Fame 2021

Mathieu Veillon

Publié le

Toni Kukoc ne réalise pas encore son introduction au Hall of Fame 2021
Photo Chicago Bulls

C’est une des grandes nouvelles à retenir de cette semaine dans le monde du basketball : Toni Kukoc vient d’être nommé dans la cuvée 2021 pour entrer au Hall of Fame de la NBA. À l’occasion d’un passage en Croatie en début de semaine, l’ancien ailier des Bulls s’est confié lors d’un entretien Zoom avec plusieurs médias dont Dicodusport.

15 ans après sa retraite, Toni Kukoc connaît enfin le Graal pour tout basketteur : entrer au Hall of Fame. Le Croate, actuellement de passage dans son ancien club du KK Split, n’en revenait pas au moment où il a appris la nouvelle : « Je suis extrêmement heureux de pouvoir faire partie du Hall Of Fame, même si je ne réalise pas encore. Pour l’instant c’est vraiment incroyable de se dire que j’y suis enfin. Beaucoup de gens m’ont déjà congratulé par message, de beaucoup de pays différents. Je ne sais d‘ailleurs pas comment ils ont eu mon numéro (rires). »

Il faut dire que l’ancien sixième homme de l’année en 1996 a croisé beaucoup de monde tout au long de ses 20 années de carrière, commencée à Split en 1985 : « Au moment où j’ai appris mon entrée au Hall Of Fame, j’étais en Croatie pour assister à un match de mon ancienne équipe. En les regardant, tous les souvenirs de mon début de carrière en Croatie me sont revenus. Des photos de moi plus jeune sont accrochées là-bas, et c’était assez bouleversant de me souvenir de cela. Mais c’est agréable de recevoir tous ces messages de la part d’anciens joueurs et d’avoir leur réaction. C’est plutôt agréable d’être moi en ce moment ! (sourire). »

Le premier temps fort de la carrière de Toni Kukoc : USA vs Croatie en 1992

On l’a notamment vu dans The Last Dance, l’arrivée de Kukoc n’a pas été un long fleuve tranquille. On pense notamment aux tensions à l’époque entre le GM Jerry Krause d’un côté, et Michael Jordan/Scottie Pippen de l’autre. Aux Jeux Olympiques de Barcelone, les deux Bulls vont se venger sur le tout jeune Toni Kukoc. Ce dernier venait d’être personnellement drafté en 1990 par Jerry Krause, même s’il était resté jouer en Europe. La Dream Team affronte la Croatie en phases de poule, et les deux stars vont imposer un marquage tout terrain à Kukoc, le faisant totalement déjouer.

Ce dernier s’en souvient : « Je n’étais pas au courant des affaires internes aux Bulls à l’époque, j’étais donc surpris qu’ils se mettent à défendre ainsi sur moi. Mais, dans un sens, je leur suis reconnaissant de m’avoir mis dans cette situation car cela m’a permis de leur prouver que je pouvais rivaliser avec eux. Pas vraiment lors du match de poules (4 points, 5 passes et 1 rebond à 2/10 au tir, n.d.l.r.), mais surtout lors de la deuxième rencontre (16 points, 9 passes et 5 rebonds à des pourcentages bien plus corrects). Avec le recul, je les remercie aussi de m’avoir challengé ensuite à chaque entraînement et à chaque match avec les Bulls, et c’est sans doute ce qui m’a permis d’être nommé au Hall of Fame aujourd’hui. »

1993 : l’arrivée de Toni Kukoc aux Bulls

Un an après Barcelone, Kukoc arrive enfin en NBA, notamment grâce à l’abnégation de Jerry Krause qui était un des seuls à croire en lui. « Ce n’était vraiment pas facile, car peu de scouts américains connaissaient les joueurs européens à l’époque. Les gens nous ont vu, avec l’équipe de Yougolslavie puis de Croatie, jouer contre la Dream Team, et jouer lors des différents Jeux Olympiques et Mondiaux, mais c’était à peu près tout. Je suis vraiment heureux que Jerry (Krause, n.d.l.r.) soit resté sur son idée de me faire venir aux Bulls : il avait déjà la meilleure équipe au monde, mais il avait cette certitude que je pourrais m’intégrer parfaitement dans son roster, et c’est ce qui m’a convaincu de venir le rejoindre. »





