Top 14 : Montauban, symbole d’un système d’accession à bout de souffle ?
TOP 14 – Montauban est en grande difficulté en ce début de saison. Le promu va souffrir, sauf miracle, tout au long de l’exercice 2025-2026. Symbole d’un système d’accession en bout de course ?
- À ce sujet – Classement Top 14 2025-2026 mis à jour
Un début de saison compliqué pour Montauban, comme attendu
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, Montauban n’est pas dernier du Top 14 après cinq matchs. Néanmoins, avec seulement deux points, la situation reste délicate pour les Montalbanais, qui ne doivent leur salut qu’au départ encore plus catastrophique de Perpignan (aucun point au compteur après cinq journées). Mais si les Catalans, rompus à la lutte pour le maintien, ont la capacité de se relancer, les signaux sont bien plus inquiétants pour Montauban.
Le club tarn-et-garonnais possède de loin la pire défense du championnat. Seule équipe à avoir encaissé plus de 200 points, avec 249 points concédés — soit 50 par match en moyenne. Dont 84 contre Clermont et 71 face à l’UBB. Certes, ces deux rencontres font grimper la statistique, mais elles symbolisent aussi une défense qui peut rapidement prendre l’eau, dès les premières minutes. Montauban a déjà concédé 36 essais cette saison, soit plus de sept par match. Aucun joueur ne dépasse les dix plaquages réussis en moyenne par rencontre, preuve d’un certain manque d’engagement dans le secteur défensif, qui pèse lourd.
Après la folle victoire de Clermont face à Montauban (84-31), Christophe Urios a évoqué son adversaire. Le manager auvergnat a confié sentir les visiteurs impressionnés en début de match.
Le résumé de la rencontre > https://t.co/LvANgG8dBr pic.twitter.com/yZtKMbk7D9
— RUGBYRAMA (@RugbyramaFR) October 4, 2025
La phase finale : la meilleure équipe du moment, mais pas la meilleure équipe de la saison
Et si le problème venait tout simplement du processus d’accession en Top 14 ? Pour rappel, depuis que la 13e place du Top 14 est devenue synonyme de barrage face au finaliste malheureux de Pro D2, et non plus de relégation directe, il n’existe plus de montée automatique entre les deux divisions. Contrairement à l’ancien système, où le premier de Pro D2 montait directement en Top 14, tandis que les équipes classées 2e à 5e disputaient une phase finale pour obtenir le second billet.
Aujourd’hui, les deux premiers de Pro D2 sont assurés d’une qualification en demi-finales, qu’ils disputent à domicile. Les équipes classées de la 3e à la 6e place doivent passer par un barrage pour accéder en demie. Le vainqueur de la finale de Pro D2 accède au Top 14, tandis que le perdant affronte le 13e de Top 14, comme précisé plus haut.
𝐂𝐇𝐀𝐌𝐏𝐈𝐎𝐍𝐒 𝐃𝐄 𝐅𝐑𝐀𝐍𝐂𝐄 𝐃𝐄 𝐏𝐑𝐎𝐃𝟐 🏆
𝑬𝒏𝒔𝒆𝒎𝒃𝒍𝒆, nous avons écrit une nouvelle page de notre 𝑯𝒊𝒔𝒕𝒐𝒊𝒓𝒆 🟢⚫️Rendez-vous la saison prochaine en @top14rugby ! #AllezSapiac #GreenArmy #FinaleProD2 #Champions pic.twitter.com/8x8iJvRaZ3
— USM Sapiac (@UsmSapiacRugby) June 8, 2025
Contrairement au football, où les accessions sont directes en fonction de la régularité au classement, en rugby — que ce soit pour le titre de Top 14 ou la montée en Pro D2 — tout se joue lors de la phase finale. Résultat : Grenoble, leader avec 98 points à l’issue de la saison régulière l’an passé, a été battu en finale par Montauban, 6e du classement avec 77 points. C’est tout le paradoxe des phases finales : elles ne récompensent pas forcément la régularité d’une saison complète. Un éternel débat.
Or, cette régularité est indispensable pour se maintenir en Top 14. On ne demande pas à un promu de gagner vingt matchs par saison, mais avec moins de huit ou neuf victoires sur vingt-six rencontres, il est difficile d’espérer rester dans l’élite. Montauban a réalisé le « casse du siècle » en mode commando lors de la phase finale de Pro D2. Mais une phase finale ne dure que trois matchs : impossible de tenir ce rythme sur une saison entière. Un maintien se construit sur la durée.
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Un nouveau système de montée qui a creusé le fossé Top 14 – Pro D2, au-delà de Montauban
Ceci dit, si Montauban a réalisé un petit braquage et risque de connaître une saison difficile en Top 14, la réalité, c’est qu’il existe une véritable marche entre la Pro D2 et l’élite. Vannes, qui avait préparé sa montée depuis plusieurs années, a fait l’ascenseur malgré une saison plus qu’honorable. Oyonnax, promu en 2023, n’a pas tenu la cadence la saison suivante. Quant à l’USAP, promue en 2021, elle est passée par la case barrages pour se sauver, à une époque où deux clubs accédaient encore au Top 14. L’autre promu ? Biarritz, qui avait battu Bayonne en barrages, a terminé 14e avec seulement 24 points. En 2018-2019, Grenoble et Perpignan sont montés… avant de redescendre aussitôt en Pro D2. En 2017-2018, seul Agen a réussi à se maintenir, contrairement à Oyonnax.
Depuis l’instauration du barrage pour la 13e place et la suppression de la montée directe de Pro D2, seul l’Aviron Bayonnais déjoue quelque peu les pronostics. Promus en 2022, les Bayonnais ont terminé l’exercice 2022-2023 à la 8e place. Et les Basques ont prouvé que ce n’était pas qu’un simple coup de chance : quatrièmes la saison passée et leaders provisoires en 2025-2026. Il faut remonter à la saison interrompue 2019-2020 pour voir deux promus ne pas être menacés de relégation : Bayonne était 9e (33 points en neuf matchs) et Brive 11e (33 points également en onze matchs). Tous deux affichaient des bases nettement supérieures à celles des clubs relégués les saisons suivantes.
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Des clubs promus dans les années 2010 qui pouvaient s’installer durablement en Top 14
En se replongeant dans un passé un peu plus lointain, on constate qu’un tournant s’est opéré depuis le changement du système d’accession entre la Pro D2 et le Top 14. Dans l’ancien format à deux montées et deux descentes, entre 2009 et 2017, il n’y a jamais eu de saison où les deux promus ont fait l’ascenseur immédiatement. Mieux encore, en 2013-2014, Brive et Oyonnax avaient réussi à se maintenir en Top 14.
Ce système a également permis à certains clubs de s’installer durablement dans l’élite et d’en devenir des places fortes. On pense notamment à Lyon, promu en 2016 et plusieurs fois qualifié pour la Champions Cup. Mais aussi à l’UBB, promue en 2011, et à La Rochelle, montée en 2015 : deux clubs devenus champions d’Europe. Ou encore au Racing 92, promu en 2009 et sacré champion de France. Hors l’Aviron Bayonnais, les clubs promus depuis le changement de système sont soit redescendus, soit condamnés à lutter jusqu’au bout pour le maintien, comme Perpignan. Un symbole du fossé croissant entre le Top 14 et la Pro D2, creusé par le nouveau système. Et après près de dix saisons, il est désormais possible d’en mesurer pleinement les effets.


