Tour de France : La disparition des échappés publicitaires ?
TOUR DE FRANCE 2023 – Les étapes de plaines sont moins intéressantes que les parcours montagneux. Alors, il est de coutume que pour égayer les journées des acteurs du Tour, certains coureurs téméraires s’amusent à défier le peloton. Pourtant, cette année, la donne semble différente, et les fameuses échappées « publicitaires » semblent en voie de disparition…
Depuis toujours, des coureurs s’extirpent du peloton dès les premiers kilomètres de course sur toutes les étapes en ligne (celle des Champs faisant souvent exception) pour s’échapper. Lors des arrivées en montagne, l’échappée met du temps à se former, tant les candidats sont nombreux. Sur le plat, la donne est différente. En une ou deux attaques, le peloton a laissé filer et la poursuite se met en place rapidement. Ce sont des échappées que l’on appelle « publicitaires » puisque tout le monde s’accorde à dire qu’elles n’ont aucune chance de victoire à l’arrivée. Les coureurs sont à l’avant pour montrer le maillot.
Cette année, on constate que le contenu des étapes de plats intéressent moins les coureurs. À plusieurs reprises, un homme seul s’est retrouvé à l’avant (Pichon, Guglielmi) ou il n’y a tout simplement pas eu d’échappée du tout (4ème étape). Alors ce Tour de France sonne-t-il la fin des échappées publicitaires ?
Des équipes plus fortes !
Le premier élément de réponse que l’on constate, c’est que les équipes sont plus fortes que par le passé. Le niveau est extrêmement dense sur le Tour de France. Les formations ont toutes un coureur capable de gagner une étape au sprint ou en moyenne montagne au minimum. Auparavant, une partie du rôle des équipes invitées était de se glisser dans des échappées pour se faire connaître. En 2023, il n’y a plus que deux équipes qui bénéficient de wildcard : Israel Premier-Tech et Uno-X Pro Cycling Team. Ces deux formations comptent dans leurs rangs des coureurs qui ont déjà gagné sur le Tour de France comme Simon Clarke, Hugo Houle, Dylan Teuns (Israel Premier-Tech) ou Alexander Kristoff (Uno-X).
Pas besoin donc de montrer le maillot et de dépenser de l’énergie sur les étapes de plat quand la victoire est envisageable sur des parcours plus difficiles. La stratégie semble porter ses fruits, puisque Michael Woods a levé les bras au Puy-de-Dôme, Krists Neilands termine quatrième à Issoire pour la formation isréalienne tandis que du côté des Norvégiens de la Uno-X, Tobias Johannessen s’est incliné seulement derrière Pogacar et Vingegaard à Cauterets.
😬 Oh que c’est cruel pour Matteo Jorgenson, auteur d’un effort solitaire incroyable mais finalement dépassé dans le Puy de Dôme par Michael Woods, vainqueur de l’étape !
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— Eurosport France (@Eurosport_FR) July 9, 2023
En dehors des équipes invitées, d’autres formations ont intérêt à se montrer, mais elles préfèrent jouer la carte de leur sprinter maison. Sans résultat très probant, puisque Jasper Philipsen a été impérial sur la majorité des premiers sprints.
Seule la formation Arkéa-Samsic n’a pas peur d’envoyer des hommes à l’avant sur des étapes de plat comme à Bayonne ou à Bordeaux. Leurs coureurs se sont retrouvés totalement seuls à l’avant, car personne n’a voulu les suivre dans leur folle escapade. Forcément, isolé à l’avant, il est plus difficile de faire la différence face au peloton, surtout lorsque l’étape est vraiment promise aux grosses cuisses.
Moins de libertés !
C’est l’une des réactions de la première semaine. Lors de la septième étape entre Mont-de-Marsan et Bordeaux, quatre hommes décident de prendre l’échappée : Oliveira (Movistar), Abrahamsen (Uno-X), Burgaudeau (TotalEnergies) et Guglielmi (Arkéa-Samsic). Seulement, les trois premiers cités vont se relever presque immédiatement, laissant Guglielmi seul à l’avant.