L’intégration ne s’est pas faite si facilement que ça, notamment du fait d’un environnement différent. « La principale difficulté a d’abord été de m’intégrer dans une nouvelle équipe. Il a fallu s’habituer à de nouveaux systèmes, de nouveaux coéquipiers et membres du staff. Peut-être que le fait que Michael (Jordan) ne soit pas dans l’équipe lors de ma première année m’a aidé. J’ai eu beaucoup de minutes et j’ai pu m’exprimer plus naturellement que les années suivantes. » Le Croate ajoute : « Comme chaque joueur qui arrive dans un nouvel environnement, tu essayes de gagner le respect de tes coéquipiers et de ton coaching staff. Évidemment ce n’était pas facile pour moi car je suis arrivé dans une équipe qui jouait le titre de champion NBA et qui comptait des joueurs incroyables. Il faut donc montrer que tu mérites ta place, que tes qualités peuvent contribuer à la victoire de ton équipe. »

Une transformation physique qui lui a été nécessaire dès son arrivée

Pour s’intégrer en NBA, Toni Kukoc nous raconte la transformation qu’il a dû entreprendre pour pouvoir trouver sa place dans un roster NBA. « La grande différence, à l’époque, entre le basketball européen et américain, c’était le plus grand nombre de matchs à jouer et l’intensité physique supérieure qu’il y avait en NBA. Le challenge était de conserver mes qualités naturelles tout en améliorant ma condition physique pour être au niveau Quand je suis arrivé en NBA, je faisais 6.10 feet (2 mètres 08). Les coachs me considéraient plus comme un poste 4, mais je n’étais pas au niveau physique pour ce poste. J’ai dû, en un an seulement, rattraper mon retard sur ce plan-là. Cela m’a fait perdre un peu d’endurance et de vitesse évidemment en prenant du poids. Je suis passé de 90-92 kilos à 105 kilos. C’était vraiment un challenge ! Cela aurait été plus simple à assimiler si j’avais pu avoir 2-3 ans pour changer mon corps. »

« Heureusement, Dennis Rodman est arrivé aux Bulls à cette époque sur le poste 4. J’ai pu rejouer au poste 3, perdre des kilos et retrouver les qualités d’endurance et de vitesse que j’avais perdues. Mais cette transformation physique m’a néanmoins servie dans l’attaque en triangle en place chez les Bulls. J’ai ainsi appris à jouer à n’importe laquelle des positions sur le terrain. »

L’évolution des joueurs européens en NBA

Alors que Nikola Jokic est le grand favori pour être désigné MVP de la saison 2020-2021, succédant ainsi à Giannis Antetokounmpo, les joueurs européens n’ont jamais été autant à l’honneur en NBA. Un succès qu’explique très bien Toni Kukoc :

« Dans les années 90, peu de gens connaissaient les joueurs européens qui arrivaient en NBA. Ils ne connaissaient parfois même pas notre poste ou nos points forts. Maintenant, chaque joueur européen qui arrive en NBA est connu bien avant qu’il n’arrive dans la ligue. La confiance qui leur est donnée au moment à leurs débuts dans leur nouvelle équipe est bien supérieure à celle qui nous était donnée à l’époque. Il y a peut-être moins besoin de faire ses preuves à tout prix, et donc moins de pression. C’est une bonne chose car cela permet à des joueurs européens comme Giannis, Jokic ou Doncic de pouvoir être les leaders de leur équipe, et de prétendre ainsi au titre de MVP. »

À la question que nous lui posons sur sa place dans la hiérarchie des joueurs européens de tous les temps, le Croate esquive :

« C’est difficile de se comparer à des joueurs, je laisse les autres dire à quelle place ils me classent. Je m’estime déjà très chanceux d’avoir pu jouer avec les joueurs de ma génération, les Drazen Petrovic et autres. En même temps, si j’ai joué contre Nowitzki ou Tony Parker à la fin de ma carrière, je n’ai jamais pu affronter les Doncic, Giannis et autres. Donc c’est compliqué de dire qui est le meilleur. Mais il est certain que chacun de ces joueurs a et aura laissé une marque dans l’histoire du basket-ball. »

Toni Kukoc aura lui aussi laissé une marque indélébile dans l’histoire de la NBA. Sa nomination au sein de la cuvée 2021 du Hall of Fame en est la preuve. La cérémonie aura lieu en septembre 2021 et le Croate a voulu garder une seule chose pour lui pour l’instant, l’identité de celui qui le présentera lors de l’événement : « J’ai déjà longuement réfléchi à qui me présentera au Hall of Fame, mais je vais garder son identité secrète encore ! »

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