🗣️ #TLS | » Ils n’ont pas voulu venir avec moi les autres, ça va être long tout seul «
🚴 Simon Guglielmi était seul au monde lors de la 7e étape pour prendre la tête du #TDF2023
🔙 L’intégralité du résumé de la 7e étape ici : https://t.co/qHUCXnkpGw
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Pendant la course, Burgaudeau a révélé que c’est son staff qui lui a donné la consigne de se relever alors que lui souhaitait être à l’avant. Plus tard dans l’étape, comme pour se racheter de cette mauvaise pub, c’est Pierre Latour, de la même formation, qui a relancé la course en attaquant avec Nans Peters sans réussite.
Les oreillettes et le rôle des directeurs sportifs sont prépondérants dans la stratégie de course et aujourd’hui, les formations ne sont plus intéressées par les échappés publicitaires. Pour autant, envoyer un coureur à l’avant n’est pas synonyme de mauvais sprint. Si l’on regarde la septième étape, Guglielmi a donc réalisé une échappée de 131 kilomètres seul. À l’arrivée, Mozzato, le sprinteur de son équipe, s’est classé quatrième, un meilleur résultat que Kristoff neuvième (Uno-X), Sagan 17ème (Total-Energies) ou n’importe quel coureur de la Movistar pour reprendre les formations initialement présentes dans l’échappée.
Les deux ne sont donc pas incompatibles, et il faut que les directeurs sportifs le comprennent pour laisser de la liberté à leurs coureurs. Sans essayer, on ne peut connaître le résultat à l’avance. Sans coureurs qui tentent des échappées, les équipes de sprinters l’emporteront toujours. Des formations ont évidemment intérêt à rouler derrière les échappées pour s’assurer d’un sprint, mais cela s’explique par le fait qu’elles disposent d’un sprinter de classe mondiale. On compte ces formations sur les doigts d’une main, car peu de sprinters sont capables de s’imposer sur les routes du Tour de France.
🎬 Back in 2014, probably one of the most heartbraking post-stage reaction from Jack Bauer, caugth on the finish line in Nîmes.
🎬 Probablement l’une des réactions d’après étape les plus touchantes de la part de Jack Bauer, repris sur la ligne d’arrivée à Nîmes. #TDF2019 pic.twitter.com/EsW3XFnWF1
— Tour de France™ (@LeTour) July 23, 2019
Typiquement, il faut s’inspirer de Jack Bauer. Sur une étape de transition sans aucune difficulté entre Taillard et Nîmes sur le Tour de France 2014, le coureur néo-zélandais s’est échappée en compagnie de Martin Elmiger. Leur entreprise a échoué à moins de cent mètres de la ligne lorsque Bauer s’est fait reprendre in extremis par les sprinters. Un crève-cœur tant l’exploit était si proche.
Ces moments forgent aussi l’histoire du cyclisme et restent dans les mémoires. La détresse de Bauer, les coups de gueule d’Offredo, la bravoure de Rossetto. Tout cela marque les esprits et le cyclisme moderne a toujours besoin de ces forçats de la route qui font espérer pendant l’espace d’un instant que l’impossible est réalisable.
Néanmoins, les victoires de Kasper Asgreen à Bourg-en-Bresse et Matej Mohoric à Poligny, en fin de Tour de France, montrent qu’il est encore possible de damer le pion au peloton, sur des étapes peu difficiles. La fatigue de nombreux équipiers de sprinteurs aidant.
Des solutions ?
Les échappées sont essentielles pour le cyclisme, elles font l’histoire du vélo. Alors des solutions existent pour motiver les équipes comme sur le Tour d’Italie où il existe un classement des sprints intermédiaires. Des coureurs font de cela un objectif et sont à l’avant régulièrement puisque leurs efforts sont récompensés. Pour la victoire d’étape cela reste évidemment une autre histoire, mais à partir du moment où des hommes sont à l’avant, tout est possible.
Aussi, le spectateur a besoin des échappées pour qu’on lui raconte une histoire, pour qu’il découvre des chevaliers des temps modernes, des inconscients qui n’ont pas peur de faire face et de tenir tête au monstre sanguinaire qu’est le peloton.
Enfin, les équipes ne font pas preuve de plus de veulerie aujourd’hui, elles répondent à des obligations, font des choix qui peuvent les pousser à brider leurs coureurs. Les mentalités peuvent changer. Qui sait, les échappées publicitaires retrouveront peut-être de la valeur aux yeux des formations. Jusqu’au jour où un héros viendra renverser le peloton pour s’imposer en solitaire au nez et à la barbe des sprinters.


